samedi 24 décembre 2016

Réflexions fêtes. N'oublie pas ses petits souliers....




Et si, pour ces fêtes de Noël, 
nous ne nous contentions pas
de prôner l'ouverture...
Et si, pour une fois,
nous l'incarnions
dans le choix de nos sources...
Et si nous puisions
notre inspiration
au-delà du monde
judéo-chrétien... 
Dans l'univers islamique,
par exemple.
Avec ce petit garçon
du superbe film tunisien
«Les Souliers de l'Aïd» (1).
Lui-même influencé
par l'hindouisme.
Et enrichi ici
aux sources du bouddhisme.






Ce jour-là, Gandhi monte in extremis 
dans un train qui, déjà, vient de démarrer.
Mais dans la manoeuvreil perd une chaussure. 
Et il la voit tomber sur le quai
Aussitôt, voilà l'Indien qui enlève son autre «godasse».
Et qui l'envoie par dessus bord rejoindre la première.
Avant de se fendre d'une explication 
   à ses compagnons de voyage médusés... 
«A celui qui passera par là, 
   une seule chaussure sera tout à fait  inutile. 
   Les deux en revanche...»

Si tu n'as rien à y perdre, 
au moins dans ce cas là, fais-le...

Une bien belle histoire, non?
Qui n'a rien à envier 
   aux plus inspirantde nos contes de Noël.  
Et qui a quelque chose de complémentaire 
   avec un précepte bouddhiste tout aussi parlant... 
«Si tu ne peux pas aider, 
   au moins abstiens-toi de faire du mal.» 
Ce qui, d'un côté, est décliné en négatif 
   s'exprime, de l'autre, en positif...
«Si tu n'as rien à perdre à aider, 
   au moins dans ce cas-là, fais-le.»

Minimum minimorum

Un objectif qui devrait faire office 
   de minimum minimorum 
   sur le plan éthique. 
Un objectif, pourtant, 
   dont il n'est pas rare 
   que l'on se demande  
   s'il reste de mise 
   dans nos sociétés 
   de plus en plus tentées 
   par moult perfides sirènes.
Celles
du national-populisme. 
Celles du complotisme 
   et du conspirationnisme 
   mono-maniaques.
Celles des modalités cognitives, 
   affectives 
   et/ou comportementales 
   de l'extrême. 
Le tout sur fond de narcissisme,
   parfois «hyper-»
   sinon même «pervers».

Péril en la demeure 

Autant de phénomènes qui se doivent 
   d'être pris à bras le corps par nos dirigeants, 
   par les hommes d'influence 
   et... par chacun d'entre nous en particulier.
A commencer par l'auteur de ces lignes. 
Qui se fendra donc 
   de ses quelques modestes 
   et néanmoins vaillantes réflexions 
   sur le sujet,
   ces prochains mois.
Car il n'est plus temps de tergiverser.
Oui, il y urgence.
Oui, il y a extrême-urgence. 
Oui, il y a péril en la demeure. 
Et pour cause...
Nos démocraties vacillent sur leurs bases.
Minées de l'intérieur.
Attaquées de l'extérieur. 
Et fragilisées dans leurs fondements.
Reste à espérer 
   que le philosophe allemand Friedrich Hölderlin 
   avait vu juste.
Souvenez-vous de sa fameuse antienne... 
«Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve.»






(1) Lassoued Anis, Les souliers de l'Aïd, Rives Production, 2012.






















vendredi 23 décembre 2016

Personne ne choisit de devenir un réfugié...





















Une image, dit-on, vaut mieux que mille mots.
Une chanson aussi, parfois.
En marge des terribles événements de Alep 
et à l'approche des fêtes de Noël, 
contentons-nous donc ici, 
pour dépasser le cognitif,
de relayer deux autres types d'hommage aux réfugiés.
Tout simplement.


























«Réfugié, tu as tous les droits:
marcher à quatre pattes
ou au pas de l'oie.
Réfugié, tu n'as plus de loi,
plus de terre ou de combat.

Avoir des droits, avoir un toit...
Essayons un jour l'amour.
Le jour où, chez nous, tu seras chez toi.
nous sommes tous, tous, tous des réfugiés.

Bien sûr, on peut t'oublier,
renoncer même au passé
et abolir la mémoire,
comme on ferme un livre d'histoire.

Avoir des droits, avoir un toit...
Essayons un jour l'amour.
Le jour où, chez nous, tu seras chez toi.
nous sommes tous, tous, tous des réfugiés.

Hiver, printemps, automne, été,
nous sommes tous des réfugiés
sur cette terre qui est notre terre
qu'il faudra bien, un jour, partager.

Avoir des droits, avoir un toit...
Essayons un jour l'amour.
Le jour où, chez nous, tu seras chez toi
nous sommes tous, tous, tous des réfugiés.

Nous sommes tous, tous, tous des fugiés.» (1)


Julien Clerc




(1) Clerc Julien, 
Réfugié (paroles: Etienne Roda-Gil; musique: Julien Clerc), in album Double enfance, 2005.  

mercredi 21 décembre 2016

Ich bin ein Berliner






«C’était l’enfant de l’Homme, elle ne pleurait jamais.
Elle était toute la somme de leur monde imparfait.
Elle était une enfant qui gardait le silence
et regardait les gens, faisant preuve de patience.

Elle semblait observer les cris et les actions
de cette humanité qui perdait la raison.
On la disait "ailleurs" parce qu’elle ne riait pas.
Elle cherchait le meilleur et ne le trouvait pas.

C’était l’enfant du soir qui annonçait la fin
d’une triste trajectoire de ces milliards d’humains.
Elle connaissait un choix qui pouvait les sauver.
Mais y aurait-il une fois quelqu’un pour l’écouter?

L’enfant aux yeux si bleus portait tout au fond d’elle
le grand cri silencieux de ces pauvres mortels,
et leur faim si puissante de vie et de richesse
la laissait pantelante et emplie de tristesse.

C’était un être à part qui portait un message...
Y avait-il quelque part quelqu’un d’à peu près sage
qui pouvait lire son cœur et comprendre l’annonce
que finira la peur dans l’amour en réponse?

C’était une douce enfant qui leur était donnée
avant que vienne le temps des pleurs et des regrets,
une âme de lumière venue les éclairer.
Dans leur triste misère, ils se sont égarés.

Dans son regard si clair, l’Homme ne sait plus lire.
Elle n’est plus qu’un mystère pour ceux qui vont mourir.
Pour l’Homme en perdition, une enfant est venue.
Mais dans sa confusion, l’Homme l’a-il bien vu?

Cette enfant au visage empreint de la sagesse
regarde le carnage de l’Homme qui adresse
des prières trop vides à ses Dieux toujours muets,
attendant qu’ils décident de tout recommencer.» (1)



(1) Augusto Régina, Le dernier enfant, Sous le regard des Muses (page Facebook), 5 décembre 2016.


jeudi 15 décembre 2016

Visas humanitaires. Soit dit en pensant...
















Soutenu avec enthousiasme 
par son parti
(nationaliste flamand N-VA) 
et suivi 
par le gouvernement, 
le secrétaire d'Etat belge 
à l'asile et à la migration 
Theo Francken (photo ci-dessus) 
L'intéressé vient pourtant 
de se voir condamner 
par un arrêt 
de la Cour d'appel
L'occasion 
pour François De Smet 
(portrait ci-contre)
directeur 
du Centre fédéral Migration 
Myria (1)
d'y aller 
de quelques réflexions 
personnelles 
sur cette affaire. 
Qui fait grand bruit 
dans le plat pays.




«Première observation: si la famille syrienne dont question avait choisi, au lieu de solliciter un visa humanitaire par voie légale, de payer des passeurs pour traverser la Méditerranée et de rejoindre illégalement la Belgique afin d’y déposer une demande d’asile, comme des milliers de Syriens l'ont fait en 2015, elle aurait eu 97% de chances d’obtenir le statut de réfugiés, car tel est le taux actuel de reconnaissance pour cette nationalité. 

Cette famille n’est donc nullement récompensée, jusqu'ici, de son respect de la loi et de l’intégrité du territoire belge.

Deuxième observation: en 2015, un groupe de 282 Syriens originaires de la même ville d’Alep obtint un visa humanitaire dans des conditions similaires (existence de liens amicaux et prise en charge par des citoyens en Belgique), sans que n’apparaissent ni la crainte d’ouvrir un flux incessant de réfugiés par appel d’air, ni polémique particulière, ni le besoin de solliciter l’avis d’une juridiction internationale.

Le problème ne réside donc pas dans la question de savoir si la Belgique peut octroyer des visas humanitaires à des personnes en situation de danger humanitaire au risque de voir déferler toute la misère du monde: la Belgique octroie dans les faits en permanence de tels visas (849 visas humanitaires accordés en 2015) tout en assumant une gestion des frontières plus restrictive que par le passé, ce qui est son droit.

La question est en réalité de savoir si cette compétence doit rester entièrement à la discrétion du secrétaire d’Etat à l’asile et à la migration, c’est-à-dire non seulement au cas par cas (comme toujours dans tous les dossiers de migration), mais surtout sans justification et sans critère, sans devoir justifier un accord ou un rejet, ou si un minimum de cohérence et de justice devrait être implémenté dans la procédure afin que l’obtention d’un tel visa soit davantage conforme au respect des droits fondamentaux.


Arbitraire assumé... et condamné


Il faut rappeler ici que ce qui a amené le Conseil du Contentieux (CCE) à ordonner la délivrance d’un visa humanitaire, c’est l’absence de motivation suffisante dans le refus de délivrance du visa par les autorités. 
Par trois fois, il a été demandé à l’Office des étrangers de justifier ce refus eu égard à l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’hommenul ne peut être soumis à la torture ni à un traitement inhumain et dégradant»). 
Par trois fois, l’autorité a campé sur le principe d’un pouvoir discrétionnaire n’ayant pas à se justifier. 
C’est parce que cette absence de justification n'a pas été jugée suffisante au regard de la situation humanitaire des intéressés et de leurs arguments que le troisième juge du CCE qui a examiné le dossier a décidé d’imposer la délivrance du visa. 
L’avenir (et probablement le Conseil d'Etat) dira s’il l’a fait à tort ou à raison; il est exact que le dossier n’est pas définitivement tranché juridiquement et que les avis divergent sur la compétence de ce juge d'avoir pris cette décision. 
Comme il est exact que les décisions actuelles sont, dans l’intervalle, bel et bien exécutoires.


Le confort de ne pas avoir à se justifier


Faisons ici un pas plus loin: pourquoi l’Office des étrangers a-t-il refusé par trois fois ce visa sans motivation suffisante? 
Impossible à dire, bien sûr, mais on peut par exemple supposer que c’est peut-être parce que cette motivation est très ardue à fournir. 
D’un côté une famille en situation humanitaire sérieuse; de l’autre des principes fondamentaux très clairs, et des précédents –les centaines de visas humanitaires accordés aux Syriens par le gouvernement en 2015, par exemple. 
Du point de vue des autorités, il semble nécessaire de s’arc-bouter sur le caractère entièrement discrétionnaire de l’octroi de tels visas, car ouvrir la discussion sur des critères rationnels reviendrait à alimenter un afflux de personnes pouvant de par le monde s’estimer rentrer dans ces critères. 
Alors qu’en revanche, l’arbitraire assumé jusqu’ici procure aux autorités le confort de ne pas avoir à se justifier ni dans leurs décisions d’octroi ni dans leurs décisions de refus. 
C’est ce confort que le gouvernement souhaite conserver et qu'il estime en danger. 
La discussion des prochaines semaines, que ce soit devant le Conseil d’Etat ou devant la Cour européenne de Justice, sera dès lors passionnante car elle tournera entre autres autour du point suivant: l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales peut-il souffrir d’applications arbitraires sans établissement de critères? 
Et peut-on de facto en exclure des citoyens non présents sur le sol européen, malgré son aspiration universaliste?


Juste milieu


Comme j'ai déjà eu l’occasion de l’exprimer, au-delà de la situation actuelle, la solution passe par l’établissement de tels critères, seul outil permettant de combiner l’octroi de ces visas avec un tant soit peu d’équité, tout en conservant une marge de compétence discrétionnaire. 
Les visas pourraient ainsi rester du ressort discrétionnaire des autorités, tout en suivant un parcours administratif qui réserve leur introduction aux situations humanitaires les plus urgentes, pouvant être accueillies par des citoyens sur place. 
D’autres critères comme l’établissement d’un quota maximal par an pourraient également être envisagés. 
Car si, évidemment, il est impossible matériellement à la Belgique d’accueillir tous les candidats réfugiés du monde, on a le droit de considérer qu’il lui est également impossible moralement de refuser d’aider ceux qu’elle a les moyens de sauver. 
Entre ces deux pôles, un juste milieu, même imparfait, semble pouvoir être établi avec l’établissement de critères justes.


Justice et «monde réel»


Encore deux remarques.

A ceux qui estiment que la justice n’aurait pas à interférer dans le «monde réel», il est permis de rappeler que de nombreuses avancées en termes de droits fondamentaux ont précisément été obtenues par la jurisprudence, par exemple par le biais d’arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme
Dans chacun des cas où des juges ont sanctionné des réglementations créées par le pouvoir exécutif, il ne s’est jamais agi en aucun cas de «gouvernement des juges» mais d’application de normes de droit supérieures auquel le pouvoir exécutif lui-même avait adhéré. 
La Belgique a signé les grandes conventions internationales de protection de droits humains; son pouvoir judiciaire est pleinement à sa place si, dans une situation donnée, elle le fait prévaloir sur l’application d’autres normes.


Besoin de cohérence


Enfin, concluons par une remarque sur le chemin que cette situation nous indique sur l’avenir de la politique d’asile. 
Si le modèle envisagé par les autorités pour l’avenir est que demain nul demandeur d’asile ne puisse venir imposer sa présence par voie terrestre en vertu du respect strict du règlement de Dublin, mais ne puisse pas non plus voir examiner, sur base de critères clairs, une demande de visa humanitaire afin de demander l’asile en Belgique par voie aéroportuaire, cela signifie qu’on explique aux candidats demandeurs d’asile qu’ils n’ont plus aucune possibilité de demander protection à l’un des pays signataires de la Convention de Genève
Or cette interprétation, me semble-t-il, viderait cette Convention de son contenu. 
En d’autres termes, on ne peut pas à la fois demander aux demandeurs d’asile de ne pas payer des passeurs et de risquer leur vie pour introduire une demande d’asile, et ne pas leur laisser une chance raisonnable de formuler une demande depuis l’étranger en respectant la loi et selon des critères qu'ils peuvent connaître et anticiper. 
Car si nous agissions ainsi, nous aurions définitivement replié les droits fondamentaux sur la dureté de la réalité.» (2)


François De Smet,
directeur du Centre fédéral Migration Myria, en Belgique




(1) Myria, le Centre fédéral Migration, est une institution publique belge indépendante. Promoteur d'une politique basée sur la connaissance des faits et le respect des droits de l’homme, il analyse la migration, défend les droits des étrangers et lutte contre la traite et le trafic des êtres humains.
(2) Ce texte est publié ici avec l'accord de l'auteur, que nous remercions.  Les titre, chapeau, et intertitres sont de la rédaction.


mardi 13 décembre 2016

Mon déjeuner avec un guerrier mystique...




























                  Il y a dans l'air un parfum 
                      de menace et de discorde.
                          Ce qui crée cette tension?
                              Deux facettes de la nature humaine. 
                                  «Mystique» d'une part.
                                      «Guerrière» d'autre part. 
                                          Dixit Elizabeth Lesser
                                              Qui suggère un moyen très concret 
                                                  d'entamer un vrai dialogue: 
                                                      m'en aller déjeuner avec quelqu'un 
                                                          qui ne partage pas mes opinions 
                                                              et en profiter
                                                                  pour lui poser trois questions 
                                                                      appelées à me permettre
de cerner 
ce qu'il a 
vraiment 
au fond de lui. 
On s'appelle 
et on se fait 
une petite bouffe?

«Jamais je n'arriverai à être
ce que je devrais être
tant que tu ne seras pas
ce que tu devrais être.
Ainsi en va-t-il
de la structure interdépendante
de la réalité.
»
(Martin Luther King Jr)

«Le problème du monde,
c'est l'étroitesse
avec laquelle nous traçons
notre cercle familial.
»
(Mère Theresa)

«J'ai besoin de toi
pour être ce que je suis
et tu as besoin de moi
pour être ce que tu es.
»
(Nelson Mandela)



Il a le cran du guerrier.
Et la grâce du mystique.
C'est le «guerrier mystique».
Un Martin Luther King par exemple.
Ou une Mère Theresa.
Ou alors un Nelson Mandela.
Qui tous s'essayaient à regarder au-delà de ce qu'Albert Einstein appelait l'«illusion d'optique de la conscience au jour le jour».

L'ostracisme, tremplin vers l'extrémisme


Ainsi parle Elizabeth Lesser (1).
Belle entrée en matière sans doute. 
Qui pourtant plonge l'Américaine dans un insondable... désarroi!
«Je suis profondément perturbée, reconnaît en effet la cofondatrice de l'Institut Omega qui distille ateliers et conférences autour des thématiques de la santé, du bien-être, de la spiritualité, de la créativité et du changement social.
Perturbée d'abord par la façon dont toutes nos cultures diabolisent l'autre.
Perturbée ensuite par la place accordée à ceux qui, parmi nous, sèment la discorde

Notre époque, de fait, semble s'abandonner au chant de bien perfides sirènes.
Celles du national-populisme.
Celles des extrêmes.
Celles de la fermeture d'esprit.
De quoi raviver quelques sinistres souvenirs...
«Cambodge, Allemagne ou Rwanda, même combat!
Les pires moments de l'Histoire de l'humanité s'ébauchent traditionnellement dans l'ostracisme.
Avant de sombrer dans la violence de l'extrémisme.
»

Shocking!

Comment sortir de cette spirale infernale?

En faisant sa part, répond en substance notre guide. 
Qui y va de son mode d'emploi...
«Tout d'abord, fixez vous l'objectif d'apprendre à connaître le membre d'un groupe par rapport auquel vous avez  des a priori négatifs.
Puis, en prologue de votre rencontre, convenez de quelques règles de base.
 
Ainsi, quand j'ai rencontré une représentante du Tea Party, ma convive et moi-même avons misé sur celles-ci... 
1. Eviter de vouloir convaincre, de chercher à se défendre ou de se laisser aller à interrompre.
2. Se montrer curieux, ouvert à la conversation, authentique et réceptif.
3. Avoir recours aux types d'interrogation suivants...
. Acceptes-tu de partager avec moi quelques expériences de vie?
. Quels sont les sujets qui te touchent le plus profondément?

. Quelles questions as-tu toujours rêvé de poser à quelqu'un de mon bord?
Pour ma part, j'ai demandé à mon interlocutrice du
Tea Party ce qui incitait le camp dont elle se revendique à asséner des propos à ce point outranciers et mensongers sur ma famille de coeur démocrate.
"
Donne-moi un exemple", m'a-t-elle répondu.
"
Eh, bien! 

Vous nous accusez régulièrement d'être une bande d'élitistes, moralement corrompus et complaisants à l'égard des terroristes."
"
Franchement, c'est assez choquant venant de quelqu'un de ton clan, s'est-elle insurgée. 

Est-ce que vous vous gênez, vous, pour traiter les nôtres de racistes, décervelés et armés jusqu'aux dents?"
Nous nous sommes toutes les deux étonnées de ces étiquettes qui ne conviennent à aucun de ceux que nous connaissons vraiment.
D'autant que, dans la mesure où nous avions établi une relation de confiance, nous ne doutions pas de la sincérité de l'autre.
Nous nous sommes donc mises d'accord pour intervenir dans notre entourage à chaque fois que assisterions à ce genre d'échange de propos ostracisants.
Ceux-là mêmes qui sont susceptibles de blesser.
Ceux-là mêmes qui peuvent s'envenimer jusqu'à la paranoïa.
Ceux-là mêmes qui risquent alors de se retrouver utilisés par les extrêmes pour inciter à la violence.
A la fin du repas, chacune a reconnu l'ouverture d'esprit de l'autre.
Aucune de nous n'avait essayé de changer son vis-à-vis.
Mais nous n'avions pas non plus fait semblant de croire que nos divergences d'opinion allaient tout bonnement s'estomper à notre sortie de table.
Simplement, ensemble et par delà nos réactions réflexes, 
nous avions fait un premier pas vers l'Ubuntu.»

Mes relations? Aaah, mes relations...

Bien connu en Afrique, l'Ubuntu est un mot d'origine zouloue.

Il renvoie à une espèce d'humanisme relationnel
Humanisme au sens où on place l’homme au-dessus de toutes les autres valeurs
Relationnel dans la mesure où ce dont on parle, c'est de la qualité inhérente au fait d’être une personne parmi d’autres, l'individu n'existant que par la communauté qui le constitue et le reconnaît comme tel.
«Umuntu ngumuntu ngabantu», dit un proverbe zoulou. 
«Je suis parce que nous sommes.» 

La clé du champ

«
Le chemin vers l'Ubuntu est long est difficile, reprend Elizabeth Lesser.
Il ne s'en manifeste pas moins quand deux personnes cessent de prétendre tout savoir.
Quand deux guerriers déposent les armes.
Quand ils font un pas l'un vers l'autre.
»
Et la conférencière de joliment citer Rumi, ce poète persan qui a tant influencé le soufisme...
«Loin derrière les notions du bien-faire et du mal-faire, il y a un champ. 
Je te retrouverai là-bas.»


(1) L'Américaine Elizabeth Lesser a écrit The Seekers Guide (Random House), Broken Open: How Difficult Times Can Help Us Grow (Random House) et Marrow: A Love Story (Harper Collins). En 1977, elle a cofondé à Rhinebeck (New York) le Omega Institute qui organise des ateliers et des conférences dans les domaines de la santé, du bien-être, de la spiritualité, de la créativité et du changement social.




vendredi 9 décembre 2016

Une Europe forte de ses migrants

Une Europe plus forte
grâce aux migrants.
»
Tel est le titre
du nouveau rapport
que vient de publier
Caritas Europa.
Une publication
qui entend regrouper

pratiques de terrain
prometteuses
et expériences innovantes 
en matière d’intégration.



Mission accomplie!
Chez Caritas, la publication nouvelle (1) est arrivée.
Et les membres de l'équipe qui en a été chargée ne sont pas peu fiers du fruit de leur labeur.
«Avec un tel document, Caritas Europa cherche à combler le fossé entre obstacles à l’intégration et participation des migrants, explique Anne Dussart, fer de lance du département Asile et Migrations chez Caritas International Belgium.
Nourrie de l'expérience cumulée par les Caritas de toute l’Europe, cette brochure décrit la multitude d'obstacles auxquels sont confrontés les migrants qui cherchent à s'intégrer
Mieux: elle suggère des moyens pour encourager la pleine participation des migrants et des communautés d’accueil.
Histoire d'apporter sa pierre à l'édifice d'une plus grande cohésion sociale.»

Migrants a(d)mis

Comment tisser des relations de confiance?
Comment garantir des avancées aux arrivants autant qu'aux sociétés qui les reçoivent?
Comment créer un environnement qui favorise une force de participation centripète et permette autant aux migrants qu'aux communautés d’accueil de travailler ensemble à la cohésion?
L'opus se veut orienté solutions.
Il se veut également somme.
Celle des «expériences de Caritas pour une Europe inclusive».

Au programme: un aperçu des différentes options de financement susceptibles de porter l’intégration et les pratiques d’inclusion sociale ad hoc.
Avec, cerise sur le gâteau, des recommandations.
Aux gouvernements, institutions et communautés des pays d’accueil.
Ainsi qu’aux migrants eux-mêmes.

Leader d'opinion, si tu nous entends...

Avis, donc, aux intéressés.
Aux décideurs politiques.
Aux praticiens.

Et plus si affinités... 


(1) Caritas Europa (Fantasia Antonio et Pfohman Shannon, documentalistes et rédacteurs), Bienvenue. Une Europe plus forte grâce aux migrants, Bruxelles, 2016.   


vendredi 2 décembre 2016

Néolibéralisme. Faute de combattants...



















Le zombie du néolibéralisme 
continue à roder.
Et pour cause.
Lorsqu'il a fait mine 
de s'effondrer en 2008, 
aucune solution 
de remplacement 
n'était prête.
Cruel aveu de faillite 
pour la gauche et le centre.



«Il faut reconnaître quelque chose de remarquable au projet néolibéral.
Dans sa première mouture du moins. 
A ce stade en effet, il se présentait comme une philosophie bien spécifique, innovante, portée par un réseau cohérent de penseurs et d'activistes qui pouvaient se prévaloir d'un plan d'action clair. 
La patience et la persévérance allaient faire le reste. 
Si bien que "La route de la servitude" finirait par servir de voie d'accès au pouvoir.

Rose fanée

Le triomphe du néolibéralisme illustre par ailleurs un échec patent: celui de la gauche. 
Lorsque l'économie du laissez-faire a conduit à la catastrophe de 1929, Keynes a élaboré une théorie économique très complète pour la remplacer. 
Puis, lorsque la formule keynésienne de relance par la demande a atteint ses limites dans les années 70, l'alternative du néolibéralisme était toute prête. 
Mais lorsque celui-ci a fait mine de s'effondrer en 2008, il n'y avait... rien. 
Voilà pourquoi le zombie continue à roder. 
Ni la gauche ni le centre n'ont produit la moindre amorce de renouveau pour le cadre général de la pensée économique en vigueur depuis 80 ans.

Les trois échecs du keynésianisme

Chaque invocation de Lord Keynes résonne comme un aveu d'échec. 
Car dès lors qu'il s'agit de résoudre les problèmes liés aux crises du XXIe siècle, le recours aux solutions keynésiennes bute sur trois insuffisances manifestes... 
1. Il est difficile de mobiliser les gens sur de vieilles idées. 
2. Les défaillances que le keynésianisme a laissé paraître dans les années 1970 n'ont évidemment pas disparu comme par enchantement. 
3. Et surtout, les Keynésiens n'ont aucune réponse à apporter à cette nouvelle préoccupation majeure qu'est la crise environnementale. 
Le keynésianisme requiert en effet la stimulation de la demande des consommateurs pour promouvoir la croissance économique. 
Une demande et une croissance qui constituent justement les moteurs de la destruction de l'environnement...

There is no alternative

Ce que les histoires du keynésianisme et du néolibéralisme démontrent toutes deux, c'est qu'il ne suffit pas de prendre le contre-pied d'un système à bout de souffle. 
Il faut aussi proposer une alternative cohérente.
Pour le "Labour", les "Démocrates" et le reste de la gauche, l'heure est donc venue de s'assigner de toute urgence une mission centrée sur le développement d'une sorte de "programme Apollo" économique.
Histoire de pouvoir atterrir rapidement sur la planète d'un nouveau système de pensée. 
Adapté, cette fois, aux exigences du XXIe siècle.» (1)


George Monbiot


(1) Traduction de la dernière partie de: Monbiot George, Neoliberalism- the ideology at the root of all our problems, in The Guardian, 15 avril 2016. Les chapeau, illustrations et intertitres sont de la rédaction.