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samedi 14 avril 2012

CNV appliquée. L'Université de Paix.





La Communication Non Violente,
c'est notamment l'affaire
de l'Université de Paix.
Focus sur cette a.s.b.l. namuroise
fondée par
Dominique Pire,
un Dominicain belge
qui fut récompensé en 1958
du Prix Nobel de la Paix.

L'Université de Paix, s'est, dès l'origine, donnée pour but premier la promotion d'une attitude de dialogue, et la formation d'une «opinion publique agissante et éclairée».
Par là, une double finalité était poursuivie: une finalité politique visant à l'élimination des modalités violentes de structuration du lien social et une finalité éthique, visant à la promotion d'attitudes interpersonnelles et inter-groupes de respect, d'écoute et d'ouverture.
Cette double orientation politique et éthique, s'articule sur un présupposé commun: le primat reconnu à la parole (au sens philosophique du terme) -on pourrait dire à l'échange, à la communication- autant dans la formation du lien collectif que dans l'existence individuelle.
C'est là le fond de l'idée démocratique.
L'Université de Paix se doit de poursuivre cette double finalité par ses voies propres.
En tant qu'Université, elle se voue à un effort de formation et de recherche.
L'effort de formation se base sur une pédagogie active, interactionnelle, mettant en oeuvre les principes mêmes qu'elle prétend promouvoir.
La recherche porte sur ces principes mêmes, sur les conditions de leur mise en oeuvre et sur
l'articulation entre eux et les pratiques individuelles et collectives au travers desquelles ils peuvent, au sens strict du terme, «être réalisés».
C'est dans le cadre de cette recherche que le groupe s'attache à l'élucidation et à l'articulation des notions de dialogue et de négociation.

Le dialogue

Le dialogue s’effectue dans de multiples jeux de langage dont on ne peut épuiser la vivante profusion: conversations libres, disputes savantes, controverses politiques, débats d'idées, etc.
La notion de dialogue s'extrait de cette profusion, et ne devient normative qu'à condition d'être définie sous l'angle d'une situation idéale de parole qui implique des attitudes précises de la part des interlocuteurs en présence.
C'est dire que le dialogue suppose une articulation du locuteur, de l'interlocuteur et du sens porté par les énoncés.
Trois grandes conditions peuvent être formulées pour l'éclosion d'un dialogue authentique...
1. L'ouverture du sens: le sens porté par la parole ne peut jamais prétendre à la totalité du vrai.
Le dogmatisme est aux antipodes du dialogue de même que toute clôture prétendument scientifique du discours.
2. La liberté des interlocuteurs en présence: toute oppression, toute violence s'exerçant sur les interlocuteurs ne peuvent que fausser le déploiement d'un dialogue.
3. L'engagement éthique des interlocuteurs: que toute parole soit déjà écoute, que toute écoute soit déjà promesse de réponse, suppose l'acceptation éthique des règles du jeu dialogique, jeu de coopération sans gagnant ni perdant, qui s'enracine dans une préalable reconnaissance réciproque des parties en présence.

Le Dialogue, instrument de Paix

Dans le cadre de l'
Université de Paix, les deux notions de Paix et de Dialogue sont, d'une part, considérées d'une manière relativement précise par opposition à l'usage général, et, d'autre part, articulées entre elles dans un rapport largement influencé par les conceptions de Ghandi.
Celui-ci met en lumière une nouvelle dialectique des rapports entre fin et moyen: la fin est contenue en germe dans les moyens; les moyens sont la fin en train de naître; ils ne
«servent» pas une fin, ils la créent.
S'étant donné pour tâche centrale l'étude et l'enseignement de ces notions et de leur articulation (et étant peut-être le seul lieu qui s'est spécifiquement consacré à cet objectif non exhaustif mais cependant essentiel), l'Université de Paix n’a cessé d'affiner ces références fondamentales. On peut résumer dans les termes la manière dont elle conçoit celles-ci.
La Paix, considérée dès le départ comme
«plus que le silence des canons» et comme «une disposition bienveillante et réciproque envers l'Autre , c'est-à-dire envers le différent, envers
celui d'en face» (2), fut considérée progressivement comme «un processus dans lequel tous les hommes sont appelés à participer à la découverte et à la création de conditions de vie par lesquelles chacun peut épanouir ses potentialités de corps, d'esprit, d'expression et de participation dans le respect mutuel, la diversité et la coopération».
Le Dialogue, au sens strict porté par l'
Université de Paix est appelé à l'origine «Dialogue fraternel» pour le distinguer des utilisations courantes abâtardies et est présenté comme une attitude qui «consiste, pour chacun, à mettre provisoirement entre parenthèses ce qu'il est, ce qu'il pense, pour essayer de comprendre et d'apprécier positivement, même sans le partager, le point de vue de l'Autre» (2).
Ce Dialogue est instrument de paix parce qu'il est une pratique du conflit orientée vers le dépassement de celui-ci au départ de la reconnaissance inconditionnelle du droit de toutes les personnes engagées dans la situation conflictuelle de trouver dans ce dépassement les conditions de leur propre progression ou vers la paix telle que définie plus haut.

Les enjeux collectifs et la négociation

L'existence collective est minée par la violence et l'inégalité qui font obstacle de manière déterminante aux possibilités de réalisation de la Paix et du Dialogue authentique et idéal tel que formulé sous 1.
Mais inversement, le dialogue peut devenir un instrument de réduction de la violence et de l'inégalité en se coulant dans des formes appropriées à l'existence collective caractérisée par la structuration en groupes et en institutions.
La négociation est une de ces formes spécifiquement appropriées au champ des conflits politiques (au sens large du mot).
La négociation se présente comme un certain niveau de dialogue déterminé par des enjeux et des contraintes sévères.
1. L'objet est clairement délimité, et défini comme un enjeu.
Le sens n'est pas ouvert, et ce n'est pas le vrai absolu qui est recherché, mais un arrangement pacificateur.
2. La position des interlocuteurs n'est plus seulement éthique mais stratégique.
Plus que l'ouverture d'esprit, c’est le calcul qui caractérise la position du négociateur.
3. Pour un grand nombre de cas les interlocuteurs sont des représentants liés par leurs mandats.
La liberté de situation du dialogue idéal n'est donc plus de mise.
Au contraire, le contrôle des négociateurs par les mandants est une condition de réussite de la négociation.
La négociation s'est avérée le mode actuellement le plus évolué de solution
«la moins violente possible» de conflits c'est-à-dire de réalisation d'un niveau premier de la Paix (silence des canons...) permettant la poursuite de nouveaux objectifs dans sa réalisation.
A ce titre, l'
Université de Paix se doit de consacrer une attention particulière au thème de la négociation, non seulement pour promouvoir sa pratique à tous les niveaux de la société mais, de plus, afin d'en enrichir autant que possible les potentialités constructives pour la paix par la promotion, au sein même de la négociation des attitudes s'inspirant du Dialogue tel que nous le concevons.

Implication de l'Université de Paix

L'
Université de Paix doit s'engager dans un programme de recherche, de formation et de mise en pratique de techniques de résolution de conflits dont la négociation et le dialogue. (1)

(1) Ce message est tiré de Mireille Jacquet, Université de Paix, son histoire, sa démarche, in Cahier de l'Université de Paix, novembre 2006, pp.31 à 33 (Document final du groupe de travail mis en place sur ce thème à la demande des différentes instances de l'Université de Paix (avril 1988)).
(2) Pire Dominique, Deux leçons sur le Dialogue fraternel.