
Je peux
. soit ne pas intervenir,
. soit intervenir dans le but de faire prévaloir mon point de vue,
. soit intervenir uniquement pour faciliter la manifestation du point de vue de mon interlocuteur.
Le psychothérapeute et chercheur en sciences humaines Max Pagès(1) qualifie la première option de «laisser-faire», la seconde de «pression» et la troisième de «facilitation».
Trois modalités, donc, qui correspondraient respectivement à des attitudes
. d’indifférence,
. de méfiance ou d’hostilité,
. de confiance. (2)
Et le Français de préciser que le binôme facilitation/confiance pourrait se décliner selon deux méthodes:
. celle, démocratique, qui passe par l’indication de buts, de valeurs et de méthodes (ou par la demande de proposition en la matière);
. celle, non directive, qui suppose de s’abstenir de toute intervention sur ce plan.
Le point commun entre ces deux méthodes ?
«Dans l’un et l’autre cas, se manifeste une attitude commune, écrit ce spécialiste de Carl Rogers (3).
D'un côté et de l'autre de cette alternative, cependant, la confiance serait de nature différente...
Démocratie: l'a priori rationnel
Côté démocratique, on suppose que le sujet est à même de choisir ses buts, valeurs et méthodes.
Mieux: qu’il est capable de le faire sans entrer en conflit avec lui-même.
«Il suffit de lui poser la question et, éventuellement, de l’éclairer sur les choix possibles: les seules difficultés prévues sont d’ordre rationnel et résultent du manque d’information sur le problème.
Il n’y a pas de problèmes d’information ou de communication du sujet avec lui-même, l’expérience du sujet est immédiatement accessible, il n’y a pas de mécanismes de défense ni d’éléments affectifs ou cachés.» (5)
Non directivité: n'oublions pas les sentiments...
Coté non directif en revanche, on fait l’hypothèse que de tels problèmes existent.
Et qu’il convient donc d’intervenir à ce niveau. (6).
Comment?
Non pas en m’effaçant, en abandonnant ma place pour me mettre à celle d’autrui.
C’est au contraire en me montrant attentif aux sentiments que l'autre provoque en moi que je chercherai à l’accepter.
Pour mieux lui accorder sa place propre. (7)
C’est pourquoi l’empathie rogérienne relèverait de la «chaleur froide», du «sentiment positif sans émotivité.»
Et pour cause: «Lorsque celle-ci apparaît, elle est le signe que je m’identifie.» (8)
Car, assure Pagès, «Pour aider quelqu’un à changer, il ne convient pas de le pousser dans la direction du changement, ni même d’éclairer la voie, de le guider par l’intelligence, mais d’accepter de donner une valeur à ses craintes, à ses angoisses, à ses résistances, à tout ce qui le retient de changer.» (8)
Au fond, la non-directivité repose sur l’hypothèse qu’il se produit chez l'interlocuteur «une sorte d’inversion du "mouvement", que la fuite se change en progression.» (9)
A méditer au moment d'aborder l'année 2012.
(1) Né en 1926, le Français Max Pagès préconise une approche dialogique de l'être humain, c'est-à-dire l'association du biologique, du psychisme et du social.
(2) Cfr. Pagès Max, L’orientation non directive en psychologie et en psychologie sociale, Dunod, Paris, 1970, p.52.
(3) Docteur en psychologie, professeur à l'université de Chicago et fondateur (en 1964) d'un Institut des Sciences du Comportement, Carl Rogers (1902-1987) a créé l'Approche Centrée sur la Personne. Il laisse une oeuvre et une pensée qui continuent à exercer une influence profonde sur tout le courant de la psychologie humaniste.
(4) Pagès Max, ibid., p.53.
(5) Pagès Max, ibid., p.54.
(7) Cfr. Pagès Max, ibid., p.65.
(8) Pagès Max, ibid., pp.66-67.
(9) Pagès Max, ibid., p.69.
(10) Pagès Max, ibid.
(11) Pour suivre (sous réserve de modifications de dernières minutes): des messages consacrés
. à l’Approche Centrée sur la Personne (d'après Carl Rogers, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à l'empathie (avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à plusieurs aspects de la Communication Non Violente et à l'Université de Paix (d'après Marshall Rosenberg, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à la reliance et à la sociologie existentielle (par et d'après Marcel Bolle de Bal),
. au personnalisme (par Vincent Triest,...)....