samedi 25 juin 2011

Les deux visages du libéralisme.

Côté philosophique,
le libéralisme
exhibe
un visage rayonnant.
Mais côté sociologique,
il laisse entrevoir
une face
sensiblement
plus sombre.
Première étape
d'un petit voyage
au pays
de ce courant
de pensée...

Qu'est-ce que le libéralisme?
L'historien français René Raymond (1) propose de l'envisager en première approche sous l’angle d’une philosophie globale.
• Philosophie sociale individualiste, tout d’abord, «dans la mesure où elle fait passer l’individu avant la raison d’Etat, les intérêts du groupe, les exigences de la collectivité.» (1)
• Philosophie de la connaissance et de la vérité, ensuite. «En réaction contre la méthode d’autorité, le libéralisme croit à la découverte progressive de la vérité par la raison individuelle.» (1)
Foncièrement rationaliste, il s’oppose à toute forme d’autorité, qu’elle soit extérieure ou intérieure (2)
. Extérieure, elle peut émerger de l’histoire ancienne: c’est le respect aveugle du passé. Ou alors se décliner au présent: c’est le joug de l’autorité.
. Intérieure, elle peut s’ancrer dans mon expérience d’être humain: c’est l’empire du préjugé. Ou bien se fonder dans ma nature animale: ce sont les poussées de l’instinct.
«L’esprit doit pouvoir chercher lui-même la vérité, sans contrainte, et c’est de la confrontation des points de vue que doit peu à peu se dégager une vérité commune.
Le parlementarisme n’est à cet égard, que la traduction, au plan politique, de cette confiance dans la vertu du dialogue.
Les assemblées représentatives fournissent un cadre à cette recherche commune d’une vérité moyenne, acceptable par tous.
On entrevoit les conséquences que cette philosophie de la connaissance implique: le rejet des dogmes imposés par les Eglises, l’affirmation du relativisme de la vérité, la tolérance.
» (1)
• Philosophie politique, enfin, toute entière ordonnée à l’idée de liberté.
«Le libéralisme se défie foncièrement de l’Etat et du pouvoir, et tout libéral souscrit à l’affirmation que le pouvoir est en soi mauvais (…) et que, s’il faut bien s’en accommoder, il faut aussi tenter de le réduire autant que faire se peut.» (1)
Le pouvoir doit donc être limité.
Par la restriction drastique de son champ d’activité (Etat-gendarme soumis à des règles strictes de non-intervention en matières économique et sociale).
Par le fractionnement (séparation des pouvoirs).
Par la neutralisation mutuelle (équilibre des pouvoirs).
Et par la subordination à des règles de droit.
Défiance du pouvoir, donc.
Défiance de l’Etat en particulier.
Mais défiance, aussi, à l’égard de tout ce qui risque d’étouffer l’initiative de l’individu: corporations, syndicats, autorités intellectuelles ou spirituelles, Eglises, religions d’Etat, dogmes imposés…
Autant de périls dont il convient de veiller à ce qu’ils n’écornent ni de près ni de loin le sacro-saint libéralisme, devenu «foi de remplacement» et «religion de la liberté» (1).

Alibi ?

Le libéralisme, ajoute René Raymond, peut cependant être appréhendé par un autre biais: celui de la sociologie.
Un biais beaucoup moins favorable.
Car l’idéologie en question devient alors expression, voire alibi ou masque, des intérêts d’une classe: celle des professions libérales et de la bourgeoisie commerçante.
Et sa mise en oeuvre, du coup, tend à maintenir l’inégalité sociale.
«Force subversive d’opposition à l’ancien Régime, à l’absolutisme, à l’autorité, (le libéralisme) se gardera bien de remettre au peuple ce pouvoir qu’il a arraché au monarque. (…)
Le libéralisme n’est pas la démocratie.
» (1)(3)

(A suivre)

Christophe Engels

(1) Raymond René, Introduction à l’histoire de notre temps /2. Le XIXe siècle, Seuil, Points, Paris, 1974, pp. 23-30
(2) Cette manière de classer les formes d’autorité est propre à l’auteur de ce texte et ne peut donc pas être considérée comme bénéficiant de la caution de René Raymond.

(3) Le contenu de ce message est extrait de Engels Christophe, Libéralisme. Vous voulez dire "individu"..., in Perso, Regards personnalistes, n°18, mai 2009, p.4.
(4) Pour suivre (sous réserve de modifications de dernières minutes): des messages consacrés
. au libéralisme, de Adam Smith à John Rawls (d'après Eric de Keuleneer, Gilles Dostaeler, Laurent de Briey, Alain Renaut...),

. au post-libéralisme ( d'après et par Laurent de Briey),
. à une présentation de la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à une approche du bonheur par la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à une approche du sens de la vie par la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à plusieurs aspects de la Communication Non Violente et à l'Université de Paix (d'après Marshall Rosenberg, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à l’Approche Centrée sur la Personne (d'après Carl Rogers, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à la reliance et à la sociologie existentielle (par Marcel Bolle de Bal),
. au personnalisme...

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