vendredi 7 novembre 2014

Vu de là-bas. Au nom des laissés-pour-compte...




C'était il y a trente ans (1).
Trois décennies, donc, 
avant les récentes émeutes du Burkina Faso 
débouchant sur la démission d'un Blaise Compaoré, 
contraint de se réfugier en Côte d'Ivoire
après avoir poussé trop loin le bouchon 
du cumul des modifications constitutionnelles
qui, espérait-il, lui permettrait, 
cette fois encore, 
de se maintenir au pouvoir. 
Ainsi, en cette année 1984, 
Un discours fameux qui,
comme le rappelle Christine Tréguier 
vit le jeune et révolutionnaire Président
d'une (ex-)Haute-Volta 
fraîchement rebaptisée 
«pays 
des hommes intègres»
dénoncer 
avec véhémence 
et sans concession
les «trafiquants politiques»
et les «exploiteurs économiques»  
issus de l’«arrière-monde 
d’un Occident repu». 
Retour sur un réquisitoire qui continue à «parler»
dans un monde, 
celui de 2014,
où les laissés-pour-compte 
percolent plus que jamais.


« Je ne parle pas seulement au nom du Burkina Faso tant aimé, mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.
Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire ou qu’ils sont de culture différente et bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal. 
Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur. 
Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.
Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. (...)
Je parle au nom des mères de nos pays démunis, qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe pour les sauver des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas. (...)
Je parle aussi au nom de l’enfant. 
L’enfant du pauvre, qui a faim et qui louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches.
La boutique protégée par une vitre épaisse.
La vitre défendue par une grille infranchissable. 
Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. 
Ce policier placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir, ou plutôt se faire servir, parce que représentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système. 
Je parle au nom des artistes (poètes, peintres, sculpteur, musiciens, acteurs), hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations du show-business.
Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge pour ne pas subir les dures lois du chômage. 
Je proteste au nom des sportifs du monde entier, dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage moderne. (...)
Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé. (...)
Je souffre avec tous ceux qui, en Amérique latine, souffrent de la mainmise impérialiste. 
Je veux être aux côtés des peuples (...) en recherche d’un bonheur dicté par la dignité et les lois de sa culture. 
(...) Je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre. 
Oui, je veux donc parler au nom de tous les "laissés-pour-compte" parce que "je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger". » (2)

Thomas Sankara


(1) Le 4 octobre 1984.
(2) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute):
. la suite d'une série de messages consacrés à l'immigration,
. des analyses sur la social-démocratie et l'écologie politique (après le libéralisme ainsi que l'humanisme démocratique qui, pour rappel, ont d'ores et déjà été abordés).
 

4 commentaires:

  1. Traités TTIP/CETA : des valeurs démocratiques, des biens communs et des systèmes juridiques partageables ?
    Pour un autre traité Transcontinental

    08 novembre 2014
    9:00 – 19:30
    Bruxelles
    Salle Schuman,
    c/o SLEEPWELL,
    rue du Damier 23
    - À côté de City 2 –
    Métro Rogier

    PAF libre – Déjeuner offert – Réservation vivement souhaitée

    Interprétation simultanée possible via votre smartphone:
    FR-> NL
    NL-> FR
    EN-> FR

    http://mpe-hve.be/WordPress3/2014/10/conference-du-08112014-programme/

    RépondreSupprimer
  2. Belgique

    A la tribune des Grandes Conférences Catholiques

    Le mercredi 3 décembre 2014
    Emmanuel de Merode
    Anthropologue,
    Conservateur du Parc national des Virunga en République démocratique du Congo

    Anthropologue de formation, le Prince Emmanuel de Merode, 43 ans, est le conservateur du Parc national des Virunga. Situé dans l’est de la République du Congo, près du Rwanda et de l’Ouganda, ce parc national est un des plus riches d’Afrique par sa flore et sa faune, notamment ses célèbres gorilles des montagnes. Consacré au « patrimoine mondial » par l’UNESCO comme lieu naturel de première importance pour l’héritage commun de l’humanité, le parc des Virunga figure également parmi les plus menacés : braconniers, fabricants de charbon de bois, groupes armés divers, recherches pétrolières mettent son existence en péril. Le récent attentat qui, en avril 2014, faillit coûter la vie à Emmanuel de Merode confirme les risques qui pèsent en Afrique sur ceux qui, à son exemple, œuvrent pour la conservation et le développement de notre patrimoine naturel mondial. Le titre de la conférence qu’Emmanuel de Merode donnera à notre tribune sera : « Comment sauver le patrimoine mondial en péril en Afrique : l’exemple du Parc des Virunga ».
    Emmanuel du Merode sera présenté par François-Xavier de Donnéa, Ministre d’Etat.

    Renseignements et inscriptions :
    Grandes Conférences Catholiques, avenue Louise 149/21 à 1050 Bruxelles
    Tél. : 0(032)2/543 70 99 (du lundi au vendredi de 9 à 12 heures)
    Télécopie : 0(032)2/543 70 98
    Courriel : gcc@grandesconferences.be
    Internet :www.grandesconferences.be
    Tarifs : Fauteuil 25€ - Balcon 20€ - Etudiant 9€

    La conférence se tient au « Square Brussels Meeting Centre » (ancien Palais des Congrès), rue Mont des Arts à 1000 Bruxelles, le mercredi 3 décembre 2014 à 20h30 précises.


    Agenda :
    le mardi 16 décembre 2014, Etienne Klein, Physicien, Directeur de recherches au Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives (C.E.A.),
    Membre de l’Académie des technologies.

    RépondreSupprimer
  3. Exception culturelle vs politique culturelle

    Jordi Savall, musicien exceptionnel, citoyen du monde nouant sans cesse la rencontre artistique entre l’orient et l’occident, a refusé la haute distinction que lui accordait le gouvernement espagnol. Il dit vouloir fustiger les coupes budgétaires et l’indigence des politiques en matière de culture et d’éducation, affirmant avec une magnifique dignité qu’on ne peut impunément négliger l’éducation et la culture sans mettre en péril la démocratie.

    Lors des très récentes journées européennes qui se sont tenues à Bruxelles, Erri de Luca l’a rappelé. L’Italie consacre 0,02% (!) de son budget à la culture – un scandale dit-il – alors qu’elle est dépositaire d’un immense héritage culturel. Jens Christian Grøndahl, écrivain danois, a dit comment l’écriture l’ancre à la fois dans ses propres racines culturelles et au-delà, dans une véritable universalité. Vincent Lindon, comédien, a parlé avec feu de la responsabilité culturelle de l’école. Et Jean-Louis Colinet a rappelé dans ce même panel et très utilement, que l’expérience culturelle – à l’échelle nationale et européenne – se déploie aujourd’hui et non sans conséquences, dans un espace économique régi par les logiques du capitalisme.
    Oui, la culture est toujours politique. Elle interroge le monde, elle se situe dans le registre du sens et du lien.
    Et selon l’usage qui en est fait elle nourrit, ou non, le projet démocratique.
    Les politiques par contre, et nous venons de le vérifier en Belgique, ne sont pas toujours culturelles.

    Ainsi, pressés par la réaction aux mesures d’économies annoncées à l’échelle fédérale, les institutions et établissements culturels visés voient leur ardoise réduite de moitié. Exception culturelle. Mais l’exception ne fait pas une politique.
    Et la culture n’a pas à se déployer pas dans le registre de l’exception. Au contraire.

    Il faut donc bien plus que ce pas de côté. Il faut un projet culturel, une ambition, un souffle nouveau et des moyens augmentés ou adaptés qui permettent à ces institutions de remplir, mieux qu’aujourd’hui pour certaines d’entre elles, leurs missions de création, de recherche, de conservation, de diffusion et surtout, de service (aux) public(s).

    Nous restons mobilisés : la culture, à tous les niveaux, vaut mieux qu’une exception, fût-elle temporairement bienvenue.

    Sabine de Ville
    Présidente de Culture & Démocratie
    (éditorial du n°75 de la lettre de Culture et Démocratie)
    http://www.cultureetdemocratie.be/lettre/view/75

    RépondreSupprimer
  4. Belgique

    "Alors, on change!"
    Le magazine d'une société en transition

    Au sommaire: « La désobéissance civile »

    Ce mois-ci Alors, on change ! dresse le portrait de quatre citoyens qui ont décidé de poser des actes illégaux pour tenter de faire avancer les choses.

    Le 29 mai 2011 plusieurs centaines de personnes participaient à l'arrachage de plan de pomme-de-terre OGM à Wetteren. Parmi les activistes arrêtés par la police : Marie. Signe particulier : ingénieur agronome. Condamnée à de la prison avec sursis, elle a interjeté appel. L'idée n'est pas d'échapper à la loi mais que la justice reconnaisse le bien fondé de cet acte de désobéissance civile non violent.

    Lenny a 27 ans et il se définit lui-même comme "rêvolutionnaire". Depuis dix ans, il travaille à une rêvolution positive. A travers de nombreuses actions, légales ou illégales, il cherche à réveiller les consciences, à semer dans l'esprit de ses concitoyens un espoir : celui que le changement est possible, et qu'il commence dès maintenant...

    Pour lutter contre la disparition de la biodiversité, Catherine a décidé de créer Semailles, une petite société semencière installée à Faulx-les-Tombes, dans le namurois, où elle produit et commercialise des variétés régionales qu'elle a su sauvegarder. Le problème, c’est que ce travail est "hors-la-loi"! En effet, on ne peut commercialiser que des variétés de légumes qui sont inscrites au catalogue européen. Catherine n'a donc pas le droit de vendre ses semences… pourtant elle le fait, en revendiquant cet acte citoyen nécessaire à la sauvegarde de la biodiversité.

    A 15 ans, Manon rêvait de sauver l’Afrique. Dix ans plus tard, que reste-t-il des espoirs naïfs de l’adolescente idéaliste dans cette jeune femme déterminée ? D’abord, un engagement dans le monde associatif, qui lui a permis de participer à des actions symboliques mais fortes, de la plantation abusive de pommes de terre à la participation à la manifestation contre le Traité Transatlantique, avec l’arrestation qui s’en est suivie. Ensuite, Manon a compris que pour faire évoluer le système, il fallait le changer de l’intérieur avec de nouveaux modèles. C’est pour ça qu’elle s’est lancée dans le privé.

    Retrouvez Alors, on change ! sur La Deux le mercredi 12/11 à 22h50 mais aussi sur votre télé locale (No Télé, Télé MB, Canal Zoom, Canal C, TV Lux et Télé Vesdre)

    www.rtbf.be/alorsonchangeRTBF
    alorsonchange@rtbf.be

    0(032)2 / 737 46 01

    RépondreSupprimer