vendredi 13 juillet 2018

La citoyenneté, noir sur blanc















Résultat de recherche d'images pour "UPEC Université Populaire de l'Engagement Citoyen"







Apprendre, partager, inspirer.
Telle est la triple vocation 
que s'assigne 
l'Université Populaire 
de l’Engagement Citoyen.
Qui entend contribuer 
à écrire l'avenir de l'Afrique.
Noir sur blanc.



Le mouvement sociétal africain connaît ces dernières années une effervescence toujours aussi remarquable et de plus en plus remarquée.
Portées par la jeunesse, de grandes mobilisations citoyennes ont secoué le cocotier des processus (plus ou moins) démocratiques en insufflant, souvent à la veille d’élections, des dynamiques initialement vouées à s’ériger qui contre l'un ou l'autre changement de constitution qui contre la propension de telle ou telle élite à se perpétuer au pouvoir.
Cerise sur le gâteau: une fois formés, les collectifs en question n'en restent pas là.
Au-delà des revendications institutionnelles, ils en arrivent bien vite à cristalliser les énergies autour de questions sociales, environnementales et/ou culturelles.
«Ce type de radicalisation républicaine constitue une alternative citoyenne aux extrémismes meurtriers ou aux chemins de l’émigration clandestine, expliquent les porte-paroles de la flambant neuve Université Populaire de l’Engagement Citoyen (UPEC).
Certains de ces mouvements connaissent des victoires. 
D’autres sont encore confrontés à la répression de leur régime politique.
Mais pour tous, la dynamique d’éveil et de contrôle citoyen poursuit son envolée.»

D'accord pour Dakar!

Y en a marre (Sénégal).
Lucha et Filimbi (République Démocratique du Congo).
Balai Citoyen (Burkina).
Iyina (Tchad).
Ras Le Bol (République du Congo).
Wake up Madagascar.
Team Gom Sa Boppa (Gambie).
Jeune et Fort (Cameroun).
Autant de rassemblements citoyens à l’africaine.
Qui ont formalisé un premier rendez-vous en décembre 2016 sur l'île de Gorée, au large de Dakar, pour échanger et poursuivre des dynamiques d’actions communes.
Avec, en point d'orgue, l'acte de naissance d'une plateforme panafricaine, Afrikki Mwinda.
Celle-là même qui est désormais appelée à organiser la première édition de l'UPEC.
Du 23 au 28 juillet 2018.
A nouveau dans la capitale sénégalaise.

Citoyens de tous les pays, unissons-nous!

L'UPEC, ce sera une rencontre annuelle.
Ce sera aussi un lieu de débats et de réflexions.
Ce sera surtout un espace de rencontres pour différents réseaux:
. activistes indépendants;
. membres engagés de mouvements citoyens, intellectuels ou artistes;
. autres citoyens d’Afrique et du monde...
Les chercheurs?
Les journalistes?
Les autres observa... cteurs (!) de l'univers des mouvements citoyens?
Ils ne seront pas en reste. 
Car ils trouveront dans cet événement un cadre d’études à même de nourrir leur travail.
Avec un programme articulé autour...
. d'un concert d'ouverture,
. de sessions théoriques destinées à enrichir le socle conceptuel et scientifique des citoyens engagés,
. de journées rythmées autour de thèmes forts,
. de différentes activités pour prendre en compte la fertilité de la jeunesse africaine.
Roulez, jeunesse!
Et wake up, Africa!


lundi 2 juillet 2018

Le silence des oiseaux








«A la fin de la cérémonie,
l'artiste David Teboul
a diffusé
lors de la minute de silence
un enregistrement
fait à Birkenau,
le 17 juin dernier
à 5 h du matin.
Un silence habité
par des chants d'oiseau.
Emue,
la foule écoutait ardemment,
et quand l'enregistrement a pris fin, 

dans un silence encore plus mat,
on a perçu
d'autres chants d'oiseaux.
C'étaient des hirondelles qui, 

pour une fois à Paris,
pouvaient se faire entendre...»
(1)




«Au camp, 
ceux qui étaient trop bons, 
ceux qui se laissaient dépouiller complètement par les autres 
ne pouvaient pas résister. 
Et je crois que c'est peut-être là que je leur ai servis. 
C'est parce que j'étais plus dure.» 
Simone Veil 



Simone Veil au Panthéon




«Le 5 juillet dernier, lorsque j’ai annoncé, à l’issue de l’hommage qui lui était rendu dans la Cour des Invalides, que Simone Veil reposerait au Panthéon au côté de son époux, cette décision ne fut pas seulement la mienne. 
Ce ne fut pas non plus celle de sa famille qui, cependant, y consentit. 
Cette décision fut celle de tous les Français. 
C’est intensément, tacitement, ce que toutes les Françaises et tous les Français souhaitaient. 
Car la France aime Simone Veil. 
Elle l’aime dans ses combats, toujours juste, toujours nécessaire, toujours animée par le souci des plus fragiles où elle s’engagea avec une force de caractère peu commune. 
La France l’aime plus encore parce qu’elle a compris d’où lui venait cette force mise au service d’une humanité plus digne.


Invincible espoir


Ce n’est que tardivement, lorsque Simone Veil eut passé cinquante ans, que la France découvrit que les racines de son engagement plongeaient dans la noirceur absolue, innommable des camps de la mort. 
C’est là qu’elle trouva en elle pour survivre cette part profonde, secrète, inaliénable qu’on appelle dignité. 
C’est là que malgré les malheurs et les deuils, elle conçut la certitude qu’à la fin, l’humanité l’emporte sur la barbarie. 
Toute sa vie fut l’illustration de cet invincible espoir.

Nous avons voulu que Simone Veil entre au Panthéon sans attendre que passent les générations, comme nous en avions pris l’habitude, pour que ses combats, sa dignité, son espérance restent une boussole dans les temps troublés que nous traversons
Parce qu’elle a connu le pire du XXe siècle et s’est pourtant battue pour le rendre meilleur, Simone Veil reposera avec son époux dans le VIe caveau. 
Elle y rejoindra quatre grands personnages de notre histoire: René Cassin, Jean Moulin, Jean Monnet et André Malraux. 
Ils furent comme elle des maîtres d’espérance.

Comme eux Simone Veil s’est battue contre les préjugés, l’isolement, contre les démons de la résignation ou de l’indifférence sans rien céder, parce qu’elle savait ce qu’était la France. 
Comme eux, elle a bravé l’hostilité, agi en précurseur, embrassé des causes qu’on croyait perdues pour rester fidèle à l’idée qu’elle se faisait de la République et à l’espoir qu’elle plaçait en elle. 
Il est beau aujourd’hui que cette femme rejoigne en ce lieu la confrérie d’honneur à laquelle, par l’esprit, par les valeurs, elle appartient de plein droit et dont elle eut toute sa vie les combats en partage. Comme René Cassin, Simone Veil s’est battue pour la justice. 
En 1948, Cassin avait fait ratifier par l’assemblée générale des Nations unies la Déclaration universelle des droits de l’Homme.


Les femmes, toutes les femmes


Simone Veil savait cependant que dans ce noble combat des droits humains, la moitié de l’humanité continuait obstinément d’être oubliée: les femmes. 
Elle avait vu leur soumission et leurs humiliations, elle-même avait affronté des inégalités qu’elle jugeait absurdes, dépassées. 
Alors elle se bâtit pour que justice soit faite aux femmes, à toutes les femmes. 
Justice pour les femmes détenues dans des conditions indignes, qu’elle s’efforça quand elle était magistrate d’améliorer, justice pour les femmes, leur indépendance financière, leur autonomie conjugale, leur égalité dans l’autorité parentale. 
Justice pour que leurs qualités et talents soient reconnus et utilisés dans tous les domaines. 
Pour les femmes meurtries dans leur chair, dans leur âme, par les faiseuses d’anges, pour les femmes qui devaient cacher leur détresse ou la honte, et qu’elle arracha à leur souffrance en portant avec une force admirable le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse, à la demande du président Valéry Giscard d'Estaing et avec le soutien du Premier ministre Jacques Chirac. 
Justice pour les femmes incertaines de leurs droits et de leur place dans la société, pour les femmes reléguées par les lois, les clichés, les conventions. 
Justice pour toutes ces femmes qui, partout dans le monde, sont martyrisées, violentées, vendues, mutilées.

Avec Simone Veil entrent ici ces générations de femmes qui ont fait la France, sans que la nation leur offre la reconnaissance et la liberté qui leur était due. 
Qu’aujourd’hui par elle, justice leur soit à toutes rendue. 
Et qu’en ce jour, nos pensées aillent plus particulièrement à l’une d’elles, à une femme résolue, forte, douce qui, dans les conditions indicibles des camps de la mort soutint ses deux filles de toute la force de son amour. 
Elle aurait désiré pour elle une vie d’insouciance, mais pendant de longs mois, son destin tragique voulut que le spectacle de leur souffrance ajoutât à la sienne, jusqu’à son épuisement final, jusqu’à sa mort.

Je salue ici la mémoire de la mère tant aimée de Simone Veil, Madame Yvonne Jacob, née Steinmetz, morte à Bergen-Belsen au mois de mars 1945, dont l’exemple inspira le combat de Simone Veil pour les femmes. 


L'Europe par réalisme, par expérience, par lucidité


Comme Jean Monnet, Simone Veil s’est battue pour la paix et, donc, pour l’Europe. 
Elle qui avait vécu l’indicible expérience de la sauvagerie et de l’arbitraire savait que seul le dialogue et la concorde entre les peuples empêcheraient qu’Auschwitz ne renaisse sur les cendres froides de ses victimes.

Elle se fit combattante de la paix, elle se fit combattante de l’Europe. 
Elle voulut l’Europe par réalisme, non par idéalisme; par expérience, non par idéologie; par lucidité, non par naïveté. 
Elle n’était pas tendre pour les fadeurs iréniques et les complications technocratiques qui, parfois devenait le visage de cette Europe, car elle était de cette génération pour laquelle notre Europe n’était ni un héritage ni une contrainte, mais une conquête de chaque jour. 
Comme parlementaire, comme présidente du Parlement européen, comme citoyenne engagée, elle ne cessa d’en raviver la flamme originelle et d’en incarner l’esprit fondateur. 
Jean Monnet disait que l’Europe serait la somme des solutions à porter à ses crises. 
Nous devons à Simone Veil de ne pas laisser les doutes et les crises qui frappent l’Europe atténuer la victoire éclatante que depuis 70 ans, nous avons remportée sur les déchirements et les errances des siècles passés. 
Rien ne serait pire que renoncer à l’espoir qui a fait naître l’Europe des ruines où elle s’était ensevelie et où elle aurait pu périr.

Nous sommes aujourd’hui les dépositaires de ce défi aux vieilles nations qu’elle ne cessa de vivifier. 
Ce défi est le nôtre, celui de la jeunesse de France et d’Europe. 
Alors que les vents mauvais à nouveau se lèvent, il est notre plus bel horizon.


Civilisation et culture: grandir l'homme, éclairer son destin


Comme André Malraux, Simone Veil s’est battue pour la civilisation. 
Née avant la guerre, dans une civilisation qui se croyait encore immortelle, elle en vit l’effondrement rapide et cruel. 
Elle vit les repères moraux de l’humanité disparaître. 
Elle vit des S.S martyriser le jour des enfants dans les camps, avant de retrouver les leurs le soir venu autour de la tablée familiale. 
Elle savait dans sa chair qu’Auschwitz avait bouleversé durablement l’idée même de civilisation. 
Elle partageait avec Malraux le triste constat qu’il n’y avait plus de "signification de l’homme" et plus de "signification du monde". 
Mais elle savait aussi qu’on pouvait rebâtir une civilisation nouvelle.

Éprise d’art et de littérature, elle continua de croire que la culture grandit l’homme et l’éclaire sur son destin. 
Elle reposera à quelques mètres de son cher Jean Racine, que son père André Jacob avait si bien su lui faire aimer, qui est enterré en l’église Saint-Etienne-du-Mont, dont elle occupa le fauteuil à l’Académie française. 
Œuvrant pour l’éducation, la réhabilitation des prisonniers ou comme ministre, pour la protection des plus fragiles, elle savait que les civilisations se tissent de ces liens organiques, de ces mille fils invisibles. 
Engagée dans l’amitié entre les peuples européens, elle le fut aussi dans le dialogue entre Israéliens et Palestiniens, parce que l’humanité ne s’arrête pas à nos frontières. 
Elle croyait en ce destin commun qu’on appelle nation, et dans cette aventure exaltante qu’on appelle civilisation, elle savait que chaque jour qui passe est un nouveau combat contre la barbarie.


Solidarités souterraines


Comme Jean Moulin, Simone Veil s’est battue pour que la France reste fidèle à elle-même. 
Trahie par un État français qui pactisait avec l’occupant nazi, elle aurait pu retourner contre son pays la douleur de son épreuve et de ses deuils, elle n’en fit rien. 
Et lorsqu’elle décida de témoigner de sa déportation, ce fut d’abord pour rendre hommage aux Justes de France. 
Elle se leva contre ceux qui dressaient le portrait d’une France gagnée par les délires antisémites d’Hitler, de Pétain et de Laval, pour rappeler le courage inouï et spontané de ces familles françaises qui, au péril de leur vie, avaient caché des enfants juifs, les sauvant de la persécution et d’une mort atroce.

Elle rappela ce temps où des Français fournissaient à leurs concitoyens juifs des faux papiers et des certificats de travail. 
C’était le temps où l’archevêque de Toulouse, Monseigneur Saliege, appelait à l’asile dans les églises, c’était le temps où des pasteurs célébraient secrètement Pourim dans leur temple. 
C’était le temps où des solidarités souterraines maintenaient la fraternité française.

À gauche du caveau numéro 6, sur le mur de la crypte sont inscrits les noms des Justes. 
En ce temps-là, la France restait aussi la France parce que des hommes et des femmes abandonnaient tout pour grossir les rangs de l’armée des ombres. 
Alors le général De Gaulle chargeait Jean Moulin d’organiser la résistance. 
C’est pour cette France-là, pour la vraie France, contre la France défigurée dont les collabos exilés continuaient de défendre les crimes que Simone Veil un jour décida de témoigner.


Mémoire blessée


La France, grâce à elle et quelques autres, regarda en face ce qu’elle n’avait pas voulu voir, ce qu’elle n’avait pas voulu entendre, ce qu’elle avait tant voulu oublier et qui, pourtant, était une partie d’elle-même. 
Elle comprit que la nation ne doit pas redouter la mémoire blessée de ses fils et de ses filles meurtris, mais l’accueillir et la faire sienne. 
Jamais Simone Veil n’accepta qu’on la décore pour avoir été déportée, et pas davantage elle n’accepta qu’émerge une rivalité des mémoires. 
La réalité des chambres à gaz et des fours crématoires des camps d’extermination, instruments du crime contre l’humanité, n’atténue en rien l’héroïsme des résistants torturés, fusillés, déportés.

Mais il existe une vérité de l’histoire et la vérité du martyre juif fait aujourd’hui partie intégrante de l’histoire de France, comme en fait partie l’épopée de la Résistance. 
Simone Veil reposera au côté de Jean Moulin, le héros de la Résistance, le supplicié de Klaus Barbie qui ne livra aucun secret sous la torture la plus abjecte. 
Elle, Simone Veil qui martyrisée par les S.S ne renonça jamais à sa dignité. 
Ils sont pour nous deux exemples d’humanité profonde, lui héroïque dans son sacrifice, elle admirable par son courage et par son témoignage. 
Elle qui, sur le bras gauche, portait le stigmate de son malheur, ce numéro de déportée à Birkenau dont un jour un Français lui demanda si c’était son numéro de vestiaire. Ce numéro 78651 était le viatique de sa dignité invulnérable et intacte. 
Il sera gravé sur son sarcophage, comme il avait été tatoué sur sa peau d’adolescente.
Car en Simone Veil, c’est enfin la mémoire des déportés raciaux, comme elle le disait elle-même, des 78 500 juifs et tziganes déportés de France qui entre et vivra en ces lieux.

Demain, elle rejoindra les quatre chevaliers français qui dorment dans ce caveau. 
Simone Veil pourra en entrant les regarder fièrement de ce regard minéral, toujours inquiet. 
Elle pourra leur dire : "j’ai fait ma part". 
Elle sera accueillie en égale dans cette famille unie par les idéaux et le courage qu’on appelle "les héros français". 
Elle nous appelle à faire nous aussi notre part.


Les grandeurs d'une intimité


Un autre chevalier les aura rejoints, un chevalier servant, car il n’était pas pensable de désunir ce que la vie avait si fortement soudé, dans la joie mais aussi dans ces deuils terribles que furent la perte de la sœur de Simone Veil, Madeleine dite Milou, survivante des camps comme elle, disparue dans un accident de voiture; et la mort de son fils Claude-Nicolas, terrassé en 2002 par une crise cardiaque.

Il n’était pas pensable que Simone repose sans Antoine. 
Cette compagnie lui aurait manqué. 
Antoine, le haut fonctionnaire doué pour la vie qui apporta à la jeune rescapée l’élégance et l’humour qui lui permirent de revivre. 
Antoine qui rêvait de politique et à sa sortie de l’ENA avait commencé à s’en mêler en libéral européen. 
Antoine qui eut l’intelligence de comprendre que sa femme, elle, apportait à la politique non le simple désir de changer les choses, mais l’âpre volonté de combattre pour l’essentiel. 
Il mit alors son talent, son amour au service des batailles menées par Simone, qu’il soutint jusque dans les heures difficiles où ses adversaires maniaient l’injure immonde et la menace physique. 
Leur dialogue ne cessa jamais, ponctué de rires et parfois de mélancolie, égayé par une famille de trois fils: Jean, Claude-Nicolas et Pierre-François et bientôt douze petits-enfants.

Ce dialogue fut interrompu seulement par la mort d’Antoine en 2013, lui qui semblait fait pour vivre toujours, tant jamais le goût de la vie ne l’avait quitté. 
Le Panthéon désormais bruissera du murmure de leurs conversations.

Votre œuvre Madame fut grande, parce qu’elle s’est nourrie de vos deuils et de vos blessures, de vos fidélités et de vos intransigeances, mais aussi parce que vous l’avez entièrement vouée à la France et à la République. 
Tout ce que vous avez fait, vous l’avez fait aussi parce que la République vous y appelait, vous y portait, vous y encourageait.

Vous avez cru en la République et la République a cru en vous. 
La grandeur de l’une a fait la grandeur de l’autre. 
C’est parce que de toutes vos forces, vous l’avez honorée qu’aujourd’hui, elle vous honore. 
Votre œuvre cependant n’est pas achevée. 
Elle entre ici dans l’histoire et dans la postérité. 
Puissent vos combats continuer à couler dans nos veines, à inspirer notre jeunesse et à unir le peuple de France. 
Puissions-nous sans cesse nous montrer dignes comme citoyens, comme peuple des risques que vous avez pris et des chemins que vous avez tracés, car c’est dans ces risques et sur ces chemins, Madame, que la France est véritablement la France. 
Au soir de votre vie, vous avez souhaité qu’un kaddich soit dit sur votre tombe, votre vœu fut exaucé par votre famille le 5 juillet 2017, au cimetière du Montparnasse.

Aujourd’hui, la France vous offre un autre chant, celui dont les prisonnières de Ravensbrück avaient brodé les premiers mots sur des ceintures de papier; et qu’elles chantèrent le 14 juillet 1944 devant les S.S médusés. 
Ce chant que les déportés, chacun dans leur langue, entonnaient lorsque leur camp était enfin libéré, car ils le connaissaient tous par cœur. 
Ce chant dont le monde a résonné lorsque la barbarie de nouveau a montré chez nous sa face hideuse. 
Ce chant c’est celui de la République, c’est celui de la France que nous aimons et que vous avez faite plus grande et plus forte. 
Qu’il soit aujourd’hui, Madame, le chant de notre gratitude et de la reconnaissance de la nation que vous avez tant servie et qui vous a tant aimée. 
Ce chant, c’est la Marseillaise. 
Vive la République, vive la France.» (2)



Emmanuel Macron



(1) Extrait de Rebetez Alain, Simone Veil entre au Panthéon, in Le Soir du 2 juillet 2018, p11.
(2) Discours d’hommage du Président de la République française, Emmanuel Macron, à l'occasion de l'entrée au Panthéon de Simone Veil. Les intertitres et les parties présentées en caractères gras sont de la rédaction. 


vendredi 29 juin 2018

Honni soit qui mâle y pense

















«Oui, Sinjar est libéré.
Mais Sinjar n'existe plus.»
Sinjar ou Kobané, même impitoyable constat.
Irak ou Syrie, même inébranlable combat.
Les Super Nanas du Mouvement des Femmes Libres 
ou des Unités de défense féminines (1)
poursuivent leur résistance face à Daech. 
Vaillantes et militantes.
Kalachnikov à la main.
Et ce slogan aux lèvres: 
«Femmes! Vie! Liberté!»
Liberté face aux barbares djihadistes.
Liberté face à
 l'arrogance des mecs à frime.
Liberté face à un monde qui va de... mâle en pis.


«Dans ce monde qui se dessèche, 
si nous ne voulons pas mourir de soif, 
il nous faudra devenir source.» 
(Christiane Singer)




A Simone Veil





«Si toutes les femmes s'unissent, le terrorisme s'arrêtera.»
Ainsi pense-t-on dur comme fer au sein du Mouvement des Femmes Libres.
Soit une armée de résistance qui, exclusivement composée de représentantes d'un «sexe faible» plus mal nommé que jamais, a été créée il y a une quarantaine d'années en Turquie, autour d'une certaine Sakine (2).
Sakine?
Oui.
Sakine Cansiz.
Cofondatrice, en son temps, du Parti des Travailleurs du Kurdistanle fameux PKK, honni au-delà de tout par le président turc Recep Erdogan.
Icône de tout un peuple.
Et surtout, pour ce qui nous concerne ici, inspiratrice de générations de femmes qui, formées militairement et/ou politiquement, entendent porter bien haut l'idéal d'une société affranchie du patriarcat.

Comandante Guerillera

Pas vraiment la tête de l'emploi, la milicienne?
Peut-être.
Mais les apparences sont parfois trompeuses.
La preuve par l'installation de plusieurs communautés et camps d'entraînement dans les montagnes du Qandil, au nord de l'Irak.
Histoire de rassembler des femmes -kurdes, européennes et autres- autour d'un même projet: édifier des sociétés démocratiques, multiethniques et multiconfessionnelles pour tenter, peut-être, de changer l'histoire, à tout le moins celle du Proche-Orient.

Sakine, Fidan, Leyla et les autres

La machine est en route.
Et l'assassinat de la «guerillera», le 10 janvier 2013 à Paris avec deux autres militantes kurdes, ne changera rien à l'affaire.
Bien au contraire.
Sakine entre définitivement dans la légende.
Conséquence: des centaines de jeunes filles se donnent plus que jamais vocation à contrer la barbarie de Daesh.
Et, plus globalement, la mentalité masculine.
Soit un état d''esprit qui est vu comme voie royale à toutes les formes de domination.
Comme obstacle récurent à l'égalité entre hommes et femmes.
Comme métastase assassine d'un monde invivable.

Sois bon et tais-toi!

Place donc à des.. Académies de Rééducation des Hommes!
Qui distillent neuf mois de cours d'Histoire et de politique... d'un point de vue de femme.
Dans le viseur: l'Etat islamique, bien sûr, mais aussi, pour reprendre les termes du géographe français Yves Raibaud (3), «le modèle d'une masculinité hégémonique, et avec elle, les conduites viriles et leurs avatars, le sexisme et l'homophobie, lesquels sont en général moins prégnants dans des groupes mixtes.» (4)
Du côté du Mouvement des Femmes Libres ou des Unités de défense féminines en tout cas, la masculinité n'est rien d'autre qu'un système d'oppression qu'il s'agit d'interroger et d'analyser en profondeur pour mieux se donner les moyens d'en venir à bout.
«On cherche surtout à comprendre comment l'homme a pu à ce point rendre son univers irrespirable», confie un participant convaincu.
Qui, en quelque sorte, s'est fixé pour objectif d'expurger le mâle de son mal.
De le châtrer de ses velléités de prédateur.
De libérer de ses excès le monde en général et les femmes en particulier.

Contre Daesh, pour la parité

Respect, Messieurs, pour ces meufs de première ligne!
Jeunes recrues ou vieilles de la vieille, elles ont enfilé leur treillis pour lutter contre Daech.
Et aussi, dans le même mouvement, pour conquérir leur droit à l'égalité et à la parité.
Peu importe, donc, leur religion.
Car si kurde ou syriaque est leur prénom, féminisme est leur nom de famille.
Une famille vivifiante, époustouflante, sidérante.
Qui bouscule le Candile.
Qui chamboule le Rojava
Qui bouleverse le Sinjar.
En attendant, sans doute, d'ébranler tout le Moyen-Orient.
Et plus si affinités...

Quand la femme s'éveillera...

Et chacune de ces nouvelles Amazones, arme en bataille et sourire aux lèvres, de se prendre à rêver d'une autre temps.
Celui où rien ne bridera plus les femmes dans leur vocation à se constituer en moitié réjouissante de l'Humanité.



(1) Vidéo en lien: Sauloy Mylène, Kurdistan, la guerre des filles, Magnéto Presse, 2017.
(2) Prononcez Sakiné.
(3) Yves Raibaud est maître de conférences à l'Université Bordeaux Montaigne.
(4) Extrait de Raibaud Yves, La ville faite par et pour les hommes, Belin, Paris, 2015, cité in Ghali Soraya, La ville, territoire mâle, Le Vif/L'Express n°3495, du 28 juin au 4 juillet 2018, p.50. 



mercredi 20 juin 2018

Identité. L'arbre qui cache la forêt.








Derrière l'arbre
du piège identitaire,
la forêt
des 
pièces d'identité.
Et derrière le leurre
d'une appartenance 
unique,
l'heure 
des appartenances 
multiples?
Ce goût pour la diversité,
il s'agit en tout cas,
dans l'urgence, 
d'en sonner le réveil.
Sous peine de s'engluer
dans les fameuses 
«identités meurtrières»
aussi tôt annoncées 
que bien dénoncées
par Amin Maalouf.






«L'Histoire nous a appris que lorsque l'on perçoit les autres et nous-mêmes à travers une mono-identité en assignant à l'individu UNE seule de ses caractéristiques, souvent son origine identitaire -ethnique/religieuse-, la situation est potentiellement dangereuse.
Car les mono-identités conduisent souvent à des identités meurtrières.» (1)
Dans une radioscopie récemment relayée dans ces colonnes, Benoît Scheuer insiste sur les dangers de cette tendance au repli identitaire qui caractérise certaines périodes, dont la nôtre.
Et le le sociologue belge de faire allusion aux «Identités meurtrières» chères à Amin Maalouf. 
L'occasion pour nous de revenir sur le livre éponyme...

Identité tribale: l'art de l'arnaque 

Dans l'ouvrage en question (2) se trouve développé avec subtilité et clairvoyance un propos qui entend battre en brèche l'idée, trop rarement questionnée, selon laquelle il y aurait, au fin fond de chacun d'entre nous, une seule appartenance qui compte.
Faux et usage de faux, contrecarre l'écrivain libanais. 
Pour qui une thèse de ce type relève, sinon de la fiction, à tout le moins du réductionnisme. 
Elle tend en effet à occulter une bonne part de la réalité, donc à tronquer celle-ci en négligeant tout ce qui ne rentre pas dans le schéma initialement retenu.
Soit un solde considérable, composé d'une trajectoire d'homme libre, de convictions acquises, de préférences en tous genres, d'une sensibilité propre, d'affinités multiples... 
Ce qui fait une vie, en somme.
«Il arrive qu'un accident, heureux ou malheureux, ou même une rencontre fortuite, pèse plus lourd dans un sentiment d'identité que l'appartenance à un héritage millénaire» (3), rappelle Maalouf.
Avant d'en rajouter une couche...
«S'il existe à tout moment, parmi les éléments qui constituent l'identité de chacun, une certaine hiérarchie, celle-ci n'est pas immuable, elle change avec le temps et modifie en profondeur les comportements.» (4)
Porter crédit à l'hypothèse d'une supposée essence déterminée une fois pour toutes, c'est donc oublier qu'«en tout homme se rencontrent des appartenances multiples qui s'opposent parfois entre elles et le contraignent à des choix déchirants.» (5)

Sous l'identité, la rage

Le leurre est donc grossier.
Et pourtant...
Le mythe d'une prétendue appartenance fondamentale, souvent religieuse, nationale, raciale ou ethnique, s'avère tenace.
Contribuant ainsi à marginaliser quiconque revendique une identité plus complexe.
A tel point que, pour beaucoup, il devient de plus en plus difficile d'assumer la multiplicité de ses appartenances sans être sommé de choisir son camp et/ou mis en demeure de réintégrer les rangs de sa tribu.
Par qui?
«Pas seulement par les fanatiques et les xénophobes de tous bords, mais par vous et moi, par chacun d'entre nous.
A cause, justement, de ces habitudes de pensée et d'expression si ancrées en nous tous, à cause de cette conception étroite, exclusive, bigote, simpliste qui réduit l'identité entière à une seule appartenance, proclamée avec rage.» (6)

Sortir de l'impasse: l'identité sera complexe ou ne sera pas

Et si, en fait d'identité, chaque personne était constituée d'une foule d'appartenances?
A une tradition religieuse, sans doute.
A une nationalité (sinon deux), bien sûr.
A un groupe ethnique ou linguistique, c'est vrai.
Mais aussi à une famille, plus ou moins élargie.
A une profession, quelle qu'elle soit.
A telle ou telle institution.
A un certain milieu social.
Etc, etc, etc... 
La liste est virtuellement illimitée.
Fait valoir notre guide.
Qui s'empresse de préciser... 
«Toutes ces appartenances n'ont évidemment pas la même importance, en tout cas pas au même moment. 
Mais aucune n'est totalement insignifiante. 
Ce sont les éléments constitutifs de la personnalité.» (7) 
Dont chacun peut se rencontrer chez un grand nombre d'individus.
Mais dont la combinaison ne peut que déboucher sur une absolue singularité.
Dans son entièreté, en effet, le même agencement ne se retrouve rigoureusement jamais chez deux personnes différentes. 
«Avec chaque être humain, j'ai quelques appartenances communes; mais aucune personne au monde ne partage toutes mes appartenances, ni même une grande partie de celles-ci.» (8) 
C'est que tous, sans exception, nous nous trouvons dotés d'une identité composite.
Complexe.
Unique.
Irremplaçable.
Ne se confondant avec aucune autre. 
«Sans doute un Serbe est-il différent d'un Croate, mais chaque Serbe est également différent de tout autre Serbe, et chaque Croate est différent de tout autre Croate.» (9) 
Si nous tendons trop fréquemment à englober les gens les plus différents sous un même vocable, c'est donc par facilité.
Par facilité également que nous leur attribuons collectivement des opinions, des actes, des crimes... 
«C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c'est notre regard aussi qui peut les libérer.» (10) 

Il était une fois l'identité...

Faite d'appartenances multiples, l'identité se réduit-elle pour autant à la simple juxtaposition d'appartenances autonomes?
Non.
Car elle conserve son unité.
Au sens où nous la vivons comme un tout.
Un Boris Cyrulnik, un Paul Ricoeur ou un Jean-Marc Ferry évoquerait une «reconstruction (ou une identité) narrative».
Maalouf, lui, préfère s'en référer à l'image du «dessin sur une peau tendue» (11)
Histoire, peut-être, de mieux insister sur l'interdépendance qui caractérise les diverses composantes de l'édifice identitaire.
«Qu'une seule appartenance soit touchée et c'est toute la personne qui vibre.
On a souvent tendance à se reconnaître, d'ailleurs, dans son appartenance la plus attaquée.» (12)
Un cas de figure qui fait notamment -et vertigineusement- écho à notre temps. 
«L'appartenance qui est en cause -la couleur, la religion, la langue, la classe...- envahit alors l'identité entière.
Ceux qui la partagent se sentent solidaires, ils se rassemblent, se mobilisent, s'encouragent mutuellement, s'en prennent à "ceux d'en face".
Pour eux, "affirmer leur identité" devient forcément un acte de courage, un acte libérateur...
Au sein de chaque communauté blessée apparaissent naturellement des meneurs.
Enragés ou calculateurs, ils tiennent des propos jusqu'au-boutistes.» (13)
Populistes, extrémistes et autres pyromanes sortent dès lors du bois.
Pour enflammer les esprits. 
Pour appeller à la vengeance.
Pour promettre la victoire 
«Quoi qu'il arrive, "les autres" l'auront mérité, "nous" avons un souvenir précis de "tout ce qu'ils nous ont fait endurer" depuis l'aube des temps.» (14)

Partial, sectaire, intolérant, dominateur, quelquefois suicidaire

Comment les hommes de tous pays, de toutes conditions, de toutes croyances se transforment-ils aussi facilement en massacreurs?
Et comment les fanatiques de tous poils en arrivent-ils aussi facilement à s'imposer comme les défenseurs de l'identité? 

La réponse du lauréat du prix Goncourt 1993 fuse... 
C'est parce que la conception tribale de l'identité prévaut encore dans le monde entier, favorisant une telle dérive.
«La conception que je dénonce, celle qui réduit l'identité à une seule appartenance, installe les hommes dans une attitude partiale, sectaire, intolérante, dominatrice, quelquefois suicidaire, et les transforme bien souvent en tueurs, ou en partisans des tueurs.
Leur vision du monde en est biaisée et distordue.
Ceux qui appartiennent à la même communauté sont "les nôtres", on se veut solidaire de leur destin mais on se permet aussi d'être tyrannique à leur égard; si on les juge "tièdes", on les dénonce, on les terrorise, on les punit comme "traîtres" et "renégats".
Quant aux autres, quant à ceux de l'autre bord, on ne cherche jamais à se mettre à leur place, on se garde bien de se demander si, sur telle ou telle question, ils pourraient ne pas être complètement dans leur tort, on évite de se laisser adoucir par leurs plaintes, par leurs souffrances, par les injustices dont ils ont été victimes.
Seul compte le point de vue des "nôtres", qui est souvent celui des plus militants de la communauté, des plus démagogues, des plus enragés.
A l'inverse, dès lors qu'on conçoit son identité comme étant faite d'appartenances multiples, certaines liées à une histoire ethnique et d'autres pas, certaines liées à une tradition religieuse et d'autres pas, dès lors que l'on voit en soi-même, en ses propres origines, en sa trajectoire, divers confluents, diverses contributions, divers métissages, diverses influences subtiles ou contradictoires, un rapport différent se crée avec les autres, comme avec sa propre tribu.
Il n'y a plus seulement "nous" et "eux" -deux armées en ordre de bataille qui se préparent au prochain affrontement, à la prochaine revanche.


(1) Scheuer Benoît, Un voyage dans un archipel, in Le Soir, vendredi 1er juin 2018, p.21.
(2) Maalouf Amin, Les identités meurtrières, Grasset, coll. Le Livre de Poche, Paris, 2011 (première publication: Grasset & Fasquelle, Paris, 1998). 
(3) Maalouf Amin, Les identités meurtrières, Grasset, coll. Le Livre de Poche, Paris, 2011, p.17. 
(4) Maalouf Amin, idem, p. 20.
(5) Maalouf Amin, idem, p.10. 
(6) Maalouf Amin, idem, p. 11.
(7) Maalouf Amin, idem, p. 17.
(8) Maalouf Amin, idem, p.27. 
(9) Maalouf Amin, idem, p. 28. 
(10) Maalouf Amin, idem, p. 29. 
(11) Maalouf Amin, idem, p. 34.
(12) Maalouf Amin, idem, p. 34.
(13) Maalouf Aminidem, pp.34-35.
(14) Maalouf Aminidem, p.35.
(15) Maalouf Aminidem, pp.39-40.