dimanche 14 janvier 2018

Le vert est dans le fruit





















Le message (1) percole sur les réseaux sociaux. 
Et pour cause.
Il s'inscrit dans l'air d'un temps.
Celui d'une dissidence. 
Portée par ceux que nous avons pris le pris le parti 
d'appeler «émergents» ou -strico sensu- «mutants»
et que d'autres ont préféré désigner différemment.
Peu importe.
L'essentiel, ici, est que, 
tous tendent à se réunir 
sous la bannière de mots d'ordre assez analogues... 
Et en tout état de cause,
Non à la naïveté, certes!
Mais non, aussi, au défaitisme!
Et place à un optimisme de volonté!
Car ce qui est est dans le fruit, 
ce n'est pas le ver, 
mais le vert.
Le vert d'une certaine écologie peut-être.
Un «vert, j'espère» en tout cas.
Un vert... à moitié plein, donc!
Et advienne que pourra...






«Pour beaucoup d'entre nous,
2017 n'a pas été 
une année facile.
Mais on peut 
voir les choses 
autrement.
Partout dans le monde, 
les citoyens se rassemblent, 
se battent 
pour tout ce qu'ils aiment.
Nous sommes en train de changer le monde!
Les femmes se font entendre!
Nous avons manifesté comme jamais auparavant,
abattant le mur du silence.

Ensemble, 
nous avons résisté à la haine.
La Colombie à dit "oui
à la paix.

Et la France 

"non" à l'extrême droite.
Nous nous sommes dressés 
contre le racisme 
et contre le décret Trump anti-immigration. 
Nous avons gagné le mariage pour tous en Australie
parce que l'amour reste l'amour, quel qu'il soit.
Nous avons ouvert notre coeur aux réfugiés. 
et envoyé à l'école 
des enfants syriens.

Nous avons  freiné 
la mafia de Murdoch
et lutté contre la corruption 
au Brésil.

Monsanto 
a du souci à se faire.

Nous nous battons 

pour notre planète, 

pour l'Accord de Paris sur le climat.

Même Trump ne peut en venir à bout.


Les énergies propres ont le vent en poupe.


Le règne du charbon 
est en train de s'achever.

Nous avons sauvé
des parcelles 
de l'Amazonie 
-l'équivalent 
du Danemark-
et créé 
les plus grandes 
réserves marines 
de l'Histoire.



Nous sauvons les abeilles, 
aidons les Massaï 
à protéger leurs terres
et traînons en justice des centaines de braconniers.

Nous faisons cela tous ensemble, 
dans tous les pays du monde.
Même si je ne vous connais pas,
je sais que ce qui nous réunit 
dépasse ce qui nous divise.
De New York à Jérusalem, 
de Berlin à Bogota,
de la Syrie au reste du monde,
allez, 2018!

Vas-y!
En avant!
Epate-nous!» (1)





(1) Le message en question, d'initiative Avaaz et dont une version écrite vous est présentée ici (en corps de texte), est à l'origine déclinée sous la forme d'une vidéo, disponible en lien.(2) Rutger Bregman.
(3) Erik Olin Wright.
(4) Michel Lallement, notamment, après Ernst Bloch.


mardi 9 janvier 2018

De l'autre côté de ma vitre, le regard de Yadna...













«Elle sait juste 
que l'Homme est fou 
et que c'est là-bas, en Syrie, 
que s'est formé, petit à petit, 
l'épicentre de sa folie.» 
Elle? 
Oui, cette Yadna.
Dont le regard 
a transpercé notre vitre, 
au feu rouge.
Et que rappelle 
à notre dérangeant souvenir 
l'insolent Grand Corps Malade.







«Heureusement, je n'ai pas d'enfant, 
   se dit Yadna très souvent. 
Ce serait encore plus dur, 
   encore plus humiliant.
Et puis comment elle aurait fait 
   avec un bébé comme paquetage? 
Est-ce qu'il aurait survécu 
   après tout ce voyage? 
Yadna a fui les bombes, 
   la guerre dans son pays. 
Elle sait qu'elle avait peur 
   mais ne sait plus de quels ennemis. 
Entre les tirs de son président, 
   des rebelles, de l'occident, 
de Daesh et des Kurdes, 
   elle ne sait plus d'où vient le vent. 
Elle ne sait plus d'où vient la poudre 
   qui a rasé son village. 
Elle ne sait plus qui tire les balles 
   qui ont éteint tous ces visages. 
Elle sait juste que l'Homme est fou et que c'est là-bas, en Syrie, 
que s'est formé, petit à petit, l'épicentre de sa folie. 

Yadna pense à tout ça en s'approchant de ma vitre. 
Moi, je lui dis "non" avec la main et je redémarre bien vite. 
J'avais peut-être un peu de monnaie, 
   mais je suis pressé: il faut que je bouge. 
Je me rappelle de son regard... 
   J'ai croisé Yadna au feu rouge. 

Après trois mois de périple dans toutes sortes d'embarcations, 
elle a souvent cru que la mort serait la seule destination. 
Comme lors de cette nuit noire, au milieu de la mer Égée, 
dépassée par les vagues sur un bateau bien trop léger. 
Entre les centres de rétention et les passeurs les plus cruels, 
Yadna a perdu de vue tous ceux qui avaient fui avec elle. 
Elle s'est retrouvée seule avec la peur, le ventre vide, 
et des inconnus aussi perdus qu'elle comme seuls guides. 
Marchant pendant des semaines puis payant à des vautours 
le droit de se cacher à l'arrière des camions, sans voir le jour. 
Après ces mois d'enfer, elle passe ses nuits sur un carton. 
Son Eldorado se situe Porte de la Chapelle, sous un pont. 

Yadna pense à tout ça en s'approchant de ma vitre. 
Moi, je lui dis "non" avec la main et je redémarre bien vite.
J'avais peut-être un peu de monnaie, 
   mais je suis pressé: il faut que je bouge. 
Je me rappelle de son regard... 
   J'ai croisé Yadna au feu rouge.

Dans ses nuits, les cauchemars d'expulsion sont réguliers. 
Elle attend d'obtenir le statut de réfugiée.
Elle mendie au feu rouge avec la détresse comme bâillon. 
Elle se renseigne sur ses droits, petite princesse en haillons. 
Elle imagine parfois sa vie d'étudiante dans son pays, 
si la justice avait des yeux, si la paix régnait en Syrie. 
Elle sourit même parfois, quand elle trouve la force d'y penser. 
Elle rêve en syrien mais, là, elle pleure en français. 

J'aperçois Yadna rapidement 
lorsque le feu passe au vert. 
J'ai un petit pincement au cœur, 
   mais je suis en retard et j'accélère.
Les plus grands drames sont sous nos yeux, 
   mais on est pressé: il faut qu'on bouge. 
Il y a des humains derrière les regards... 
   J'ai croisé Yadna au feu rouge.» (2)

(Grand Corps Malade)



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(2) Grand Corps Malade (texte) et Foley Angelo (musique), Au feu rouge, Anouche Productions (Jean Rachid), 2017.