mardi 13 novembre 2018

«Mais, bon! Je ne suis pas non plus Mère Teresa...» Aung San Suu Kyi, l'icône déchue

 
















Trop, c'est trop!
S'inscrivant dans le sillage de bon nombre d'institutions 
dont plusieurs universités et villes européennes, 
Amnesty International vient d'annoncer sa décision 
de retirer à Aung San Suu Kyi (1) le prix lui décerné en 2009.
En cause: son silence sur la crise des Rohingyas.
Voici la lettre que Kumi Naidoo,
le secrétaire général de l'organisation, 
a adressé à la dirigeante du Myanmar 
pour lui notifier sa décision. 


















«Chère Aung San Suu Kyi, 


Lorsque nous vous avons remis cette récompense, vous étiez «un symbole d'espoir, de courage et de défense inépuisable des droits humains, non seulement pour le peuple du Myanmar, mais aussi pour les citoyens du monde entier». 
En tant qu'Ambassadrice de la conscience d'Amnesty International, nous espérions que vous continueriez d'user de votre autorité morale pour dénoncer l'injustice où qu'elle se manifeste, et pour le moins au Myanmar.

Au lieu de cela, nous sommes à la fois inquiets et déçus par votre trahison manifeste et persistante des valeurs fondamentales que vous avez défendues pendant des décennies. 


En outre, nous sommes consternés par les discours de haine qu’a tenus votre gouvernement à l’égard des minorités, encourageant au lieu de freiner la discrimination et l'hostilité. 
En tant qu'organisation ayant œuvré sans relâche à votre libération –et à la libération de tous les prisonniers d'opinion au Myanmar– nous déplorons vivement que votre gouvernement n’ait pas abrogé ou modifié les lois répressives, mais s’en soit servi pour restreindre la liberté d'expression et arrêter et emprisonner des défenseurs des droits humains, des journalistes et des militants pacifiques.

Aujourd'hui, nous sommes profondément déçus que vous ne soyez plus un symbole d'espoir, de courage et de défense inépuisable des droits humains. 

Incapables de justifier le maintien de votre statut de lauréate du prix d'Ambassadrice de la conscience, c'est avec une grande tristesse que nous vous le retirons par la présente. 


Nous restons inébranlables dans notre engagement à garantir que tous les citoyens au Myanmar puissent exercer leurs droits librement, dans la dignité et en toute égalité.


Veuillez agréer l’expression de ma haute considération,


Kumi Naidoo
Secrétaire général d'Amnesty International»
















(1) Surnommée «La Lady», Aung San Suu Kyi, 73 ans, a été récompensée d'un Prix Nobel de la paix en 1991. Elle est aujourd’hui dirigeante du Myanmar (ex-Birmanie) avec la double fonction de ministre des affaires étrangères et de «conseillère d’Etat» –un poste équivalent à celui de Premier ministre.


mardi 6 novembre 2018

Bernie le magnifique















Il s'appelle Bernie Sanders (1)
Et nombre d'Américains, 
surtout jeunes 
et/ou issus des minorités, 
s'enthousiasment 
pour son programme «radical»
Qui se revendique explicitement 
du «socialisme».
Soit, aux Etats-Unis, 
un gros mot 
qui... devient tendance. 
A l'occasion des midterms,
relaye ici (en français)
l'intégralité de l'appel 
en faveur de l'édification 




«Aux États-Unis, nous accordons beaucoup d’attention aux problèmes touchant l’économie, les soins de santé, l’éducation, l’environnement, la justice pénale, l’immigration et, comme nous l’avons vu récemment, les candidats à la Cour suprême. 
Autant de questions extrêmement importantes. 
À l'exception des crises immédiates et dramatiques, la politique étrangère ne suscite généralement ni grande attention ni longs débats. 
En fait, certains analystes politiques ont suggéré que, globalement, la politique étrangère à parti unique qui est la nôtre repose sur de grands axes dont l'approche n'est débattue ou contestée q'avec la plus extrême parcimonie. 
Nous consacrons 700 milliards de dollars par an aux forces armées, soit davantage que les dix pays qui nous suivent dans la hiérarchie des dépenses militaires. 
Nous sommes en guerre en Afghanistan depuis dix-sept ans ainsi qu'en Irak depuis quinze ans.
Et nous sommes actuellement impliqués militairement au Yémen, où une crise humanitaire est en cours. 
Dans le même temps, trente millions de personnes n'ont pas d'assurance santé, notre infrastructure s'effondre et, chaque année, des centaines de milliers de jeunes gens tout à fait brillants ne peuvent pas se permettre d'aller à l'université. 
Il est urgent de lancer une discussion bouillonnante sur notre politique étrangère et sur la nécessité de la modifier en cette nouvelle ère. 


Autoritarisme, oligarchie, cleptocratie: l'hydre à trois têtes


Aujourd'hui, je voudrais dire quelques mots sur une tendance inquiétante dans les affaires mondiales, qui retient beaucoup trop peu l'attention. 
Une lutte aux conséquences énormes se tient actuellement aux États-Unis et dans le monde entier. 
Deux visions contradictoires s'y opposent. 
D'une part, nous constatons un mouvement mondial croissant vers l'autoritarisme, l'oligarchie et la cleptocratie. 
De l'autre côté, nous observons un mouvement en faveur du renforcement de la démocratie, de l'égalitarisme et de la justice économique, sociale, raciale et environnementale. 
Cette lutte a des conséquences pour tout l'avenir de la planète -sur les plans économique, social et environnemental. 

Au niveau de l’économie mondiale, nous constatons de nos jours une inégalité massive et croissante de la richesse et des revenus, où le 1% le plus favorisé du monde détient désormais plus de richesses que les 99% des moins nantis et où un petit nombre de gigantesques institutions financières ont un impact énorme sur la vie de milliards de personnes. 
En outre, beaucoup de personnes dans les pays industrialisés se demandent si la démocratie peut réellement leur être bénéfique. 
Ils travaillent plus longtemps pour des salaires inférieurs à ceux d’autrefois. 
Ils voient des puissances d’argent acheter des élections et une élite politique et économique s’enrichir alors même que l’avenir de leurs propres enfants s’assombrit.
Dans ces pays, nous avons souvent des dirigeants politiques qui exploitent ces craintes en amplifiant les ressentiments, en suscitant l'intolérance ou en attisant les haines ethniques et raciales entre ceux qui se débattent. 
Nous le voyons très clairement dans notre propre pays. 
Jusqu'au plus haut niveau de notre gouvernement. 
Il devrait être clair à présent que Donald Trump et le mouvement de droite qui le soutient ne relèvent pas d'une hypothétique spécificité américaine. 
Partout dans le monde, de l'Europe à la Russie en passant par le Moyen-Orient, l'Asie, l'Amérique latine et bien d'autres, nous constatons la présence de mouvements dirigés par des démagogues qui exploitent la montée en puissance des craintes, des préjugés et des griefs pour conquérir le pouvoir. 
Pas plus tard que le week-end dernier, lors de l’élection présidentielle au Brésil, le dirigeant de droite Jair Bolsonaro, surnommé «Le Donald Trump du Brésil», a fait l’objet d’une très bonne performance au premier tour du scrutin, en remportant une victoire totale. 
Bolsonaro a égrené une longue liste d'attaques contre les immigrants, contre les minorités, contre les femmes, contre les personnes LGBT... 
Bolsonaro, qui a déclaré aimer Donald Trump, a fait l’éloge de l’ancienne dictature militaire du Brésil et a notamment déclaré que, pour lutter contre la criminalité, la police devrait tout simplement être autorisée à tirer sur plus de criminels. 
C’est cette personne qui pourrait bientôt prendre les commandes du cinquième pays de la planète en terme de population et de la neuvième économie mondiale. 
Pendant ce temps, l’homme politique le plus populaire du Brésil, l’ancien président Lula da Silva, est emprisonné pour des accusations très discutables et empêché de se représenter. 
Bolsonaro au Brésil est un exemple de ce que je dénonce.


Le nouvel axe autoritaire


Il y en a d'autres dont je parlerai. 
Mais je pense qu'il est important, à ce stade, que nous comprenions que ce que nous voyons poindre aujourd'hui même et un peu partout sur le globe, c'est la montée d'un nouvel axe autoritaire. 
Les dirigeants qui composent cet axe peuvent différer par certains aspects. 
Ils n'en partagent pas moins une série d'attributs essentiels: 
. intolérance envers les minorités ethniques et religieuses, 
. hostilité envers les normes démocratiques, 
. antagonisme envers une presse libre, 
. permanence d'une paranoïa à l'égard de puissances étrangères supposées génératrices d'une myriade de complots,
. croyance que les dirigeants gouvernementaux devraient pouvoir utiliser leur présence au pouvoir pour servir leurs propres intérêts financiers égoïstes.
Il est intéressant de noter que nombre de ces dirigeants sont également profondément liés à un réseau d’oligarques multimilliardaires qui considèrent le monde comme leur jouet économique. 
Ceux d'entre nous qui croient en la démocratie, qui croient qu'un gouvernement doit rendre des comptes à sa population et non l'inverse, doivent comprendre la portée de ce défi si nous voulons y faire face efficacement. 
Nous devons lutter contre l’autoritarisme oligarchique avec un puissant mouvement progressiste mondial qui réponde aux besoins des travailleurs, reconnaissant que nombre des problèmes auxquels nous sommes confrontés sont le produit des défaillances d'un statu quo
Nous avons besoin d’un mouvement fédérateur de tous les peuples qui, où qu'ils se situent dans le monde, ne cherchent pas simplement à en revenir à un passé romantique -à un passé dont on oublie parfois les cruelles insuffisances- mais qui aspire à quelque chose de meilleur. 

Bien que cette tendance autoritaire n'ait pas commencé avec Donald Trump, il ne fait aucun doute qu'un peu partout sur la planète, d'autres dirigeants autoritaires se sont inspirés de la vocation que s'est donnée le président de la plus ancienne et la plus puissante démocratie du monde à bouleverser les normes démocratiques, à s'attaquer en tout vice tout déshonneur à l'indépendance des médias et du pouvoir judiciaire, à en faire les bouc émissaires des membres les plus faibles et les plus vulnérables de notre société. 

L'Arabie Saoudite, par exemple, est un pays clairement inspiré par Trump. 
C’est une dictature despotique qui ne tolère pas la dissidence, traite les femmes comme des citoyennes de troisième classe et exporte depuis des décennies une forme très extrême de l’islam dans le monde entier. 
L’Arabie saoudite est en train de dévaster le Yémen avec, dans cette guerre catastrophique, un allié de poids: les États-Unis. 

Je voudrais prendre quelques instants pour souligner la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, critique du gouvernement saoudien qui a été vu pour la dernière fois dans le consulat saoudien à Istanbul, en Turquie, mardi dernier. 
Au cours du weekend, les autorités turques ont déclaré aux journalistes qu'elles pensaient maintenant que Khashoggi avait été assassiné au consulat d'Arabie saoudite et que son corps avait été jeté ailleurs. 
Nous devons savoir ce qui s'est passé en l'espèce. 
Si cela est vrai, si le régime saoudien assassine un journaliste critique de son régime dans son propre consulat, il doit exister une responsabilité et une condamnation sans équivoque de la part des États-Unis. 
Mais il semble clair que le prince héritier saoudien Mohammad bin Salman se sent enhardi par le soutien inconditionnel de l’administration Trump.
En outre, il est difficile d’imaginer qu’un pays comme l’Arabie saoudite aurait choisi de se battre l’été dernier contre le Canada pour une critique relativement modérée des droits de la personne si Muhammad bin Salman -très proche du gendre présidentiel Jared Kushner- ne croyait pas que les États-Unis resteraient silencieux. 
Il y a trois ans, qui aurait imaginé que les États-Unis refuseraient de prendre parti entre le Canada -notre voisin démocratique et deuxième partenaire commercial en importance- et l'Arabie saoudite sur une question touchant aux Droits de l'homme? 
Pourtant, c'est exactement ce qui s'est passé! 

Il aurait également été difficile, il y a peu, d’imaginer que le gouvernement israélien prendrait un certain nombre de mesures -notamment qu'il adopterait la récente «loi sur les États nations» qui codifie essentiellement le statut de second rang des citoyens non juifs d’Israël- sapant de manière agressive l’objectif de la solution à deux Etats et ignorant la situation économique catastrophique de la bande de Gaza si Netanyahu n'avait pas été convaincu que Trump le soutiendrait. 

Et puis, il y a la relation intime de Trump avec le président russe Vladimir Poutine, dont l’intervention lors de notre élection présidentielle de 2016 n’a toujours pas été pleinement reconnue. 
Nous sommes confrontés à la situation sans précédent d’un président américain qui, pour une raison quelconque, refuse de reconnaître cette attaque contre la démocratie américaine. 
Pourquoi donc? 
Je ne suis pas sûr de la réponse. 
Soit il ne comprend vraiment pas ce qui s’est passé, soit il est sous influence russe à cause de l'une ou l'autre informations compromettantes dont Moscou pourrait disposer à son encontre, ou parce qu’il a finalement plus de sympathie envers un gouvernement fort à la russe qu’envers une démocratie à l'américaine. 
Même s'il se rapproche de dirigeants autoritaires comme Poutine, Orban en Hongrie, Erdogan en Turquie, Duterte aux Philippines et Kim Jong Un en Corée du Nord, Trump accroît inutilement les tensions avec nos alliés démocratiques européens sur des questions telles que le commerce, l'OTAN ou l'accord nucléaire iranien. 
Soyons clair: ce sont des questions importantes. 
Mais la manière dont Trump a gratuitement manqué de respect à ses alliés n’est pas seulement un processus de transaction inefficace.
Elle aura d’énormes conséquences négatives à long terme pour l’alliance transatlantique. 
En outre, l’ambassadeur de Trump en Allemagne, Richard Grenell, a déclaré il y a plusieurs mois que le gouvernement soutenait les partis extrémistes de droite dans toute l’Europe. 
En d’autres termes, l’administration américaine se range ouvertement du côté des forces mêmes qui contribuent le plus substantiellement à remettre en cause les fondements démocratiques de nos alliés de longue date.


Le leurre et l'argent du leurre


Nous devons comprendre que la lutte pour la démocratie est liée à la lutte contre la cleptocratie et la corruption. 
C'est aussi vrai aux États-Unis qu'à l'étranger. 
Outre l'hostilité de Trump à l'égard des institutions démocratiques ici aux États-Unis, nous avons un président milliardaire qui, selon un rapport récent publié dans le New York Times, aurait acquis sa richesse par des moyens illégaux et, aujourd'hui, en tant que président, d'une manière sans précédent: a intégré de manière flagrante ses propres intérêts économiques et ceux de ses acolytes dans les politiques du gouvernement. 
L’un des thèmes récurrents des rapports issus de l’enquête sur la campagne Trump est la propension des riches intérêts étrangers à profiter de l'influence et de l'accès à Trump, à son organisation ainsi qu'à des proches collaborateurs cherchant manifestement à monnayer cet accès contre la promesse d'avantages sonnants et trébuchants. 
Bien que les acteurs évoqués par ces rapports déploient les trésors d'une ingéniosité particulièrement flagrante et maladroite, les détails de ces histoires n'ont rien d'isolés. 

Jamais auparavant nous n'avions assisté aussi clairement au pouvoir des grosses sommes d'argent sur la politique gouvernementale. 
Les frères Koch dépensant des centaines de millions de dollars pour démanteler des réglementations environnementales qui protègent la santé des Américains? 
Des monarchies autoritaires comme l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar dépensant à Washington des millions de dollars en énergie fossile pour soutenir les intérêts de leurs régimes non démocratiques?
Des sociétés géantes soutenant les groupes de réflexion à même de produire des recommandations politiques qui servent leurs propres intérêts financiers?...
Quelles que soient les modalités d'application, il s'agit toujours de variations sur le même thème. 
Des intérêts spéciaux utilisent leur puissance financière pour influencer le gouvernement dans le sens de leurs propres intérêts égoïstes.
Dans le cadre de la lutte du Congrès contre les généreux impôts des Républicains sur les riches, certains de mes collègues ont été très diserts... 
Ainsi, le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham qui n'a pas tourné autour du pot: si les républicains n'adoptaient pas le projet de loi, elle déclarait que «les contributions financières s'arrêteraient». 
Et de poursuivre: «Ce sera la fin de notre parti». 
J'applaudis le sénateur Graham pour son honnêteté. 
Cette corruption est tellement flagrante qu’elle n’est plus considérée comme remarquable. 
Pa plus tard que l’autre jour, la phrase retenue comme principale dans un article du New York Times sur le méga-donateur républicain Sheldon Adelson était la suivante: «Le retour sur investissement de bon nombre des plus grands mécènes du parti républicain a été moins impressionnant cette année."
Permettez-moi de répéter que «le retour sur investissement n’était pas impressionnant». 
L’idée que les donateurs politiques attendent un résultat spécifique de la politique en échange de leurs contributions -cette contrepartie, donc, qui définit la corruption- est tout à fait ouverte. 

Ce n'est même plus considéré comme scandaleux. 
Ce type de corruption est courant parmi les régimes autoritaires. 
En Russie, il est impossible de dire où finissent les décisions du gouvernement et où commencent les intérêts de Poutine et de son cercle d'oligarques multimilliardaires. 
Ils fonctionnent d'un seul tenant. 
De même, en Arabie saoudite, il n'y a pas de débat sur la séparation car les ressources naturelles de l'État, évaluées à des milliards de dollars, appartiennent à la famille royale saoudienne. 
En Hongrie, le dirigeant nationaliste autoritaire d'extrême droite, Victor Orban, prenant exemple sur Poutine en Russie, affirmait dans une interview accordée en janvier que "Poutine a rendu à son pays la place de grand.
Comme Poutine, Orban a grimpé les marches du pouvoir en  exploitant la paranoïa et l'intolérance des minorités, ne lésinant pas sur les attaques scandaleusement antisémites contre George Soros.
Mais il a en même temps réussi à enrichir ses alliés politiques et lui-même. 
En février, l'indice de perception de la corruption établi par Transparency International a classé la Hongrie au deuxième rang des pays de l'UE les plus corrompus. 
Nous devons comprendre que ces autocrates font partie d’un front commun. 
Ils sont en contacts étroits, partagent des tactiques et, comme dans le cas des mouvements de droite européens et américains, partagent même certains bailleurs de fonds. 
Par exemple, la famille Mercer, partisans de la tristement célèbre Cambridge Analytica, a également apporté son soutien à Donald Trump et à Breitbart, qui opère en Europe, aux États-Unis et en Israël pour faire avancer le même programme anti-immigrés et anti-musulman. 
Sheldon Adelson donne généreusement au parti républicain ainsi qu'à des causes de droite, tant américaines qu'israéliennes, en promouvant un programme commun d'intolérance et de fanatisme dans les deux pays. 
La vérité est cependant que, pour lutter efficacement contre l'autoritarisme de droite, nous ne pouvons pas simplement nous tenir sur la défensive. 
Nous devons nous montrer proactifs et comprendre que défendre le statu quo qui a échoué au cours des dernières décennies s'avère toujours insuffisant. 
En fait, nous devons reconnaître que les défis auxquels nous sommes confrontés sont justement le produit de ce statu quo.
Ce que je veux dire par là? 
Qu'ici aux États-Unis, on retrouve le même phénomène qu'au Royaume-Uni, en France et dans de nombreux autres pays du monde: les gens travaillent plus longtemps avec des salaires stagnants et craignent que leurs enfants aient un niveau de vie inférieur à celui qu'ils ont eux-mêmes. 


Votre mission si vous l'acceptez...


Notre boulot consiste donc à n'accepter ni le statu quo ni ces niveaux massifs de richesse et d'inégalité de revenus qui permettent à 1% des habitants les plus riches du globe de posséder la moitié de la richesse de la planète tandis que les 70% les plus pauvres de la population en âge de travailler ont à se contenter de 2,7%% de cette richesse. 
Notre boulot consiste à ne pas nous résigner face au déclin du niveau de vie de nombreux travailleurs dans le monde ou à la réalité de 1,4 milliard de personnes qui vivent dans cette extrême pauvreté où des millions d'enfants meurent de maladies facilement évitables. 
Notre boulot consiste à lutter pour un avenir fait de politiques publiques, de nouvelles technologies et d’innovation susceptibles de profiter à tous, et pas seulement à quelques-uns. 
Notre boulot consiste à aider les gouvernements du monde entier à mettre fin à l'absurdité des sociétés riches et multinationales qui accumulent plus de 21.000 milliards de dollars sur des comptes bancaires offshore afin, tout d'abord, d'éviter de payer leur juste part d'impôts, puis, dans la foulée, d'exiger de leurs gouvernements respectifs qu'ils imposent un programme d'austérité aux familles des travailleurs. 
Notre boulot consiste à mobiliser l'ensemble de la planète pour qu'elle résiste à cette industrie de combustibles fossiles qui continue à générer des profits énormes tandis que leurs émissions de carbone détruisent la planète, au détriment de nos enfants et nos petits-enfants. 
La communauté scientifique est à peu près unanime pour nous dire que le changement climatique est réel, que le changement climatique est causé par l'activité humaine et que le changement climatique provoque déjà des dommages dévastateurs dans le monde entier. 
De plus, les scientifiques nous disent que si nous n'agissons pas avec résolution pour faire face à la crise climatique, notre planète connaîtra plus de sécheresse, davantage d'inondations, plus de perturbations météorologiques extrêmes, plus d'acidification de l'océan, une augmentation du niveau de la mer et conséquence des migrations de masse, la stabilité et la sécurité mondiales seront davantage menacées. 
Un nouveau rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur les Changements climatiques des Nations Unies vient de tirer le signal d'alarme: nous n’avons que douze ans pour prendre des mesures urgentes et sans précédent afin d’empêcher une hausse de la température de la planète qui causerait des dommages irréversibles.
La menace du changement climatique est un exemple très clair de domaines dans lesquels le leadership américain peut faire la différence. 
L’Europe ne peut pas le faire seule, la Chine ne peut pas le faire seule et les États-Unis ne peuvent pas le faire seule. 
C’est une crise qui appelle une forte coopération internationale si nous voulons laisser à nos enfants et à nos petits-enfants une planète saine et habitable. 
Le leadership américain -les avantages et les incitations économiques et scientifiques que seule l'Amérique peut offrir- est extrêmement important pour faciliter cet effort. 
Dans la lutte pour préserver et élargir la démocratie, notre travail consiste à lutter contre des efforts coordonnés, fortement soutenus par le président et financés par des oligarques tels que les frères Koch, afin de rendre plus difficile pour les citoyens américains -souvent des personnes de couleur, des personnes pauvres et les jeunes- d'y faire obstacle en recourant au suffrage universel. 
Non seulement les oligarques veulent acheter des élections, mais la répression électorale est un élément clé de leur plan visant à maintenir le pouvoir en place. 
Notre boulot consiste à promouvoir des politiques commerciales qui ne profitent pas uniquement aux grandes entreprises multinationales tout en nuisant aux travailleurs du monde entier et à contrer tout ce qui est écrit dans les alcôves déconnectées de tout regard  public. 

Notre boulot consiste à lutter contre les politiques d'immigration brutales qui exigent la séparation des familles de migrants lorsqu'elles sont détenues à la frontière et exigent que les enfants soient placés dans des cages. 
Les migrants et les réfugiés doivent être traités avec compassion et respect lorsqu'ils se rendent en Europe ou aux États-Unis. 
Oui, nous avons besoin d’une meilleure coopération internationale pour faire face au flux transfrontalier de migrants, mais la solution ne consiste pas à ériger des murs ni à amplifier la cruauté envers ceux qui fuient des conditions impossibles comme stratégie de dissuasion. 
Notre boulot consiste à nous assurer que nous consacrons plus de ressources à prendre soin des personnes que nous ne le faisons avec les armes conçues pour les tuer. 
Il n’est pas acceptable qu’avec la guerre froide derrière nous, les pays du monde entier dépensent plus d’un billion de dollars par an en armes de destruction, tandis que des millions d’enfants meurent de maladies faciles à soigner.
Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, des pays du monde entier dépensent au total 1,7 billion de dollars par an pour l’armée. 1,7 billion de dollars. 
Pensez à ce que nous pourrions accomplir si même une fraction de cette somme était redirigée à des fins plus pacifiques? 
Le président de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture a déclaré que nous pourrions mettre fin à la crise alimentaire mondiale pour 30 milliards de dollars par an. 
Cela représente moins de deux pour cent de nos dépenses en armes. Jeffrey Sachs, de l’Université Columbia, l’un des principaux spécialistes mondiaux du développement économique et de la lutte contre la pauvreté, estime que le coût de la lutte contre la pauvreté dans le monde est de 175 milliards de dollars par an pendant 20 ans, soit environ 10% de ses dépenses en armes. 
Donald Trump pense que nous devrions dépenser davantage pour ces armes. 
Je pense que nous devrions dépenser moins. 
Rappelons-nous ce que le président Dwight D. Eisenhower a dit en 1953, quelques mois seulement après son entrée en fonction... 
«Chaque arme fabriquée, chaque navire de guerre lancé, chaque fusée tirée signifie, au sens ultime, un vol de ceux qui ont faim et qui ne sont pas nourris, ceux qui ont froid et qui ne sont pas vêtus. 
Ce monde en armes ne dépense pas de l'argent seul. 
Il dépense la sueur de ses ouvriers, le génie de ses scientifiques, les espoirs de ses enfants.»
Et juste au moment où il allait quitter ses fonctions en 1961, Eisenhower était tellement préoccupé par le pouvoir croissant de l'industrie de l'armement qu'il a lancé cet avertissement: 
«Dans les conseils de gouvernement, nous devons nous protéger contre toute influence indue, recherchée ou non recherchée, par le complexe militaro-industriel. 
Le potentiel d'augmentation désastreuse d'un pouvoir mal placé existe et persistera.»
Nous avons constaté que ce potentiel était plus que pleinement exploité au cours des dernières décennies. 
Il est temps que nous nous levions et disions: «il existe un meilleur moyen d’utiliser notre richesse.»


Penser avec créativité et audace 
le monde que nous aimerions voir advenir


En conclusion, permettez-moi simplement de dire que pour lutter efficacement contre les forces de l'oligarchie et de l'autoritarisme mondiaux, nous avons besoin d'un mouvement international qui se mobilise derrière une vision de prospérité partagée, de sécurité et de dignité pour tous, et qui s'attaque à la vertigineuse inégalité qui frappe le monde, pas seulement en terme de richesse mais aussi sous l'angle du pouvoir politique. 
Un tel mouvement doit être porté à penser avec créativité et audace le monde que nous aimerions voir advenir. 
Alors que les tenants de l'axe autoritaire s’engagent à détruire l'ordre mondial postérieur à la seconde guerre mondiale qu’ils considèrent comme bridant leur accès au pouvoir et à la richesse, il ne s'agit plus de se limiter à défendre cet ordre tel qu’il existe. 
Nous devons examiner lucidement pourquoi cet ordre n'a pas tenu ses promesses et comment les adeptes de l'autoritarisme ont habilement exploité ces échecs pour renforcer les fondements de leur programme. 
Nous devons saisir cette occasion pour reconceptualiser un ordre mondial fondé sur la solidarité humaine.
Un ordre qui s'appuie sur la double prémisse que chaque habitant de cette planète partage une humanité commune et que nous voulons tous que nos enfants grandissent en bonne santé, aient une bonne éducation et occupent un emploi décent, boivent de l'eau potable, respirent de l'air pur et vivent en paix. 
Notre boulot consiste à faire lien avec ceux qui, partout dans le monde, partagent ces valeurs et se battent pour un monde meilleur. 
Les affidés de l'autoritarisme cherchent à asseoir leur pouvoir en promouvant la division et la haine. 
Nous, nous allons promouvoir l'unité et l'inclusion. 
À une époque où la richesse et la technologie explosent, nous bénéficions d'un potentiel rêvé pour créer une vie décente et pour en faire profiter tout un chacun. 
Notre boulot consiste à bâtir sur notre humanité commune et à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous opposer à toutes les forces gouvernementales ou financières qui, qui tentent de nous diviser et de nous opposer en s'arrangeant toujours pour n'avoir pas à répondre de leurs actes.  
Nous savons que ces forces travaillent ensemble en faisant fi des frontières. 
Nous devons faire la même chose.» 

Bernie Sanders


(1) 
L'appel en question a été lancé le 9 octobre 2018. 
(2) Bernie Sanders est sénateur du Vermont. Il fut candidat démocrate aux dernières élections présidentielles américaines avant d'être éliminé par son propre parti au profit d’Hillary Clinton. 
(3) Le texte original de l’appel (en anglais) et la vidéo de l’appel de Bernie Sanders: https://www.contra-xreos.gr.



jeudi 18 octobre 2018

Atelier Côté Cour. J'aurais voulu être un artiste...




































L’image contient peut-être : 1 personne, debout et intérieurQui travaille avec ses mains
est-il un ouvrier?
Avec ses mains et sa tête
un artisan?
Avec ses mains,
sa tête et son coeur
un artiste?
Dans ce cas,
les participant-e-s
de l'Atelier Côté Cour
sont sans conteste
des artistes.
Et leur G.O. 
Viviane Wansart 
tout autant. 



Ils ne paient pas de mine, les locaux de l'Atelier Côté Cour.
Une petite pièce d'accueil.
Un escalier qui mène à l'un ou l'autre bureau.
Et, au rez de chaussée un dégagement.
Qui, pour l'essentiel, donne accès à une cuisine, à un... indispensable garage sans voiture (!) et, dans le fond, -tiens, tiens!- à une petite cour.

Un lien vaut mieux que deux tu l'auras

Qu'importe la relative étroitesse de l'endroit!
L'essentiel est ailleurs.
Dans l'esprit.
Celui qui anime un Centre d'Expression et de Créativité se donnant vocation «à tisser et à retisser des liens dans la durée, la solidarité, la diversité, la fragilité et le partage d’aventures collectives autour de projets de théâtre, d'écriture et de peinture».
«Au départ, il y eut la volonté d’offrir un lieu d’accueil à ceux qui, après avoir trouvé à l’hôpital un espace de rencontre et de création, se trouvaient renvoyés à la solitude de la ville anonyme», se souvient le Dr Denis Hers, chef du service de psychiatrie des Cliniques de l’Europe (Saint-Michel) et du centre de santé mentale Chapelle-aux-Champs.
A l'Atelier Côté Cour, Monsieur le Président, c'est lui.
Même si sur le terrain, ce sont d'autres acteurs que l'on rencontre le plus souvent.
Roxana l'intervenante chilienne de l'atelier peinture, Carolina l'animatrice vénézuélienne de l'atelier citoyenneté, Giorgos le co-animateur grec de l'atelier théâtre et migrations, Christian le chargé belge de l'atelier écriture, Michel le compositeur et musicien, Virginie la stagiaire psychologue...
Mais la fer de lance du quotidien, c'est la cofondatrice et directrice Viviane Wansart.
Car, croyez le bien, cette VW-là ne carbure pas au diesel!

Dynamic Viviane


Ne cherchez pas! 
Plus dynamiquissime que cette animatrice, ça n'existe qu'à Hollywood. 
A l'écran, il y a Wonder Woman
Dans la vie et sur les planches, il y a Wonder Viviane.
Que la morphologie et les convictions féministes (affichées) suffisent clairement à dédouaner de toute suspicion de recours aux anabolisants.
Ouf! 
Sans ces brevets de bonne conduite, pas de doute: les contrôleurs antidopage n'auraient de cesse de l'importuner.
Et pour cause.

Celle que formations et expérience ont contribué à coiffer d'une double casquette de comédienne et d'infirmière dynamise.
Incite.
Suscite.
I
nsuffle.
Motive.
Entraîne.
Mobilise. 
Planifie.
Crée (des spectacles).
Anime (notamment des ateliers de théâtre)... 
Et n'en finit pas d'étudier.
Car si elle est issue de l'Institut des Arts de Diffusion de Louvain-la-Neuve, Dynamic Viviane (appellation non contrôlée!) n'en est pas moins diplômée en «Santé mentale en contexte social: précarité et multiculturalité», à l'Université Catholique de Louvain.
Pour faire bonne mesure, elle a aussi suivi le cursus de «Migrations, Diversité ethnique et Relations interculturelles», à l'Université Libre de Bruxelles.
Et désormais, sans doute parce qu'elle pensait perdre son temps à dormir plus de deux heures par nuit, elle est inscrite comme étudiante en Sciences politiques aux Facultés Universitaires Saint-Louis.
Le tout en plus de ses autres activités, évidemment...
Dont celles, professionnelles, qui lui permettent de concilier idéalement ses profils artistique et paramédical.

Côté coeur

«Dans le vocabulaire du théâtre, le "côté cour" désigne le côté droit de la scène vu de la salle, par opposition au côté jardin, explique la plus directrice de toutes les animatrices.
Pour la troupe de la Comédie Française, c’était aussi, historiquement, le côté cour du Louvre par opposition au côté Jardin des Tuileries.
Ce prestigieux passé nous a servi de source d'inspiration. 
Quand on est au sommet de notre petite rue de Lantsheere, il y a, côté cour, le centre névralgique de notre association, notre petit "local garage" et sa cour minuscule où se sont déjà tenus, autour d’une cigarette ou non, tant et tant de débats philosophiques.
Et en face, de l’autre côté de la rue, côté jardin donc, il y a la Clinique de l’Europe, avec laquelle nous collaborons étroitement. 
C’est ainsi que nous avons choisi cette appellation pour notre association.
D'ailleurs, pour les acteurs en scène, sous les feux de la rampe et dans le feu de l’action, le "côté cour", n'est-ce pas aussi, quelque part le "côté cœur"?»

Les trois coups...

Vous situez-vous dans les environs de Bruxelles?
Voulez-vous entendre battre le coeur de l'Atelier Côté Cour
Bienvenue, alors, ces samedi 20 et/ou dimanche 21 octobre 2018.
Histoire de découvrir l'aboutissement des travaux des peintres et auteur.trice.s maison, ainsi que le nouveau recueil sur le thème «Révolte et Poésie».
Les trois coups, c'est à 13h.
Et le baisser de rideau à 17h.
Si vous ne trouvez pas: suivez la bonne humeur. 



Samedi 20 octobre 2018

13h: ouverture de l'exposition et des ventes de tableaux et de recueils; film du spectacle «D'Antigone à WeToo».
14h: atelier de peinture ouvert à tous et toutes avec Roxana Alvarado
15h: lectures de textes : «Quelque chose me brûle»
16h: goûter des participant.e.s, voisins et voisines. 


Dimanche 21 octobre 2018

13h: ouverture de l'exposition et des ventes de tableaux et de recueils; film du spectacle «D'Antigone à WeToo»
14h: atelier de théâtre ouvert à tous et toutes; travail choral à partir de l'Antigone de Sophocle. 











lundi 17 septembre 2018

Jours de doute







Et si seul le présent
appartenait aux défourailleurs 
de «parce que!»...
Et si l'avenir, quelque part, 
faisait les yeux doux 
aux porteurs de «pourquoi?»...
Ceux-ci mêmes qui, pourtant, 
se sentent coupables.
«Coupables 
d'avoir juste essayé
et de ne pas avoir réussi.
Coupables 
d'avoir fait de leur mieux 
et que ça n'ait pas suffi.»
Avec, pour sanction, 
le découragement,
la dépression, le traumatisme.
Et pour condamnation
la remise en question.
Celle de ces nuits sans sommeil 
et de ces rêves inaboutis,
si bien évoqués 
par Grand Corps Malade.
Qui, regardant dans le miroir,
y contemple ses erreurs.
«J'ai peut-être pris 
les mauvais pions: 
est ce que je dois 
vraiment faire face? (...) 
C'est peut être ça, 
un jour de doute: 
ce n'est pas une chute de moral,
c'est le besoin de vérifier 
qu'on a encore bien la dalle.»
A ce stade, 
le moment ne serait-il pas venu 
de compter nos faiblesses?
De mettre de la lumière 
sur certaines 
de nos zones d'ombres?
De mettre quelques mots 
sur nos silences 
les plus sombres?
Pour mieux comprendre.
Pour mieux reprendre 
notre route.
«Pour foncer, sans attendre 
le prochain jour de doute.» 

















«Il y a des jours inévitables où la confiance s'évanouit.
Toutes ces heures vulnérables, il y a des jours comme des nuits.
Les instants où je m'arrête au beau milieu de ma route.
Comme un lendemain de fête, c'est juste un jour de doute,
Les jours où même le temps dehors n'est pas sûr de lui,
où le ciel est trempé sans une seule goutte de pluie.
Je regarde autour de moi, fui par ma sérénité, 
victime d'un moment de flou ou d'un trop plein de lucidité.

J'ai trop d'attentes et trop de souvenirs qui font des têtes à queue.
Il y a beaucoup trop de "pourquoi?" et pas assez de "parce que!". 
Je choisis souvent le silence pour que les gens regardent ailleurs. 
Je suis stoïque en apparence mais en tempête à l'intérieur. 
Il y a des envies qui me chuchotent et des regrets qui grondent. 
Ce sont les jours où tu te sens seul, même entouré de plein de monde. 
On connait tous ces passages. Un dernier vers pour la déroute... 
Les certitudes prises en otage, c'est juste un jour de doute. 

C'est juste un jour de doute, c'est un réveil sans appétit.
Comme une nuit sans sommeil et comme un rêve inabouti. 
C'est la vie qui hésite et qui m'octroie une pause, 
mais pour mieux me laisser le temps de bien me remettre en cause. 
Alors, je regarde dans le miroir et je contemple mes erreurs, 
et tous ces regards sans espoir dans mon rétroviseur.
Ces quelques mains qui se tendaient, que je n'ai jamais rattrapées. 
Dans tout ce que j'ai tenté, je ne revois que mes ratés. 

Alors, j'avance, mais à tâtons et puis en regardant derrière. 
Je me sens coupable encore une fois, et ce ne sera pas la dernière. 
Coupable d'avoir juste essayé et de pas avoir réussi. 
Coupable d'avoir fait de mon mieux et que ça n'ait pas suffi. 
Alors, je remets tout en question: est ce que je suis bien à ma place? 
J'ai peut-être pris les mauvais pions: 
                                est ce que je dois vraiment faire face? 
Je connais cette histoire par coeur. Un dernier vers pour la déroute...
Parfois, je ne suis pas à la hauteur: c'est juste un jour de doute. 

C'est juste un jour de doute: ça ne va pas durer longtemps. 
C'est juste un jour qui s'ajoute: il n'est même pas inquiétant.
Mais s'il me laisse un goût amer, je dois y faire attention.
Je connais son mystère: il est l'automne des sensations.
Quand sa lumière est faible, comme si elle luttait toute la journée,
la nuit revient comme si la terre était pressée de se retourner.
Et quand le soleil refait surface, il apparaît presque déçu.
Et une pluie fine le chasse, comme si la vie nous crachait dessus.
Alors, je me dis que j'ai trop dormi ou que je suis parti en contresens.
Je sens que j'ai besoin de retrouver toute les odeurs de l'urgence,
les odeurs de vertige, les odeurs de vérité...
Je sais bien que j'ai besoin de retrouver l'instabilité. 

Je ne crois pas que je manque de repères: en fait, je pense que j'en ai trop.
J'ai envie de me prouver que j'aurai toujours les crocs. 
C'est peut être ça, un jour de doute: ce n'est pas une chute de moral,
c'est le besoin de vérifier qu'on a encore bien la dalle.

En fait, ces journées à la con, ça te fait te sentir vivant. 
Et ça me fait écrire des textes bien écorchés, comme avant.
En fait, les jours de doute, ça donne des jours de lutte.
Des réveils, des coups de poings, des envies d'uppercuts
Alors, je tombe et je me redresse, alors je m'enfonce et j'encaisse.
Alors, je me trompe et je progresse, alors je compte mes faiblesses.
Alors, j'échoue comme tout le monde, mais je reste sincère. 
Comme la vie n'est pas longue, j'essaie juste de bien faire. 

Et si je mets de la lumière sur certaines de mes zones d'ombres,
si je mets quelques mots sur mes silences les plus sombres,
c'est pour mieux les comprendre et reprendre ma route,
c'est pour foncer, sans attendre le prochain jour de doute.» (1)


(Grand Corps Malade)




(1) Grand Corps Malade, Jour de doutealbum Troisième Temps, UMG, 2010.