samedi 11 juin 2016

Indignés d'Afrique. «La paix soit avec nous»







En Afrique 
comme ailleurs, 
il est ardu 
pour les mouvements 
citoyens
de se mettre d'accord 
sur un programme 
commun.
Ils ne s'en attellent 
pas moins 
à cette tâche.
Et parviennent même 
à se rencontrer 
sans difficulté 
sur quelques moyens 
et objectifs.
Dont la non-violence.
Qu'elle relève ou non 
du simple choix 
de circonstance...


Emiettement des luttes, tentatives d'infiltration, financement, légitimité...
Les défis ne manquent pas pour les mouvements citoyens d'Afrique.
Auxquels il arrive de se rencontrer pour faire converger leurs objectifs.
Car autant ces collectifs constituent une incontestable force de changement, autant ils pèchent par les faiblesses liées au caractère hétéroclite de leurs préoccupations.
«C'est très important d'apprendre des autres, confie joliment le Sénagalais Fou maladeY en a marre»).
Nous voulons donner.
Mais nous voulons aussi recevoir.»
Reste la grande question...
La fin justifie-t-elle les moyens?
Et plus spécifiquement: l'objectif de l'émancipation peut-elle s'accommoder d'un recours à l'agression physique?
Pour l'heure, la réponse est non...

L'arme de la... non-violence

«Y en a marre», «Filimbi», «Lucha», «Balai citoyen», «Iyina» et les autres, même combat... non-violent!
Car aucun des «Indignés d'Afrique» n'envisagent -ni explicitement ni, semble-t-il, implicitement- l'hypothèse d'une tentative de prise de pouvoir par les armes.
«Pour nous, la non-violence s'est révélée une arme extrêmement puissante, confie le Sénégalais Aliou Sané («Y en a marre»).
Bien sûr, il est arrivé que nous nous fassions déborder par certains jeunes.
Mais nous étions alors dans le contexte d'une situation qui nous échappait.
C'était donc, en quelque sorte, l'exception qui confirmait la règle.
Une règle générale à laquelle nous n'avons jamais dérogé. 
Notre mot d'ordre ne souffre en effet aucune ambiguité: même si nous avons à affronter les balles des fusils du pouvoir en place, nous n'en continuerons pas moins à faire l'impasse sur le cocktail molotov.»

Notre guerre, c'est tout com'

«La guerre, oui, renchérit le Burkinabé Smockey («Balai citoyen»).
Mais une guerre de communication.
De toute façon, nous n'avons pas vraiment le choix. 
C'est tout ce que nous sommes en mesure de faire. 
Raison de plus pour laisser au pouvoir le monopole des actes de violence. 
Et pour tirer profit non pas de notre propre irascibilité mais de la sienne. 
Car nous pouvons compter sur le soutien de tout un réseau de journalistes et d'hommes de communication. 
Quand violence il y a, nous en conservons la preuve. 
Puis, nous le faisons savoir un peu partout. 
Images à l'appui. 
Et ça marche!»

La non-violence, oui mais...

Une panacée, cette stratégie de non-violence dénonciatrice?
Oui et non.
Oui, donc, -faute de mieux- dans un pays comme le Burkina Faso. 
Mais non dans certains autres. 
Tel le Tchad. 
«Chez nous, le ministre de la sécurité a convoqué une conférence de presse pour faire savoir qu'il réprimerait toute velléité de rassemblement, déplore Didier Lalaye («Iyina»).
On tape sur tout ce qui manifeste. 
Et maintenant qu'on dispose d'engins un peu modernes pour la répression, on asperge d'eau chaude les femmes qui font mine de se soulever. 
En fait, tout mouvement est réprimé aujourd'hui, qu'il soit pacifique ou non.»
Quant à compter sur l'aide des puissances étrangères...
Chat échaudé craint l'eau froide.
«Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'expérience des dernières élections présidentielles n'incite pas vraiment à l'enthousiasme, reprend le même interlocuteur entre-temps affublé d'une moue dubitative qui en dit long.
A peine les bureaux de vote étaient-ils fermés que les commentaires venus de France faisaient état d'un Idriss Déby... caracolant en tête!
Sans que nous ne sachions le moins du monde ce qui incitait les journalistes à se prononcer de la sorte. 
Et alors que, déjà à ce moment-là, nous pouvions nous prévaloir d'enregistrements vidéo qui démontraient des irrégularités.
Le mécanisme des observateurs internationaux, vous savez...
C'est un coup dans l'eau.
Un échec retentissant. 
Un non-événement.
Au Tchad comme ailleurs.
Regardez le Burundi. 
Des observateurs de l'Union européenne sont allés là-bas. 
Sans la moindre efficacité.
Pire: leur présence a apporté une espèce de caution morale au président sortant, Pierre Nkurunziza.
Qui ne s'est pas privé d'en profiter.» (1)


Christophe Engels


(1) Ce message s'inspire notamment d'une soirée/discussion («Nouvelles mobilisations citoyennes en Afrique: Y'en a marre, Balai citoyen, Filimbi») organisée le lundi 11 avril 2016 à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) par le professeur Marie-Soleil Frère et animée par elle ainsi que par Olivier Rogez (Radio France International), en présence du Sénégalais Aliou Sané («Y en a marre»), du Burkinabé SmockeyBalai citoyen»), du Congolais Floribert Anzuluni («Filimbi») et du Tchadien Didier Lahaye, dit CroquemortIyina»).





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