vendredi 8 avril 2011

Monnaie sociale. LETS béton ?

Au cours de leur développement,
les LETS (1)
peuvent rencontrer
plusieurs types de problème.
Problèmes externes
renvoyant
aux relations entretenues
avec leur environnement.
Et problèmes internes
tenant à leurs modes
de fonctionnement.
Autant de facteurs à prendre en compte absolument.
Histoire d’assurer l’indispensable travail de consolidation.
Et de se préserver d’un sournois prédateur:
celui de la remise en cause du projet solidaire.

Christophe Engels (d’après Jérôme Blanc et Cyrille Ferraton)

Pas la peine de jouer les autruches!
Pour parvenir à maintenir leur projet solidaire dans la durée, les LETS doivent prendre certaines difficultés à bras le corps.
Avec Jérôme Blanc (2) et Cyrille Ferraton (3), passons en revue les embûches dont il s’agira le plus fréquemment de triompher…

Zone de non-droit ?

En externe, les principales difficultés auxquelles les LETS peuvent être confrontés sont liées à l’une de leurs caractéristiques: ils sont porteurs de projets de société nouveaux.
Pas facile, dans ces conditions, de s’adapter aux catégories juridiques et institutionnelles habituelles.
Car même l’ajustement du droit existant ne suffira pas toujours à résoudre tous les problèmes rencontrés par ces cercles d’échanges. (4)

Intérieur nuit

En interne aussi, des problèmes peuvent se manifester.
En cause: le mode de fonctionnement interne des LETS.
«Les limites envisagées ici tiennent à l’organisation interne des LETS, précisent nos guides.
L’accent mis sur la dimension réciprocitaire des échanges au détriment des principes marchand ou redistributif risque de conduire les LETS à dominante réciprocitaire à perdre en partie leurs ambitions politiques initiales.
Dans cette perspective, ce n’est pas tant le projet solidaire que le faible impact de ces activités réciprocitaires qui marque l’évolution de ce type de LETS. (5)
Inversement, le poids donné a priori à l’échange marchand, au travers de l’échange inter-LETS et de l’échange bimonétaire intégrant des professionnels, dans les LETS à dominante marchande, a de fortes chances, si aucune règle de fonctionnement n’est correctement définie, de conduire à une remise en cause du projet solidaire dans un processus de cannibalisation de ce projet par le développement de l’échange marchand impersonnel laissé au strict calcul individuel. (6)
Enfin, il existe des risques liés à l’instrumentalisation possible des LETS par les autorités publiques dans le cadre de leur politique sociale.»
Cette instrumentalisation politique des LETS est grosse de dérives et d’échecs en puissance.
Ils renverront le plus souvent au manque de continuité et/ou à la déresponsabilisation.
Manque de continuité?
Oui.
Car ce qui est promu par une équipe municipale élue ne le sera pas forcément par l’équipe suivante.
Déresponsabilisation?
Tout autant.
En effet, un double péril guette à ce niveau…
. Risque d’assistanat et de déresponsabilisation de la part des LETS elles-mêmes, d’une part, dès lors que les mairies leur serviront de support de développement.
. Risque, d’autre part, que les institutions publiques trouvent dans les LETS un moyen efficace et alternatif de réaliser leur politique sociale.
Ce qui leur permettrait de se désengager d’autres éléments de leur politique sociale nettement plus coûteux. (7)(8)(9)

(A suivre)

Christophe Engels (d’après Cyrille Ferraton et Jérôme Blanc)

(1) Pour rappel, Jérôme Blanc et Cyrille Ferraton considèrent, sauf mention contraire, «LETS» comme un terme générique: «lorsque nous traitons de leur déclinaison anglo-saxonne, nous précisons "LETS anglo-saxons" et lorsque nous traitons de leur déclinaison française, nous précisons "SEL français".»
(2) Jérôme Blanc est docteur en sciences économiques (1998) et maître de conférences en sciences économiques à l’Université Lumière Lyon 2 (depuis 1999). Ses travaux portent sur la monnaie, qu’il aborde principalement du point de vue des pratiques et de l’histoire des idées. S’intéressant à la pluralité des monnaies, il a publié Les monnaies parallèles. Unité et diversité du fait monétaire (L’Harmattan, Paris, 2000). Il travaille en particulier sur un aspect de la pluralité monétaire, à savoir les monnaies sociales, locales ou complémentaires. À ce sujet, il a coécrit Une économie sans argent: les systèmes d’échange local (SEL) (dirigé par J.-M. Servet, Seuil, Paris, 1999) et dirigé Monnaies sociales: Exclusion et liens financiers, rapport 2005-2006 (Economica, Paris, 2006). En matière d’histoire des idées, il dirige avec Ludovic Desmedt l’ouvrage collectif Idées et pratiques monétaires en Europe, 1517-1776 (à paraître). À partir du cas des monnaies sociales, ses travaux portent aussi sur l’économie sociale et solidaire. Il est membre du Réseau inter-universitaire de l’économie sociale et solidaire (RIUESS, http://www.riuess.org/) et fait partie du comité éditorial de l’International Journal of Community Currency Research (IJCCR, http://www.uea.ac.uk/env/ijccr/).
(3) Cyrille Ferraton est docteur en sciences économiques et maître de conférences à l'Université Paul Valéry de Montpellier III. Ses principaux thèmes de recherche portent sur l'économie sociale et solidaire (en particulier la finance solidaire) et l'économie institutionnaliste. Il a travaillé en 2004-2005 sur un programme de recherche européen portant sur la création d'emploi dans les services à la personne. Il a publié L'enquête inachevée: introduction à l'économie politique d'Albert Hirschman (avec Ludovic Frobert, Paris, PUF, 2003), Associations et coopératives. Une autre histoire économique (Erès, Paris, 2007), L'Institutionnalisme de Gunnar Myrdal en question (ENS, Paris, 2009) et La Propriété. Chacun pour soi? (Larousse, coll. Philosopher, Paris, 2009).
(4) Pour plus de détails, voir la partie intitulée «Les problèmes externes» in Blanc Jérôme et Ferraton Cyrille, Une monnaie sociale? Systèmes d’Échange Local (SEL) et économie solidaire, 2001, http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/13/36/57/PDF/BlancFerratonLame.pdf, p.12-14.
(5) Pour plus de détails, on se référera utilement à la partie intitulée «Auto-dissolution et isolement» in Blanc Jérôme et Ferraton Cyrille, Une monnaie sociale? Systèmes d’Échange Local (SEL) et économie solidaire, 2001, http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/13/36/57/PDF/BlancFerratonLame.pdf, p.9.
(6) Pour plus de détails, voir la partie intitulée «Croissance du marchand» in Blanc Jérôme et Ferraton Cyrille, Une monnaie sociale? Systèmes d’Échange Local (SEL) et économie solidaire, 2001, http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/13/36/57/PDF/BlancFerratonLame.pdf, p.10.
(7) Pour plus de détails, voir la partie intitulée «Instrumentalisation politique» in Blanc Jérôme et Ferraton Cyrille, Une monnaie sociale? Systèmes d’Échange Local (SEL) et économie solidaire, 2001, http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/13/36/57/PDF/BlancFerratonLame.pdf, p.11.
(8) Ce message est extrait du texte: Blanc Jérôme et Ferraton Cyrille, Une monnaie sociale? Systèmes d’Échange Local (SEL) et économie solidaire, 2001, http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/13/36/57/PDF/BlancFerratonLame.pdf. Les titre, chapeau et intertitres sont de la rédaction. Avec l’aimable autorisation des auteurs, que nous remercions. Le texte original a d’abord été présenté lors des Deuxièmes Journées d’Etude du LAME, «Économie sociale, mutations systémiques et nouvelle économie», Reims, 29-30 novembre 2001. Il est ensuite paru dans l’ouvrage collectif (actes du colloque): G. Rasselet, M. Delaplace et E. Bosserelle (coord.), L’économie sociale en perspective, Presses Universitaires de Reims, Reims, 2005, pp.83-98.
( 9) Pour suivre: «Monnaie sociale. En résumé, je vous le dis…».

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