vendredi 18 mai 2012

Déliance. Diviser pour gagner ?


Nous vivons
dans une «société de raison».
Qui fonde son développement
sur le recours
à ce qu’elle croit être
rationnel et/ou raisonnable.
Qui, en ce sens,
peut être qualifiée
de «raisonnante».
Et qui se construit
sur un principe
cher à Marcel Bolle de Bal (1):
  celui de «déliance». 
Vous avez dit «diviser pour gagner»?

Marcel Bolle de Bal

Si le besoin de re-liance se fait aussi sentir dans la société contemporaine, si des aspirations de re-liance se font jour un peu partout, c’est qu’auparavant ont été vécues, sous différentes formes, des situations de «dé-liance». 
En fait, le système social de la modernité peut être caractérisé comme un système socio-scientifique de division et de déliance. 
Constatation qui mérite que nous lui consacrions quelques instants de réflexion.

La société «raisonnante»: une société de déliances

Les qualificatifs utilisés pour caractériser la société contemporaine sont légion: société de consommation, société d’organisation, société bureaucratique, technocratique, répressive, développée, industrielle, technicienne, informatisée, programmée, etc. 
Tous renvoient d’une façon ou d’une autre à un trait qui me paraît fondamental: il s’agit d’une société de raison, qui fonde son développement sur le recours à la raison, à ce qu’elle croit être rationnel et/ou raisonnable. En ce sens, elle peut, me semble-t-il, être qualifiée de société raisonnante, de même que l’on baptise «folie raisonnante» un «délire appuyé de raisonnements» (Robert).

Parmi ces «raisonnements» fondamentaux, il en est un qui nous est inculqué depuis notre plus jeune âge, sous forme de norme culturelle prégnante: diviser pour gagner. 
Qu’il s’agisse d’Horace contre les Curiaces (diviser pour vaincre), de Machiavel contre les féaux de son Prince (diviser pour régner), de Descartes contre les secrets de la Vie (diviser pour comprendre), de Taylor contre les freinages ouvriers (diviser pour produire), toujours est mise en avant par le biais parfois déformant de mythes, de représentations simplifiées, de recettes compartimentales, l’utilité de diviser pour dominer.

Cette société «raisonnante», fondée sur le principe de division, d’émiettement, de «déliance» peut être analysée par référence à la théorie des systèmes, plus particulièrement à la théorie des systèmes socio-techniques ouverts (2).

Sous cet angle, elle apparaît comme un système socio-scientifique, composé de deux sous-systèmes avec leurs dynamiques propres mais étroitement interconnectées: un sous-système scientifique et un sous-système social. (3)(4)


(A suivre)


Marcel Bolle de Bal


(1) Le (psycho)sociologue belge Marcel Bolle de Bal est professeur émérite de l'Université Libre de Bruxelles et président d'honneur de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française. Il a été consultant social (durant de nombreuses années), conseiller communal à Linkebeek, en périphérie bruxelloise (1965-1973, 1989-2000), lauréat du Prix Maurice van der Rest (1965). Il a signé plus de 200 articles et une vingtaine d'ouvrages, parmi lesquels...
. Les doubles jeux de la participation. Rémunération, performance et culture, Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles, 1990;
. Wegimont ou le château des relations humaines. Une expérience de formation psychosociologique à la gestion , Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles, 1998;
.
Les Adieux d'un sociologue heureux. Traces d'un passage, Paris, l'Harmattan, 1999;
. Le Sportif et le Sociologue. Sport, Individu et Société, (avec Dominique Vésir), Paris, l'Harmattan, 2001;
. Surréaliste et paradoxale Belgique. Mémoires politiques d'un sociologue engagé, immigré chez soi et malgré soi, Paris, l'Harmattan, 2003;
. Un sociologue dans la cité. Chroniques sur le Vif et propos Express, Paris, l'Harmattan, 2004;
. Le travail, une valeur à réhabiliter. Cinq écrits sociologiques et philosophiques inédits, Bruxelles, Labor, 2005;
. Au-delà de Dieu. Profession de foi d'un athée lucide et serein, Bruxelles,Ed. Luc Pire, 2007;
. Le croyant et le mécréant. Sens, reliances, transcendances" (avec Vincent Hanssens), Bierges, Ed. Mols, 2008.
(2)
Cf. notamment F.E. EMERY et E.L. TRIST, « Socio-technical systems », in Systems thinking, (Edited by F.E.  Emery), London, Penguin Books, 1969.
(3) Le contenu de ce message nous a été envoyé par l'auteur, que nous remercions. Il constitue la sixième partie d'un texte qui a déjà fait l'objet d'une publication: Bolle de Bal Marcel, Reliance, déliance, liance: émergence de trois notions sociologiques, in Sociétés 2003/2 (no 80), pp.99-131. Le solde du texte original suivra. Le titre et le chapeau sont de la rédaction.
(4) Pour suivre (sous réserve de modifications de dernières minutes): des messages consacrés
. aux sous-systèmes scientifique et social de la déliance, puis à la liance (par Marcel Bolle de Bal),
. à la sociologie existentielle (par Marcel Bolle de Bal),

. au personnalisme (par Vincent Triest, Marcel Bolle de Bal...)....

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