mardi 3 février 2015

R. Schulze: "Les musulmans n'ont pas à se justifier"


Bien sûr, cent pour cent 
se disent musulmans.
Mais seule une partie infime 
de ces derniers 
est djihadiste.
Reste que la proportion 
de ceux qui font preuve 
de complaisance 
à l'égard 
de cette mouvance extrémiste 
semble déjà substantiellement 
plus importante.
Alors?
Faut-il considérer ou non
que l’islam porte en tant que tel
une responsabilité 
dans la violence 
qui déchire le Moyen-Orient 
ou dans celle 
qui fait frémir l'Europe?
Extraits de l'interview (1)
récemment accordée 
au quotidien suisse Le Temps 
par l’islamologue allemand 
Reinhard Schulze.
Qui estime que la réflexion critique sur l’islam s’est arrêtée
il y a plus d’un demi-siècle.
Que les intellectuels sont depuis lors réduits au silence.
Que, sous l'influence du wahhabisme et du puritanisme, 
le discours apologétique a éclipsé le discours critique. 
Et qu'il est plus que temps de reconstruire ce dernier.
Sans, surtout, se laisser impressionner par les fanatiques.


Faut-il envisager les djihadistes comme des nihilistes déguisés en religieux?
Ou bien convient-il d'insister sur le fait que s'ils tuent, c'est au nom d'Allah?
Question mal formulée, rétorque Reinhard Schulze.
Qui croit utile de recadrer le débat...

La faute à l'islam?

«Pour moi, la question centrale est la suivante: est-ce l’islam qui fabrique les croyants, ou sont-ce les croyants qui fabriquent l’islam?
Si l’on tient la première proposition pour vraie, alors il faut doter l’islam de dogmes indestructibles, qui répondront de tous les actes des musulmans.
 

Si c’est la deuxième qui est vraie, ce que je crois bien sûr, alors ce sont les croyants qui doivent en répondre.
L’islam est sous leur responsabilité.
» 

La faute aux musulmans?

De là à exiger des musulmans qu'ils se démarquent publiquement des actes terroristes que l'on sait, il y a néanmoins un pas.
Que notre homme se refuse à franchir.
«Ils n’ont commis aucun crime.
Ils n’ont pas à se justifier, à se mettre en situation de prévenus au tribunal de l’opinion publique.
Mais je le répète, ils ont une responsabilité vis-à-vis de leur religion. 
On ne peut donc pas accuser la communauté des musulmans des crimes commis par des extrémistes, mais on peut leur demander: qu’est-ce que vous faites avec votre islam?
Quelle sorte d’islam avez-vous en vue?

Quelle est votre vision de l’islam pour le XXIe siècle?»  
 
Pour le professeur de l'Université de Berne, ce type de questionnement devrait notamment porter sur les passages violents du Coran.
 «Le Coran compte quelque 6.300 versets au total, dont 300 contiennent des mots tels que "combattre" ou "tuer".  
Cinq versets, en tout, sont une injonction à tuer.
La question est de savoir comment lire le texte. 
Dans certains passages du livre du Deutéronome, Dieu invite à tuer. 
Pour la majorité des juifs et des chrétiens, il est clair que ces injonctions se réfèrent à une situation historique et ne sont pas valables au pied de la lettre. 
Il en est de même pour la majorité des musulmans vis-à-vis du Coran.
Si le texte devait déterminer les actes des croyants, nous connaîtrions un bain de sang depuis 1.300 ans. 
Les fondamentalistes, eux, opèrent une relecture du Coran très éloignée de la tradition islamique.» 
Des ressources alternatives existent-elles?
Oui, évidemment.
Elles seraient même légion.
Dans le Coran même.
Autant que dans des milliers d'autres livres.
«Mais là encore, tout dépend de l’interprétation qu’on en fait.»


Notre guide, cependant, ne se laisse pas aller au pessimisme.
Car pour lutter contre le fondamentalisme, un front uni existerait bel et bien.
«Ce sont les universitaires, des journalistes et des blogueurs islamiques, tous ceux qui disent que l’éducation –au sens allemand de Bildung, qui implique la construction de la personnalité– est importante pour façonner un discours critique. 
Un bon nombre, aujourd’hui, estime qu’il faut travailler sur la tradition et pas avec la tradition (2).  
Même si ce n’est pas à l’ordre du jour dans les écoles coraniques.»


C.E. (d'après Reinhard Schulze)


 (1) Schulze Reinhard, Dans le Coran, sur 6.300 versets, cinq seulement contiennent un appel à tuer, in Le Temps, 29 janvier 2015 (propos recueillis par Céline und Emanuel Gerhig). 
(2) C'est nous qui soulignons.


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