mardi 3 mai 2016

Burkina Faso. Balai citoyen vs politiciens poussiéreux



Du balai, 
les 
politiciens 
qui 
s'accrochent
à leur poste!
Au 

Burkina 
Faso,
ils doivent 
désormais 
composer. 
Avec un homme 
qui connaît la chanson.
Et avec un mouvement d'envergure,
qui entend emmener 

dans son sillage 
tous les Burkinabè.
Soit dix-huit millions 
de citoyens.
Et des poussières...


























Ici au Burkina Faso, son nom d'état civil ne dit rien à personne.
Son nom d'artiste en revanche...
«Serge Bambara»?
Qui c'est, ça?
Ah, ouiiii!
«Smockey».
Le «Smockey»!
Avec sa double casquette...


Dr Rapper...

«Smockey», c'est d'abord un rappeur. 

Un premier album, «Epitaphe», en 2001.
Le lancement d'un label aussi, «Amazon», qui produit des artistes underground.
Puis, un autre album en 2010, «CCP» (Cravate, Costard et Pourriture), qui assoit une identité musicale alliant rythmes traditionnel et modernes.
Les textes?
Aussi engagés que celui qui les porte.
La preuve par la multitude de conférences-débats auxquelles il participe activement dans tout le pays, y compris au fin fond des hameaux les plus reculés.
L'homme chante, bien sûr.
Mais pas seulement.
Il parle.
Il répond.
Il rétorque.
Et dans les bons jours, il met les rieurs de son côté.

«En fait, nos concerts sont de véritables meetings, estime l'intéressé
On fait venir beaucoup de monde là où les gens ne se dérangent pas pour des conférences.
L'art est donc un vecteur absolument fondamental.
D'autant qu'il est un catalyseur de non-violence.
»

... and Mister Sweeper

Car «Smockey», c'est aussi un activiste.
Au point d'en arriver, courant 2013, à mettre un mouvement sur les fonts baptismaux.
Place au «Balai citoyen»!
Créé avec l'animateur radio et chanteur reggae «Sam's K Le Jah».
Sus donc, plus que jamais, à la poussière trouvée sous le tapis de tous ces politiciens qui tendent à s'incruster au pouvoir!
Sus, également, à la saleté éthique du «J'y suis, j'y reste»!
Face aux intentions de modifications constitutionnelles, les deux hommes mobilisent tous azimuts. 
C'est l'ouverture de la chasse.
La chasse aux... «Cibal».
Soit des «citoyens balayeurs».
Ceux-là mêmes qui, en octobre 2014, auront raison des velléités de prolongation d'un président Blaise Campaoré, pourtant au pouvoir depuis vingt-sept ans.
«S'organiser, c'est gagner.
On se réunit au moins une fois par semaine.
On est représentés partout dans le pays et à l'étranger.
On a des "
ambassades Cibal".
On arrive à s'autofinancer au quotidien (ventes de t-shirts, cotisations, recours à la bonne volonté qui se traduit par des prestations gratuites...)
Là où on a besoin d'aides, c'est pour des opérations spéciales, ponctuelles.
»

Opération Sentinelle

«Smockey» donne l'impression de n'être pas un homme d'argent.
Un peu comme s'il s'en méfiait.
Comme s'il en redoutait les effets néfastes.
Comme s'il voyait moins en lui un potentiel de construction qu'un danger de destruction. 

«Si vous prenez l'homme le plus honnête du monde et que vous le mettez à côté d'un trésor, il finira toujours, à un moment ou à un autre, par se servir.
C'est normal.
C'est la nature humaine.
Voilà pourquoi il faut des sentinelles.
A nous, donc, d'exercer ce rôle.
Sans oublier, dans le même temps, de veiller à préparer l'avenir en donnant aux jeunes l'envie de s'impliquer en politique.
»
La politique, cependant, c'est un peu comme le cholestérol.
Il y a la bonne et il y a la mauvaise.
D'où la nécessité de soutenir la première tout en combattant la seconde.
La politique qui porte la noble cause du citoyen lambda, c'est oui!
Mais celle qui exalte les ambitions de puissance individuelle ou corporatiste, c'est non!
Non, non et non!
«
Pour commencer, il faut bannir une fois pour toutes l'usage des titres ronflants et autres appellations à rallonge!
Ce sont les politiciens qui sont nos serviteurs.
Pas l'inverse...
»

Viva la post-révolucion!

2015.
«Smockey» sort son cinquième album.
Son titre: «Pré'volution».
Soit une fusion des termes «Prémonition», «Révolution» et «Evolution».
L'opus, dont la plupart des titres ont été enregistrés deux ou trois ans avant les événements insurrectionnels d'octobre 2014, a des accents prémonitoires.

Il proclame le besoin urgent d'une «post-révolution».
Pour achever le processus de libération du peuple...



Christophe Engels


(1) Ce message s'inspire largement d'une soirée/discussion («Nouvelles mobilisations citoyennes en Afrique: Y'en a marre, Balai citoyen, Filimbi») organisée le lundi 11 avril 2016 à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) par le professeur Marie-Soleil Frère et animée par elle ainsi que par Olivier Rogez (Radio France International), en présence du Sénégalais Aliou Sané («Y'en a marre»), du Burkinabé Smockey («Balai citoyen»), du Congolais Floribert Anzuluni («Filimbi») et du Tchadien Didier Lahaye, dit Croquemort Iyina»). 


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