samedi 5 novembre 2016

Néolibéralisme. Pour la petite Histoire...




                              
Mises et Hayek 
l'ont inventé.
Friedman l'a aiguisé.
Thatcher et Reagan 
l'ont appliqué.
Comment 
le néolibéralisme 
a-t-il réussi à tisser sa toile 
en toute discrétion?
Réponse de George Monbiot, 


«Paris, 1938.
Au Colloque Walter Lipman, le terme de "néolibéralisme" est mis sur les fonts baptismaux. 
Parmi les délégués, deux hommes oeuvrent particulièrement à préciser le contour de cette idéologie.
Leurs noms? 

Ludwig von Mises et Friedrich Hayek
Tous deux sont exilés d'Autriche.
Tous deux appréhendent avec sévérité le "
New Deal" de l'Américain Franklin Roosevelt et ce "welfare" qui n'en finit pas de se développer en Grande-Bretagne.
Tous deux 
voient la social-démocratie comme la manifestation d'un collectivisme qu'à leurs yeux il conviendrait de rapprocher du nazisme et du communisme... 

Hayek et l'Internationale néolibérale

Dans "La Route de la servitude", Hayek défend l'idée que toute forme de planification gouvernementale conduit inexorablement à un écrasement de l'individualisme et, de là, à la main-mise d'un contrôle social de type totalitaire.
Dans la ligne d'un livre de Mises répondant au nom de "
Bureaucratie", cet ouvrage
 publié en 1944 bénéficie d'un large lectorat. 
Il retient notamment l'attention de certains des plus nantis, qui voient dans la philosophie néolibérale l'occasion rêvée de se dédouaner de toute obligation réglementaire et fiscale.
Au point qu'en 1947, année de naissance du premier outil de promotion de la nouvelle doctrine -la "
Société du Mont Pelerin"-, 
Hayek se voit soutenu par les arguments sonnants et trébuchants de plusieurs millionnaires et de leurs fondations. 
De quoi mettre le pied à l'étrier d'un de ses grands projets: la création de ce que Daniel Stedman Jones décrit dans "Les Maîtres de l'Univers" comme "une sorte d'Internationale néolibérale", à savoir un réseau transatlantique d'universitaires, d'hommes d'affaires, de journalistes et de militants. 
Bingo!
Les confortables bailleurs de fonds du mouvement financent une série de groupes de réflexion chargés d'affiner et de promouvoir la précieuse idéologie.
L'
American Enterprise Institute par exemple.

Ou alors la Heritage Foundation, le Cato Institute, l'Institut des Affaires Economiques, le Centre des Etudes Politiques, l'Institut Adam Smith... 
Des alliés d'autant plus précieux qu'ils délieront également les cordons de la bourse quand il s'agira de créer postes et départements universitaires à Chicago, en Virginie et ailleurs

Friedman ou le néolibéralisme à la puissance deux

Ce n'est qu'un début.

Avec le temps, le messie néolibéral gagne en virulence. 
Des apôtres américains comme Milton Friedman débordent en effet la grande idée de Hayek selon laquelle les gouvernements devraient réglementer la concurrence pour empêcher la formation des monopoles.
Place, donc, à une croyance plus radicale.
Qui tend, désormais, à faire de la situation monopolistique une récompense à l'efficacité. 

Mais où est donc passé le néolibéralisme?

Autre évolution majeure liée à cette période de transition: le mouvement perd son nom.
Peu après cette année 1951 qui voyait toujours Friedman s'assumer avec délectation comme néolibéral, le terme commence à se raréfier.
Et pourtant...

Alors même que l'idéologie se fait plus affûtée et le mouvement plus cohérent, rien n'est prévu pour compenser une telle discrétion. 
Vous avez dit bizarre?

Keynes fait de la résistance

Dans un premier temps, en dépit du faste de sa promotion, le néolibéralisme reste marginal.
Et pour cause...

Dans l'après-guerre, le consensus se construit à peu près universellement autour des prescriptions économiques de John Maynard Keynes.
Qui sont largement mises en oeuvre.

C'est l'époque bénie du keynésianisme:
. les objectifs du plein emploi et de la réduction de la pauvreté font l'unanimité à la fois aux États-Unis et dans la majeure partie de l'Europe occidentale;
. les maxima des taux d'imposition ne se privent pas de grimper;
. les gouvernements clament haut et fort leur volonté d'obtenir des résultats sociaux via le développement de nouveaux services publics et de filets de sécurité. 


Petit à petit

Pourtant, dans les années 1970, ces politiques commencent à tomber en désuétude.

L'heure des idées néolibérales a sonné.
Dès lors que la crise économique frappe des deux côtés de l'Atlantique,  elles commencent à infiltrer le grand public.
"Au moment où l'occasion se présentait de changer d'orientation,... une alternative était là, toute prête, qui attendait.

Explique un Friedman tout sourire. 
Les conséquences, il est vrai, ne se font pas attendre...

Portées par le double soutien des journalistes sympathisants et des conseillers politiques, des bribes de néolibéralisme -à commencer par ses recommandations en matière de politique monétaire- sont adoptées par l'administration américaine de Jimmy Carter et par le gouvernement britannique de Jim Callaghan.

L'heure de la consécration


L'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan fera le reste.

Bonjour les réductions d'impôts massives pour les plus aisés.
Bonjour le concassage des syndicats.
Bonjour les dérégulations.
Bonjour les privatisations.
Bonjour les politiques d'externalisation et de concurrence dans les services publics.

Au travers des Fonds Monétaire International, Banque mondiale, traité de Maastricht et autre Organisation Mondiale du Commerce, les politiques néolibérales s'imposent un peu partout dans le monde. 

Souvent sans consentement démocratique.
Souvent aussi avec l'adhésion des partis qui appartenaient autrefois à la gauche, "Labour" ou "Démocrates" en tête. 

Au point de déboucher sur un implacable constat, signé Stedman Jones...
"Jamais autre utopie n'a réussi à s'incarner aussi pleinement dans la réalité."
» (1)

(A suivre)

George Monbiot


(1) Traduction de la deuxième partie de: Monbiot George, Neoliberalism- the ideology at the root of all our problems, in The Guardian, 15 avril 2016. La suite sera publiée dans les prochains jours. Les chapeau, illustrations et intertitres sont de la rédaction.





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