Quelques illusions en moins,
quelques désillusions en plus,
des moyens financiers
aussi inexistants que jamais,
un nombre de visiteurs
multiplié par treize....
Quatre ans plus tard,
Projet relationnel
reste fidèle au poste.
Moins extrémiste que jamais.
Et toujours plus radical.
L'un des dangers liés à la militance, c'est l'extrémisme.
Soit une posture qui, selon le philosophe français Jean-Claude Michéa, «renvoie essentiellement à cette configuration psychologique bien connue (...) qui oblige un sujet -afin de maintenir désespérément une image positive de lui-même- à dépasser sans cesse les limites existantes» (1).
Or, ce que requiert notre époque, ce n'est certainement pas ce type de processus.
C'est quelque chose de bien plus profond.
A savoir la radicalité.
Etre radical, ce n'est pas...
Etre radical, ce n'est pas, bien sûr, être radicaliste.
Mais ce n'est pas non plus être extrémiste.
Ce n'est donc pas s'accommoder de l'option consistant à faire plus de quelque chose qui ne convient pas (extrémisme de la fuite en avant).
Ce n'est pas non plus en rester au choix facile d'un refus aussi drastique que mal ciblé (extrémisme de la résistance).
Ce n'est pas davantage se satisfaire de flinguer à tout-va -en épargnant systématiquement ma propre personne et mes alliés, évidemment (extrémisme de la dénonciation).
Ce n'est pas même se contenter de faire le contraire de ce qui existe (extrémisme de l'opposition).
S'agit-il alors, pour mieux taper sur le clou, de réduire un phénomène complexe à l'une ou l'autre de ses multiples explications, avérées ou supposées?
De recourir, fût-ce habilement, aux leurres de la distorsion cognitive?
D'imposer ou de tirer parti d'un rapport de force favorable?
Non, non et non...
Etre radical, c'est...
La radicalité, dixit Michéa, renvoie à «toute critique qui s'avère capable d'identifier un mal à sa racine et qui est donc en mesure de proposer un traitement approprié.» (1).
L'engagement radical ne se conçoit donc pas sans volonté résolue de prendre les choses à la racine afin de se donner les moyens d'agir sur les causes profondes des phénomènes et des structures que l'on envisage de ou que l'on cherche à modifier.
Et dans la mesure où l'enracinement en question laisse systématiquement apparaître une configuration en rhizome, il appelle aussi la nécessité de faire un sort à la facilité des explications mono-causales.
Histoire d'appréhender dans toute sa complexité l'une ou l'autre problématique de fond.
Par exemple celle des processus sociaux.
«Dans ce système, des causes, de différentes natures, se succèdent, s'enchevêtrent, s'alimentent, se renforcent, parfois se téléscopent» (2), insistent Cédric Biagini, Guillaume Carnini et Patrick Marcolini.
Histoire d'appréhender dans toute sa complexité l'une ou l'autre problématique de fond.
Par exemple celle des processus sociaux.
«Dans ce système, des causes, de différentes natures, se succèdent, s'enchevêtrent, s'alimentent, se renforcent, parfois se téléscopent» (2), insistent Cédric Biagini, Guillaume Carnini et Patrick Marcolini.
Qui proposent, pour faciliter l'analyse de notre monde actuel, de le ramener à quatre dimensions: économique, technologique, politique et anthropologico-culturelle...
Réductionnisme du tout à l'éco
«Sur le plan économique, le système social est foncièrement capitaliste, précisent nos guides.
«Sur le plan économique, le système social est foncièrement capitaliste, précisent nos guides.
Il procède à la traduction intégrale de la réalité (...) dans le langage de la valeur et de l'argent.
Son optique est celle de l'accumulation, de la reproduction élargie du capital par le biais d'une dynamique expansionniste qui s'observe aussi bien dans la mystique de la croissance que dans la pénétration des principes du marché au sein de toutes les activités, aussi banales soient-elles.» (3)
De là, ces perversions qui nous sont devenues si familières: écart grandissant des revenus, dépendance croissante des travailleurs par rapport aux employeurs, désagrégation des solidarités...
Techno parade
Le travailleur moderne «se trouve en outre mis en demeure de placer toutes ses énergies dans son activité professionnelle, de s'y impliquer affectivement, jusqu'à ce que cet investissement compulsif déborde dans sa vie professionnelle -ce que permettent les nouvelles technologies qui abolissent de fait la distinction privé/public.» (4)
Politique: le mélange des genres
Le système qui est à la racine des maux affectant les sociétés contemporaines possède une autre facette.
Le système qui est à la racine des maux affectant les sociétés contemporaines possède une autre facette.
Qui est de nature politique.
«Le
narcissisme généralisé a eu pour conséquence un dépérissement du
politique, insistent nos trois compères.
Même les mouvements alternatifs qui ont surgi dans la
dernière quinzaine d'années, de l'altermondialisme aux "Indignés",
semblent avoir surtout accouché d'une "contestation amoureuse
d'elle-même", plus soucieuse de poster sur des sites de partage les
photos de ses manifestations et les vidéos de répression policière que
d'énoncer clairement une critique exigeante et aboutie de la totalité
sociale.» (5)
Cet effritement politique passerait aussi par la neutralisation des capacités d'action collective.
«Nulle
conspiration derrière tout cela: simplement la domination ordinaire et
anonyme de cohortes d'administrateurs, d'experts, de spécialistes,
d'analystes, de managers, de communicants, etc., tous préoccupés
d'assurer la bonne marche du système sans se poser la question des fins
qui sont poursuivies.» (6)
Et les auteurs, à ce stade, d'en revenir à une problématique déjà esquissée ci-avant.
Celle portant sur le périlleux mélange des genres auquel se risqueraient les sphères publiques et privées.
«D'une part, on assiste non plus seulement à l'accaparement des organes politiques par des castes aux intérêts particuliers (...), mais au désintérêt grandissant des personnes pour la prise en charge des affaires collectives -sans même parler d'une action plus radicale de transformation sociale en vue de répondre aux problèmes les plus graves, entreprise qui semble désormais irréaliste (...).
Celle portant sur le périlleux mélange des genres auquel se risqueraient les sphères publiques et privées.
«D'une part, on assiste non plus seulement à l'accaparement des organes politiques par des castes aux intérêts particuliers (...), mais au désintérêt grandissant des personnes pour la prise en charge des affaires collectives -sans même parler d'une action plus radicale de transformation sociale en vue de répondre aux problèmes les plus graves, entreprise qui semble désormais irréaliste (...).
D'autre part, la sphère privée semble presque s'évanouir en tant que telle.» (7)
Et la vidéo-surveillance de s'infiltrer.
Et le traçage de s'insinuer.
Et le profilage de s'imposer.
Et la vidéo-surveillance de s'infiltrer.
Et le traçage de s'insinuer.
Et le profilage de s'imposer.
Caisse de résonance anthropologique
L'économie, certes.
La technologie, bien sûr.
La politique, c'est vrai.
Cependant, tous ces phénomènes n'auraient pas atteint de telles proportions s'ils n'avaient pu tirer parti d'une fabuleuse caisse de résonance.Celle de nos propres soubassements anthropologiques...
«La réussite du capitalisme industriel n'aurait (...) pas été possible s'il n'avait été capable de secréter son propre modèle anthropologique -donc culturel- adapté à son déploiement, et qui se substitue progressivement à ceux qui l'ont précédé jusqu'ici: l'Homo oeconomicus, calculateur rationnel (ce qui ne signifie pas nécessairement avisé), toujours lancé à la poursuite de ses intérêts privés.» (8)
Bilan: la jachère d'un déracinement généralisé qui voit tout un chacun tenter, à sa manière, de bricoler ses propres attaches.
«Les
uns reconstituent des formes de communauté rudimentaires autour d'une
pratique sociale spécifique, festive, musicale ou sportive, susceptible
d'alimenter en affects forts une existence par ailleurs dénuée de
charme.
Ils
forment ainsi l'une de ces "néotribus" dont sont si friands les
sociologues postmodernes et les experts en marketing; mais ces agrégats
ne font qu'entériner l'éclatement libéral de la société en groupes
refermés sur leurs pratiques de consommation.
D'autres se livrent à la fabrication d'identités de synthèse, qu'elles soient nationales, politiques ou religieuses.» (9)
Combattre l'imposture extrémiste par la posture radicale
Pour honorer les exigences de la radicalité, la critique doit ainsi s'atteler à un travail de remise en cause à ce point approfondie qu'elle ne puisse exclure d'avoir à déboucher sur une véritable rupture.
Une mise à plat existentielle, donc, qui se doit de ne rien rejeter a priori, pas même l'hypothèse d'avoir, si nécessaire, à dépasser ce capitalisme du «toujours plus» dont tant de penseurs se contentent de prôner l'intensification.
«Il n'est finalement pas excessif de parler de "libéralisme libertaire" à propos de toutes ses pensées soi-disant critiques, qui "sont parvenues à faire admettre quasi unanimement leur méthode d'analyse à une très large partie de la gauche et de l'extrême gauche, sans que cette dernière s'aperçoive que cette méthode renforce un système d'exploitation que jusqu'alors elle prétendait combattre."» (10)
Une mise à plat existentielle, donc, qui se doit de ne rien rejeter a priori, pas même l'hypothèse d'avoir, si nécessaire, à dépasser ce capitalisme du «toujours plus» dont tant de penseurs se contentent de prôner l'intensification.
«Il n'est finalement pas excessif de parler de "libéralisme libertaire" à propos de toutes ses pensées soi-disant critiques, qui "sont parvenues à faire admettre quasi unanimement leur méthode d'analyse à une très large partie de la gauche et de l'extrême gauche, sans que cette dernière s'aperçoive que cette méthode renforce un système d'exploitation que jusqu'alors elle prétendait combattre."» (10)
Reste, le cas échéant, à oeuvrer à l'élaboration d'une alternative crédible et aboutie.
Histoire d'en finir avec les artifices de l'extrémisme «gros bras» et avec la poudre aux yeux de la musculation velléitaire.
Soit un double leurre qui, à gauche comme à droite et chez les militants autant qu'ailleurs, ne sert à rien d'autre qu'à assouvir la soif d'ego de ceux qui veulent y croire.
«On ne peut pas être neutre, estime ce sociologue français de l'Université Paris -Diderot (ParisVII) qu'est Gérard Bronner.
Ce serait naïf, l'objectivisme.
Mais on peut essayer de penser ses propres positions pour prendre un peu de distance avec elles.» (11)
Agir sans naïveté?
Ce serait naïf, l'objectivisme.
Mais on peut essayer de penser ses propres positions pour prendre un peu de distance avec elles.» (11)
Agir sans naïveté?
Oui.
Mais aussi sans cynisme, sans rage et sans comptes à régler.
Mais aussi sans obsessions, sans oeillères et sans aveuglement.
Mais aussi sans manipulation, sans malhonnêteté intellectuelle et sans mensonge.
Sans, donc, ce narcissisme si prompt, parfois, à se camoufler derrière l'alibi de la militance. (12)
Christophe Engels
(0) Radical, et non pas, évidemment, radicaliste.
(1) Michéa Jean-Claude, La double pensée,Flammarion, Paris, 2008, p.17
(2) Biagini Cédric, Carnini Guillaume et Marcolini Patrick, Radicalité. Vingt penseurs vraiment critiques, L'Echappée, Frankenstein, coll. Montreuil, 2013, p.8.
(3) Biagini Cédric, Carnini Guillaume et Marcolini Patrick, idem, p.8-9.
(4) Biagini Cédric, Carnini Guillaume et Marcolini Patrick, idem, p.10.
(5) Biagini Cédric, Carnini Guillaume et Marcolini Patrick, idem, p.14-15.
(6) Biagini Cédric, Carnini Guillaume et Marcolini Patrick, idem, p.15.
(7) Biagini Cédric, Carnini Guillaume et Marcolini Patrick, idem, p.14.
(8) Biagini Cédric, Carnini Guillaume et Marcolini Patrick, idem, p.12.
(9) Biagini Cédric, Carnini Guillaume et Marcolini Patrick, idem, p.13.
(10) Biagini Cédric, Carnini Guillaume et Marcolini Patrick, idem, p.17.
(11) Bronner Gérard, Internet crée une illusion de majorité, Le Vif/L'Express, n°8, 21 février 2014, p.11.
(12) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute): la suite d'une série de messages consacrés à une réflexion approfondie sur les courants de pensée et modes de vie émergents.
(11) Bronner Gérard, Internet crée une illusion de majorité, Le Vif/L'Express, n°8, 21 février 2014, p.11.
(12) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute): la suite d'une série de messages consacrés à une réflexion approfondie sur les courants de pensée et modes de vie émergents.

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