lundi 31 octobre 2016

Néolibéralisme. A la racine de tous nos problèmes



Effondrement financier, 
désastre environnemental
ou même montée en puissance
de Donald Trump...
Autant de phénomènes 
auxquels le néolibéralisme 
n'est pas étranger. 
Et de se demander 
pourquoi la gauche a échoué 
à formuler une alternative 
digne de ce nom. 


«C'est un peu comme si le peuple de l'Union soviétique n'avait jamais entendu parler du communisme...
Pour la plupart d'entre nous, l'idéologie qui domine nos vies ne porte pas le moindre nom.
En parlez-vous au détour d'une conversation?
N'attendez à votre intervention aucune autre gratification qu'un simple haussement d'épaules.
Et même dans l'hypothèse où le terme ne serait pas complètement étranger à leurs oreilles, vos interlocuteurs seront bien en peine de le définir.
Mais au fait, vous-même...
Le "
néolibéralisme", savez-vous seulement ce que c'est?

Discrétion assurée

Néolibéralisme.

Un terme dont l'anonymat est à la fois le symptôme et la cause de la puissance.
Et une idée qui a joué un rôle majeur dans bon nombre de crises: 
. débâcle financière de 2007-2008, 
. délocalisation de richesse et de puissance, dont les "Panama Papers" ne nous offrent qu'un timide aperçu, 
. lent effondrement de la Santé publique et de l’Éducation, 
. résurgence du phénomène des enfants pauvres, 
. épidémie de solitude, 
. saccage des écosystèmes, 
. ascension de Donald Trump. 
Pourtant, nous répondons à chacune de ces crises comme si elle apparaissait isolément.
Sans prendre conscience, donc, de la cohérence qui caractérise le déclenchement ou l'exacerbation de leur philosophie sous-jacente.
Une philosophie qui, même si elle porte -ou portait- un nom, bénéficie d'un insigne  privilège: celui de pouvoir opérer en tout anonymat.

Idéologie masquée

Le néolibéralisme est devenu à ce point omniprésent qu'il donne l'impression de s'être débarrassé des oripeaux de l'idéologie. 
Tout se passe en effet comme si nous prenions pour fait acquis que cette croyance aussi utopique que millénaire relève d'une force neutre: une sorte de loi biologique, façon théorie de l'évolution de Darwin. 
Et d'occulter ainsi un paramètre majeur: la philosophie en question a bel et bien surgi avec la volonté délibérée de remodeler la vie humaine et de déplacer les lieux d'exercice du pouvoir.

La concurrence, j'adooore...

Le néolibéralisme fait de la concurrence la pierre de touche des relations humaines. 
Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs dont les prérogatives démocratiques s'exercent essentiellement par le biais d'un binôme achat/vente conçu comme processus de récompense au mérite et de sanction à l'inefficacité. 
Il soutient que "le marché" offre des avantages qui ne pourraient jamais être offerts par quelque type de planification que ce soit. 

Le néolibéralisme en sept leçons

Les tentatives visant à limiter la concurrence? 
Appréhendées comme attentatoires à la liberté. 
L'impôt et la réglementation?
Présentés comme appelés à être réduits au minimum.
Les services publics?
Considérés comme devant être privatisés. 
L'organisation du travail et la négociation collective par les syndicats?
Dépeintes comme des distorsions du marché qui empêcheraient le sain déploiement d'une hiérarchie naturelle entre gagnants et perdants. 

L'inégalité? 
Rhabillée en vertu, car vue comme récompense à l'utilité et comme génératrice de ces richesses dont on nous explique qu'elles ruisselleraient vers le bas pour contribuer à l'enrichissement de tous. 
Les efforts visant à créer une société plus égalitaire? 
Accusés de contre-productivité et de corrosion morale. 
Le marché?
Supposé offrir à tout un chacun la garantie de recevoir à juste proportion de ses mérites.

La parabole du bon riche et du mauvais pauvre

Toutes ces croyances, nous les intériorisons et les reproduisons. 
C'est ainsi que les nantis se persuadent que leur richesse émane en droite ligne de leur mérite, ignorant ainsi des avantages -tels que l'éducation, l'héritage et la classe d'origine- qui peuvent avoir fait le lit de leur confort du moment. 
Quant aux pauvres, ils tendent à se reprocher leurs échecs même quand ceux-ci doivent beaucoup moins à des insuffisances personnelles qu'au désavantage à peu près inextricable d'une situation moins propice.

Le camp des perdants 

Peu importe le chômage structurel: si vous n'avez pas d'emploi, c'est que vous n'êtes pas entreprenant. 
Peu importe les coûts improbables du logement: si votre carte bancaire est dans le rouge, c'est que vous êtes irresponsable et imprévoyant. 
Peu importe que vos enfants n'aient plus de terrain de jeu à l'école: s'ils prennent de l'embonpoint, c'est de votre faute. 
C'est que dans un monde soumis aux règles de la compétition, ceux qui échouent se retrouvent relégués, par les autres et par eux-mêmes, dans la catégorie des perdants.
Non sans fâcheuses conséquences, que Paul Verhaeghe ne se prive pas de mettre en lumière dans son livre "What About Me?": épidémies d'automutilation, troubles alimentaires, dépression, solitude, angoisse de la non-performance, phobie sociale... 
Peut-être ne faut-il pas s'étonner, dans ces conditions, que la Grande-Bretagne, chantre de l'idéologie néolibérale la plus rigoureuse, ait accédé au statut peu envié de capitale européenne de la solitude. 
Même si aujourd'hui, plus personne n'est épargné: nous sommes tous néolibéraux.» (1)


(A suivre)


George Monbiot


(1) Traduction de la première partie de: Monbiot George, Neoliberalism- the ideology at the root of all our problems, in The Guardian, 15 avril 2016. La suite sera publiée dans les prochains jours. Les illustrations et intertitres sont de la rédaction.



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