mercredi 4 janvier 2012

Actu. Monsieur le Président de la B.C.E.,...

Il s'appelle Eric Watteau.
Il est Belge.
Mais aussi «citoyen indigné et engagé».
Et en tant que tel,
il entreprend d'écrire tout son mécontentement
au Président (photo)(1) de la Banque Centrale Européenne.
Découverte.
..

Watteau Eric
Chemin du Grand Sart, 32
1325 Bonlez
Belgique

Le 4 janvier 2012

Monsieur le Président de la Banque Centrale Européenne,
Eurotower
Kaiserstrasse, 29
60311 Frankfurt am Main
Allemagne

Copie par fax au 00.49.69.13.44.60.00


Monsieur le Président,


À l'occasion de ce début d'année 2012, permettez-moi de vous adresser le message d'un citoyen indigné et engagé: "là où il n'y a pas de vision, le peuple périt".

En tant que président de la BCE, vous avez charge d'âmes, c'est-à-dire que vous devez contribuer au bien-être des centaines de millions d'Européens qui ont l'Euro comme monnaie unique. Votre vision d'ajustement structurel vigoureux pour les populations de l'Euro est, à mon sens, incompatible avec le bien-être des peuples et en particulier, avec la satisfaction des droits fondamentaux culturels, économiques et sociaux qui ont été inscrits dans les traités internationaux des droits de l'homme ratifiés par les Etats membres de la zone euro.

La politique monétaire de la BCE me pose, en effet, des questions existentielles. Comment peut-on légitimement justifier auprès d'une opinion publique prise à la gorge que le secteur bancaire privé puisse emprunter à un taux quasi nul - autour de 1 % - auprès de la BCE alors que les taux d'intérêt des emprunts d'Etat explosent et mettent à mal les finances publiques des Etats membres de la zone Euro. Cela signifie que les banques vont faire beaucoup de profit à partir de leurs prêts aux Etats. En définitive, c'est un mécanisme d'usure à effet de boule de neige qui est mis en place et les populations des classes moyennes et populaires doivent subir une dégradation de leur condition sociale pour permettre le paiement de ces intérêts.

En définitive, c'est le profit pour les banques et les coûts pour les peuples d'Europe. C'est inacceptable alors que ce sont particulièrement les banques privées qui ont occasionné par leur avidité la grave crise monétaire, économique et financière que nous subissons aujourd'hui.

Il est aussi inacceptable de ne pas utiliser - au profit de l'ensemble des citoyens - des outils monétaires qui peuvent contribuer à soulager les finances publiques. Quel est le sens de privatiser des biens publics quand cela ne contribue qu'à enrichir une nomenklatura trop bien nantie et à démanteler l'industrie européenne ? Quel est le sens de casser les dépenses publiques quand cela contribue à faire glisser des pans entiers de population dans la misère et à violer leurs droits fondamentaux. J'attire votre attention sur le fait que les droits économiques et sociaux ne représentent pas seulement une obligation de moyen pour les Etats membres de la zone euro mais aussi de résultat. Ainsi, le comité des droits économiques, sociaux et culturels a déjà rappelé à la Suisse qu’il ne partageait pas sa position selon laquelle les dispositions du Pacte représentent des principes et des objectifs de programme plutôt que des obligations juridiques. cf. La responsabilité internationale des Etats pour les situations d’extrême pauvreté » par Laurence André et Julie Detry, page 65 - Coordination des ONG pour la dignité humaine et centre de droit international de l’Université Libre de Bruxelles. Dossier : institutions financières internationales : l’exception aux droits de l’homme. Interventions juridiques. Colloque 17-19 décembre 1998 – extrait de la Revue belge de droit international 1999-1 Bruylant.

En tant qu'institution internationale née de la volonté des Etats parties au traité protégeant les droits culturels, économiques et sociaux (à savoir le pacte international des droits culturels et économiques et sociaux), votre institution a l'obligation de ne pas enfreindre les règles liées à ce Traité et de ne rien mettre en œuvre qui pourrait mener à mettre à mal ces normes. Votre institution a aussi l'obligation positive de mettre en œuvre tout ce qui est possible pour mieux réaliser ces normes au bénéfice des Etats parties concernés.

Comme certains économistes l'ont déjà proposé, je vous demande donc d'imaginer des processus actifs permettant de prêter aux Etats en difficulté à un taux proche de zéro %. Ces prêts peuvent notamment passer via la Banque européenne d'investissements qui pourrait prêter à un taux très inférieur à ceux du marché aux Etats en proie aux difficultés du service de leur dette.

À situation exceptionnelle, des mesures de politique monétaire exceptionnelle doivent être prises.


Je vous remercie pour l'intérêt que vous donnerez à la présente et je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'assurance de ma haute considération,



Eric Watteau
Diplômé en études du développement UCL
Diplômé en droits de l'homme UCL-FUSL


(1) L'Italien Mario Draghi peut se prévaloir d'une expérience d'économiste, de banquier et de haut-fonctionnaire. Avant d'accéder au poste de président de la Banque Centrale Européenne, il a été Vice-président pour l'Europe de Goldman Sachs (2002-2005), puis gouverneur de la Banque d'Italie (2006-2011).

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