samedi 20 septembre 2014

Immigration. Le silence de Danah


  Au-delà de
la mémoire,
sont multiples.
Et renvoient 
à bien 
des écueils.
Politiques?
Econo-
miques?
Sociaux?
Oui, bien sûr.
Mais aussi 
psychiques.
Et culturels.




«Peut-être qu'ils me prennent pour une folle...» 
Danah (1) se soumet elle-même au feu des questions existentielles.
Au point de renoncer à toute présence dans les lieux publics.
Et surtout d'éviter le recours aux transports en commun.
Non seulement cette demandeuse d'asile guinéenne ne va pas bien.
Mais elle s'isole chaque jour davantage.

Ennemi intérieur

Pour les réfugiés, de telles difficultés ne sont pas rares.
Empêchant notamment de témoigner de leur passé.
Mais la mémoire n'est pas seule en cause.
Bien d'autres écueils psychiques se tiennent en embuscade.
«Se sentir bouleversé en profondeur par le fait d'avoir été soudainement confronté à la mort se retrouve chez chacun, qu'il soit africain, européen ou asiatique, confirme la psychologue et psychanalyste française Elise Pestre (2).
Avoir été amené à connaître ce qu'aucun homme n'aurait dû voir ni connaître -la cruauté humaine- ébranle dans leur édifice bon nombre de sujets.» (3)
Le traumatisme, en effet, est un fait universel.
Même s'il se prolonge dans les spécificités d'une culture...

Vous avez demandé la culture? Ne quittez pas...

Un petit exemple vaut-il mieux qu'un long discours?
Abordons donc celui de la solitude.
Que les sociétés traditionnelles posent comme un interdit majeur.
S'extraire du groupe?
Inacceptable!
S'écarter de la communauté?
Un tabou!
Jouer le jeu de l'indépendance?
Une infraction au code culturel!
«Je me sens seul, avoue un Camerounais.
Et j'ai peur de devenir fou.
Car dans mon pays, seuls les fous sont isolés.» (4)
Comment, dans ces conditions, ne pas comprendre que, pour le sujet dont la psyché éparpillée ne trouve plus d'issue pour se rassembler, la «reliance» au culturel ne relève plus du simple choix?
Mais qu'il soit ressenti comme une nécessité.
Comme une obligation.
Comme un impératif.
Danah le sait mieux que personne.
«J'ai honte, murmure-t-elle.
Honte de ce que je suis devenue...» (5)

(A suivre)

Christophe Engels 


(1) Cfr. Pestre Elise, La vie psychique des réfugiés, Payot et Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, Paris, 2010-2014, p.85.
(2) Elise Pestre est maîtresse de conférences à l'Université Paris-Diderot et chercheure au centre de recherches Psychanalyse, Médecine et Société.
(3) Pestre Elise, La vie psychique des réfugiés, Payot et Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, Paris, 2010-2014, pp.77-78.
(4) D'après Pestre Elise, La vie psychique des réfugiés, Payot et Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, Paris, 2010-2014, pp.77-78. 
(5) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute): 
. la suite d'une série de messages consacrés à l'immigration,
. des analyses sur la social-démocratie et l'écologie politique (après le libéralisme ainsi que l'humanisme démocratique qui, pour rappel, ont d'ores et déjà été abordés).  


mardi 16 septembre 2014

Immigration. Des souvenirs... interdits de séjour


«Rejeté.»
Si la sanction 
tant redoutée
frappe 
un si grand nombre 
de demandeurs d'asile,
c'est souvent au motif 
que les persécutions alléguées
seraient «improbables», 
voire «falsifiées».
Le constat, impitoyable, 
n'est pourtant 
pas toujours avéré.
En cause, notamment:
un phénomène psychique
qui fait le cauchemar 
des réfugiés...
et les affaires 
des comptables 
de l'immigration!


Nous sommes en 2003.
Anna, une Rwandaise de 23 ans, consulte dans le cadre de la réouverture de son dossier à l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA).
Mais sa mémoire lui joue des tours...

Des trous dans la tête

«C'est horrible, confie la jeune rescapée de l'effroyable boucherie qui, depuis 1994, hante la mémoire collective du Pays des Mille Collines.
J'ai comme des trous dans la tête.
J'ai oublié plein de choses.» (1)
Des souvenirs lui manquent.
D'autres ne s'agencent pas entre eux.
Certains, même, semblent contredits par les faits.
Autant de dysfonctionnements qui empêchent le développement d'un récit construit. 
«L'accès à certains événements était psychiquement oblitéré et Anna ne parvenait pas à les penser, explique la psychologue et psychanalyste française Elise Pestre (2).
Ce devoir de vérité requis par les administrations suscitait chez elle un intense effort de rassemblement mémoriel alors que justement la défaillance de la mémoire avait opéré son travail de protection à l'égard du psychisme attaqué par l'expérience traumatique.
Et là se situait bien le coeur de la problématique rencontrée par nombre de demandeurs d'asile: comment se remémorer les éléments "immémorables" dans l'urgence d'un impératif qui exige une véridicité absolue?
L'emprise traumatique, en verrouillant l'accès à certaines scènes, ne rend-t-elle pas forcément lacunaire, fragmentée, loin de l'exhaustivité et finalement vouée à l'échec la mise en récit requise par les autorités décisionnelles?» (3)
Après un choc de ce type, en effet, certains effacements sont parfois nécessaires pour survivre. 
Du coup, des souvenirs se font à la fois inorganisés et intolérables.
Les voici donc... «interdits de séjour», selon la jolie expression du regretté philosophe français Paul Ricoeur.

Cette mémoire qui me persécute...

Circonstance aggravante: ces déficiences alternent fréquemment avec des... «excès mnésiques» ou «hypermnésies».
Le sujet, alors, se «sursouvient » de certains moments de sa vie.
Au point de se sentir persécuté par sa mémoire. 
«Le réfugié est envahi psychiquement par ce passé, confirme Pestre.
Un passé irreprésentable qui ne laisse plus d'espace à sa mémoire immédiate ni à d'autres types de pensée.» (4)

Souvenirs tronqués et chimères trompeuses

Autre symptôme de ce contexte traumatique: une chronologie des événements fragilisée, sinon altérée.
«Je n'arrive pas à oublier le passé, laisse échapper Anna.
Mais je n'arrive pas à en parler non plus.» (5)
Et la mémoire de se voir modifiée avec le temps.
Car d'une part, certaines données s'évaporent.
Et d'autre part, les nouvelles informations engrangées a posteriori le sont de façon très spécifique... 
«La trace traumatique (...) devient un élément résolument "attracteur" pour les traces connexes qui rappellent l'événement vécu en raison du caractère imprévisible et violent qu'il a généré.» (6)
D'où le phénomène de faux souvenirs  évoqué par ce spécialiste de la «résilience» (7) qu'est Boris Cyrulnik (8).
Qui fait aussi référence à ce qu'il appelle des «chimères».
Soit des «monstres qui organisent notre mémoire et qui, à l’instar des chimères de la mythologie, sont des compositions imaginaires dont tous les éléments sont vrais.» (9)
«Pour nous tous, la représentation de soi est chimérique, explicite le Toulonnais.
Nous composons des chimères, des arrangements de vrais souvenirs, pour en faire une représentation dans notre théâtre intime.
Le film que nous projetons dans notre monde psychique est l’aboutissement de notre histoire et de nos relations.
Quand nous sommes heureux, nous allons chercher dans notre mémoire quelques fragments de vérité que nous assemblons pour donner cohérence au bien-être que nous ressentons, alors qu’en cas de malheur, ce sont d’autres morceaux de vérité qui donneront cohérence à notre souffrance.» (9)
De là la difficulté rencontrée par nombre de réfugiés quand il s'agit de témoigner factuellement de leur passé.
Pas vrai, Anna...? (10)

(A suivre)

Christophe Engels


(1) Pestre Elise, La vie psychique des réfugiés, Payot et Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, Paris, 2010-2014, p.16.
(2) Elise Pestre est maîtresse de conférences à l'Université Paris-Diderot et chercheure au centre de recherches Psychanalyse, Médecine et Société 
(3) Pestre Elise, ibidem, pp.19-20.
(4) Pestre Elise, ibidem, p.85. 
(5) Pestre Elise, ibidem, pp.86-87. 
(6) Pestre Elise, ibidem, pp.87-88. 
(7) Tiré d'un terme utilisé en physique pour parler de la capacité d'un matériau à retrouver son état initial après avoir été soumis à un impact, la notion de résilience a été récupérée par la psychologie pour désigner un phénomène qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour prendre ses distances avec la dépression et se reconstruire. 
(8) Né en 1937, Boris Cyrulnik est neurologue, psychiatre, éthologue et psychanalyste. Responsable d'un groupe de recherche en éthologie clinique à l'hôpital de Toulon et professeur d'éthologie humaine à l'Université du Sud-Toulon-Var, il est surtout connu pour avoir développé le concept de «résilience», soit le processus qui permet de renaître d'une grande souffrance. 
(9) Cyrulnik Boris, Boris Cyrulnik raconte pour réparer les blessures de la mémoire, L'Orient littéraire, n°97, 2014-07 (propos recueillis par Georgia Makhlouf), http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=6&nid=4057
(10) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute): 
. la suite d'une série de messages consacrés à l'immigration,
. des analyses sur la social-démocratie et l'écologie politique (après le libéralisme ainsi que l'humanisme démocratique qui, pour rappel, ont d'ores et déjà été abordés). 

 

vendredi 12 septembre 2014

Immigration. Aléatoire, mon cher Watson...



Et si 
menait
Que 
découvrirait 
donc 
le célèbre 
détective?
Beaucoup 
de souffrance
sans doute.
Et aussi 
un système 
politique 
assez 
paradoxal.
Aléatoire,
mon cher Watson...


















 «Bloody hell!
Tout ceci fait insulte à mon légendaire sens de la logique!»
Ainsi le grand Sherlock aurait-il peut-être ponctué une enquête menée, couvre-chef sur la tête et loupe à la main, dans les milieux de la procédure d'asile.
Et pour cause...
Fortement conditionné par la crise, le système politico-juridique des pays occidentaux est largement soumis à l'aléatoire.
Car la délivrance du statut de réfugié s'articule à des paramètres sur lesquels le candidat à l'exil n'a aucune prise.
Des paramètres politiques tout d'abord, tels les accords bilatéraux entre Etats.
Des paramètres conjoncturels aussi, renvoyant à l'actualité du moment.
Des paramètres circonstanciels enfin: identité des personnes en charge du dossier, connaissance plus ou moins approfondie par le demandeur d'asile des règles du jeu politique, de sa rhétorique ou des codes linguistiques du pays d'accueil...

Cachez cette souffrance que je ne saurais voir...

Allons plus loin en nous référant à l'exemple de Catherine, cette jeune Guinéenne qu'évoque la psychologue et psychanalyste française Elise Pestre (1).
Et dont la procédure d'accès à l'asile a très rapidement débouché sur une conclusion favorable de l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA).
«Pour l'Etat, la "vraie réfugiée", appartenant à l'élite intellectuelle qui a su dompter ses traumatismes, (...) ne contamine pas les autres par sa honte et se montre comme il faut: exhaustive et "convaincante", qui plus est en français.» (2)
Et notre guide d'en tirer l'une des conclusions qui lui paraissent devoir s'imposer...
«Celui qui est en capacité de convaincre les autorités étatiques semble être celui qui est déjà partiellement sorti de son engluement traumatique, celui qui a pu entrer à nouveau dans l'ordre du discours, ou celui même qui n'a pas connu de tels effets ravageurs.» (3)

Paradoxal système

Emerge alors une impression paradoxale...
Autant l'existence de certains symptômes (notamment dépressifs) liés à un traumatisme semble aider le demandeur d'asile à se voir reconnu, autant les effets déstructurants de ce «trauma» sur la narration jouent en sa défaveur.
« By Jove, Watson!
J'ai bien peur que tout ceci ne manque singulièrement de cohérence...» (4)

(A suivre)

Christophe Engels


(1) Elise Pestre est maîtresse de conférences à l'Université Paris-Diderot et chercheure au centre de recherches Psychanalyse, Médecine et Société.
(2) Pestre Elise, La vie psychique des réfugiés, Payot et Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, Paris, 2010-2014, p.193.
(3) Pestre Elise, La vie psychique des réfugiés, Payot et Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, Paris, 2010-2014, pp.191-192.
(4) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute):
. la suite d'une série de messages consacrés à l'immigration,
. des analyses sur la social-démocratie et l'écologie politique (après le libéralisme ainsi que l'humanisme démocratique qui, pour rappel, ont d'ores et déjà été abordés).


mardi 9 septembre 2014

Immigration. Asile hostile




 


















Ils ont beau être en demande d'asile,
ils n'en ont pas moins, le plus souvent,
à évoluer en terrain hostile.
Gros plan sur les candidats au statut de réfugié.


« L'amour ne finit jamais.
J'ai confiance.
Le monde est comme ça.
Chacun aura un jour sa chance.
On a tous besoin les uns des autres.
Je ne sais pas quand ta chance arrivera ... »
(Chant traditionnel mandingue)


On confond souvent les termes de «demandeur d'asile» et de «réfugié».
Le demandeur d'asile est quelqu'un qui dit être un réfugié mais dont la demande est encore en cours d'examen.
Le réfugié, lui, est une personne...
- «qui, craignant avec raison d'être persécutée du fait
. de sa race,
. de sa religion,
. de sa nationalité,
. de son appartenance à un certain groupe social
. ou de ses opinions politiques,
se trouve hors du pays dont elle a la nationalité
et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays;
- ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner.» (1)
Tels sont en tout cas les termes de la Convention de Genève.
Qui prévoit donc que, pour pouvoir donner lieu à une admission au statut de réfugié, les craintes de persécutions doivent reposer sur des motifs relevant de l’un des cinq critères limitativement énumérés.
Reprenons-les point par point…

. La race

Il convient d’entendre le mot «race» au sens le plus large d’appartenance à un groupe ethnique.
On pense en particulier, ici, aux événements rwandais ou, dans certains pays ou contextes, aux craintes éprouvées du fait d’un mariage mixte entre deux personnes d’ethnies différentes.

. La religion

Il y a lieu, par exemple, de ranger sous ce critère les appréhensions légitimement liées à l’appartenance à une communauté religieuse.

. La nationalité

La notion de «nationalité» ne se limite pas à la citoyenneté ou à l'inexistence de celle-ci.
Elle recouvre, entre autres, l'appartenance à un groupe soudé...
. par son identité culturelle, ethnique ou linguistique, 
. par ses origines géographiques ou politiques communes, 
. voire même par sa relation avec la population d'un autre Etat.

. L’appartenance à un certain groupe social

L’appellation «groupe social» renvoie en l’occurrence à un ensemble de personnes de mêmes origine, mode de vie ou statut social.
Visant initialement les classes sociales dans les régimes communistes, cette notion s’est, depuis lors, ouverte à d’autres ensembles de personnes: femmes, homosexuels, intellectuels…
Autant de catégories qui peuvent, en effet, se voir persécutées parce qu’elles expriment leurs aspirations à une façon d’être différente de celle qui prévaut dans leur société.

. Les opinions politiques

Denrée rare en régime de dictature, la notion d’«opinion politique» recouvre, en substance, la (suspicion d')activité militante du demandeur au sein d’un parti politique d’opposition ou l’exercice du droit à sa liberté d’expression individuelle contre des positions du régime en place.

Au-delà du droit...

Race, religion, nationalité, appartenance à un certain groupe social, opinions politiques: cinq critères, donc, pour un statut juridique.
Qui, bien sûr, ne suffit pas à épuiser la problématique concernée.
Car le réfugié est évidemment bien davantage qu'un sujet de droit.
Il est avant tout un être humain... (2)

(A suivre)

Christophe Engels


(1) Selon les termes de l’article 1.A.2. de la Convention relative au statut des réfugiés ou Convention de Genève (1951). 
(2) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute): 
. la suite d'une série de messages consacrés à l'immigration, 
. des analyses sur la social-démocratie et l'écologie politique (après le libéralisme ainsi que l'humanisme démocratique qui, pour rappel, ont d'ores et déjà été abordés).


vendredi 5 septembre 2014

Cinq cents messages et un prochain happy end... Projet relationnel: le bouquet final


 






















Et de 500 pour «Projet relationnel»!
Cinq cents messages qui ont  bien retenu l'attention.
Mais qui ne donnent toujours lieu 
ni à échanges
ni à relais
ni à prolongements événementiels. 
Etait-ce juste une illusion?
Juste mon imagination? 
«Projet relationnel»
en tout cas, 
s'apprête à tirer sa révérence.
D'ici quelques mois.
Sauf inattendu rebondissement 
de dernière minute.
Et non sans y avoir été 
au préalable 
d'un spectaculaire bouquet final.


Sauf improbable fait nouveau, «Projet relationnel» mettra la clé sous le paillasson d'ici quelques mois.
Le temps de développer les trois sujets annoncés depuis plusieurs semaines. 
A savoir l'immigration, l'écologie politique et la social-démocratie. 

Rideau! 

Le rideau devrait donc se fermer sous peu. 
Non pas que ce blog ne soit pas lu (1).
Il l'a été (et continue à l'être), essentiellement des deux côtés de Quiévrain (2) ainsi que (toujours davantage) aux Etats-Unis.
Il l'a même été de plus en plus, jusqu'il y a peu.
Seulement voilà...
D'une part, «Projet relationnel» ne donne pas lieu aux échanges de vue initialement espérés: peu de commentaires, insuffisance de réactivité, pas de discussions entre vous dans le prolongement des messages publiés. 
D'autre part, il a été fort peu relayé par les réseaux sociaux et encore moins par les médias traditionnels. 
En outre, il n'a pas réussi à déborder le carcan de son «fief» électronique...

Extension du domaine de la lutte

Si le virtuel ne s'est pas prolongé dans le réel, ce n'est pas faute d'avoir essayé.
Qui plus est avec les très précieux soutiens, directs ou indirects, de nombreuses et riches personnalités: qu'elles en soient, une fois, encore chaleureusement remerciées.
Pourtant, les prises de contact n'ont débouché sur rien de concret.
Des propositions de synergie ont été qualifiées de «grands messes».
Des invitations déclinées.
Des rencontres écourtées ou annulées.
Des lendemains de conférence assombris par des courriels aussi assassins que (unanimement reconnus comme) incongrus.
Des réunions de travail (répétitivement) avancées d'une heure sans avertissement préalable à votre serviteur. 
Des documents évacués avant d'avoir été discutés, voire simplement lus. 
Des opportunités sacrifiées sur l'autel de règlements de compte entre (autres) intervenants...
Ainsi va la vie. 
Et qu'importe le passé.
Le problème est ailleurs.
Je suspecte, aujourd'hui, que trop de responsables des courants de pensée et modes de vie émergents ne soient intéressés avant tout par des interlocuteurs dont on ne puisse redouter (à tort ou à raison) qu'ils cherchent à élargir le moule cloisonné, sinon cadenassé, d'un projet préalable. 
Et je crains que, dans bon nombre de cas, un journaliste n'intéresse qu'à proportion de l'audience du ou des média(s) qu'il représente. 

Quoique plusieurs des difficultés rencontrées me soient apparues comme inextricables et bien que l'une ou l'autre d'entre elles m'aient énormément coûté sur les plans émotionnel, psychique et même professionnel, j'entends prendre ma part de responsabilité dans ce qui apparaît bel et bien, à ce jour, comme un constat d'échec. 
Mais je dois bien le reconnaître: je ne suis pas sorti indemne de cette expérience. 
Et il est donc plus que temps pour moi de lever le pied.
Car, pour l'écrire sobrement en citant Pierre Rabhi, «Il faut se donner à soi-même ce qui est nécessaire pour être joyeux.» (3)

 Besoin de résultats 

«Pour trouver le courage de se mettre en marche, il nous faut peut-être apprendre à agir en étant conscients de l'importance même de chacun de nos actes et à les apprécier pour ce qu'ils sont, pour leur intention, écrivent ces Belges que sont la politologue Caroline Lesire et le psychologue Ilios Kotsou.
Sans être obsédés, donc, par leurs résultats qui ne dépendent pas uniquement de nous, et ne se produisent pas toujours dans l'immédiat.» (4)
Obligation de moyen et non pas obligation de résultat?
Sans doute.

Reste qu'autant celui-ci n'a pas à être systématiquement au rendez-vous, autant, sous un autre angle, il ne peut pas se maintenir trop longtemps aux abonnés absents.
Ce qu'explique par exemple le psychologue Albert Bandura.
Qui parle de «sentiment d'efficacité».
Soit ce ressenti qui nous incite à estimer que nous pouvons obtenir les résultats souhaités grâce à notre propre action.
Un ressenti dont le Canadien fait le fondement même de notre motivation à agir. (5)

 Sérénité, courage, sagesse 

Pour garder espoir, nous avons donc besoin de percevoir que ce que nous faisons sert à quelque chose.
Sous peine de «dégâts collatéraux»...
«Lorsqu'une personne se rend compte de son absence de contrôle sur les événements, elle adopte le plus souvent une attitude résignée ou passive, précisent Lesire et Kotsou.
Une attitude qui se généralise ensuite aux situations dans lesquelles son action aurait pu être efficace.» (6)
Confrontés à ce type de contexte, nous tendons à renforcer plus que jamais cette propension qu'a déjà l'être humain à verser davantage dans le négatif que dans le positif.
Un biais qui, selon le psychologue américain Roy Baumeister, s'expliquerait par le fait que l'environnement très périlleux de nos ancêtres rendait plus importante la capacité à en repérer les menaces que l'aptitude à en détecter les bénéfices potentiels. (7).
Une telle analyse, si on la reprend à son compte, tend à accréditer la pertinence de la prière souvent attribuée à Marc Aurèle et reprise par les... Alcooliques anonymes!
«Donnez-moi 
. le courage de modifier ce que je peux changer,
. la sérénité d’accepter ce sur quoi je n'ai aucune influence
. et la sagesse de voir la différence entre l'un et l'autre.» (8)

Christophe Engels


(1) Un total dont on précisera pour l'anecdote qu'il avoisine les 100.000 visiteurs à ce stade. Soit un nombre qu'on voudra bien, évidemment, comparer à ceux des blogs qui, non contents de se contenter d'annoncer péremptoirement des chiffres à jamais invérifiables, ont, comme Projet relationnel, joué la transparence d'un compteur affiché en permanence (voir le bas de la colonne de gauche).
(2) Davantage en France dans l'absolu, davantage en Belgique proportionnellement.
(3) Rabhi Pierre, cité dans Lesire Caroline et Kotsou Ilios, La conscience en action, in Se changer, changer le monde, L'iconoclaste, Paris, 2014, p.191.
(4) Lesire Caroline et Kotsou Ilios, La conscience en action, in Se changer, changer le monde, L'iconoclaste, Paris, 2014, p.182.
(5) Cfr. Bandura Albert, Auto-efficacité: le sentiment d'efficacité personnelle, De Boeck, Paris, 2003-2007 (traduction Jacques Lecomte).
(6) Lesire Caroline et Kotsou Ilios, La conscience en action, in Se changer, changer le monde, L'iconoclaste, Paris, 2014, p.179.
(7) Cfr. Baumeister R. F., Bratslavsky E., Finkenauer C. et Vohs K. D., Bad is stronger than good, Review of General Psychology, numéro 5, 2001, pp.323-370.
(8) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute): des analyses sur l'immigration, puis sur l'écologie politique et la social-démocratie (après le libéralisme ainsi que l'humanisme démocratique qui, pour rappel, ont d'ores et déjà été abordés).