vendredi 5 novembre 2010

Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) Des doigts se sont levés...

Entre «real economy»
et considérations
fort pertinentes,
le Président
du Conseil d’administration
de BNP Paribas
sait se montrer
très convaincant
sur le thème
de la responsabilisation
des entreprises.
Mais comme tant d'autres,
Michel Pébereau ne sous-estimerait-il pas
l'importance de l'évolution sociétale
qui émerge sous nos yeux?

«C’est aux actionnaires que je dois des comptes. Car le monde fonctionne de la sorte. Et c’est très bien ainsi.»
A l'occasion de la soirée d'ouverture du cycle de conférences organisé par la remarquable a.s.b.l. Philosophie et Management (1), Michel Pébereau y a été de cette antienne qui avait déjà tellement servi lors de la soirée de clôture de la saison précédente, où, pour le plus grand désespoir d'un Christian Arnsperger (2) manifestement mortifié, on avait pu se demander à plusieurs reprises si tous les intervenants avaient vraiment assimilé (voire simplement lu?) le livre (3) qui aurait dû faire office de fil rouge.
Heureusement, le Président du Conseil d’administration de BNP Paribas ne s'est pas contenté de broder autour de ce poncif, loin de là.
Il a élevé à un tout autre niveau le débat portant, ce soir-là, sur les stratégies de responsabilisation des entreprises à l’ère de la mondialisation...

On demande politique...

«Qui est porteur de légitimité dans la fixation des règles morales ?, s'est notamment demandé Michel Pébereau. Pas le chef d’entreprise. Ni le dirigeant d’Organisation Non Gouvernementale (O.N.G.). Seuls les représentants démocratiquement élus par les citoyens des différents Etats du monde peuvent prétendre à ce statut.
Telle est la règle du jeu.
Un jeu d’abord politique, donc.
Même si, en aval, c’est bel et bien à l’entreprise qu’il incombe, le cas échéant, de faire cohabiter les règles de chacun des pays dans lesquels elle est impliquée...
Pour parfaire le système, sans doute conviendrait-il par conséquent de légiférer au niveau de la planète.
Mais comment s’y prendre?
Aujourd’hui, seuls quelques outils existent, définis par Kofi Annan
(4). Pour le reste, la question se maintient plus que jamais ouverte.
Or, il est patent qu’un certain nombre de règles ne peuvent pas être fixées par les lois du marché.
Alors, que faire?
Je le répète: ni les O.N.G. ni les entreprises n’ont vocation à se substituer à la légitimité des Etats.
D’où les questions qui continuent à se poser à l’heure actuelle… Comment sortir des impasses liées à l’environnement ou aux Droits de l’Homme? Et comment inciter les Etats à faire le nécessaire?»

N'ayez pas peur...

Le prestigieux «débatteur» de la soirée n'a pas apporté de réponse à ces interrogations.
Il n'en a pas moins fustigé toute inclination au pessimisme...
«Bien sûr, la mondialisation nous oblige à relever le défi d'une réorganisation de l’économie. En Europe, nous sommes cependant prêts à affronter celui-ci.
Pourquoi? Parce que nous bénéficions d’une série d’avantages comparatifs. Et le premier d’entre eux, c’est l’Etat de droit.
Il est donc possible de prolonger ce miracle du développement économique et de l’évolution sociale qui est le nôtre.
Encore faut-il que nous fassions preuve d’optimisme.
Ce qui, en revanche, n’est pas notre fort…»

Sur-priiiiise...!

Au-delà de ce discours convaincant, on peut se demander, cependant, si le point saillant de cette séance d'ouverture n'est pas à porter au crédit du public.
Alors que Michel Pébéreau se demandait sur un ton entendu lequel des membres de l'assistance serait prêt à sacrifier ne serait-ce qu'une parcelle de ses actuels revenus pour quelque raison que ce soit, quelle ne fut pas sa stupéfaction de voir émerger spontanément de la salle (et même de l'estrade) une volée de doigts...
La surprise du chef?

Christophe Engels

(1) Outre le «débatteur» Michel Pébereau, cette séance d´ouverture du cycle 2010-2011 de l'a.s.b.l. Philosophie et Management - à Bruxelles - accueillait deux orateurs: Benoît Frydman (docteur en droit, philosophe, directeur du Centre Perelman de Philosophie du Droit à l’Université Libre de Bruxelles) et Emmanuel Toniutti (docteur en philosophe et en théologie, P.D.G. de l’International Ethics Consulting Group).
(2) Christian Arnsperger est Docteur en sciences économiques, chercheur au Fond national belge de la recherche scientifique (FNRS) et professeur de l'Université Catholique de Louvain (rattaché à la Chaire Hoover d'éthique économique et sociale). Il a notamment écrit Critique de l'existence capitaliste. Pour une éthique existentielle de l'économie, Cerf, Paris, 2005 et Ethique de l’existence post-capitaliste. Pour un militantisme existentiel, Cerf, Paris, 2009
(3) Arnsperger Christian, Ethique de l’existence post-capitaliste : Pour un militantisme existentiel, ibidem.
(4) Ancien Secrétaire général des Nations unies (1997-2006).

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