dimanche 26 juin 2011

Libéralisme. Moi, homo oeconomicus...

Qu’il soit vu
du côté jardin
ou du côté cour (1),
le libéralisme
s’applique
en tout cas
à plusieurs
composantes
de la réalité
humaine et sociale.
Gros plan sur l'une de ces dimensions.
Economique...

Le libéralisme économique, c'est le domaine du laisser-faire, du libre-échange, de la liberté d’entreprise, de la limitation sévère des interventions gouvernementales.
C’est également celui du «postulat de la rationalité de l’individu, de l’Homo oeconomicus mû par son égoïsme, son intérêt personnel» (2).
Ainsi, Adam Smith (3) défend l’idée que c’est en poursuivant ses intérêts matériels à lui et à lui seul que chaque individu est amené, comme par une main invisible, à travailler dans l’intérêt de la société.
«L'homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et c'est en vain qu'il l'attendrait de leur seule bienveillance, assure le philosophe et économiste écossais.
Il sera bien plus sûr de réussir, s'il s'adresse à leur intérêt personnel et s'il les persuade que leur propre avantage leur commande de faire ce qu'il souhaite d'eux. (…)
Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme.
Et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage.» (4)
«Adam Smith nous en prévient: les gens d’affaires ont tendance à conspirer pour éviter la concurrence, ajoute l’économiste Eric de Keuleneer, professeur à la Solvay Business School de l’Université Libre de Bruxelles.
Cela se fait, par définition, contre l’intérêt général, et l’intérêt général justifie des mesures réglementaires pour défendre la concurrence.» (5)
Dans une intéressante interview à l’hebdomadaire d’information générale Le Vif/L’Express (5), l’influent commentateur belge précise que Smith conçoit l’intérêt personnel comme le fruit d’une recherche qui, plus large que le simple enrichissement, inclut dans de nombreux cas le sentiment altruiste.
«En fait, il espérait que l’être humain serait un jour mûr pour une société fondée sur l’altruisme, mais, comme il était réaliste, il proposait de commencer par l’intérêt personnel canalisé dans des marchés transparents.» (5)
Et d’en tirer la conclusion qui lui semble devoir s’imposer:
«Transparence, concurrence et éthique doivent être au centre des préoccupations.
Comme l’écrivait déjà Adam Smith…
» (5)
Ce dernier pensait, en effet, que les personnes opérant dans les affaires avaient intérêt à se montrer éthiques, un tel souci favorisant le long terme.
«Mais il raisonnait dans un environnement où les rapports étaient personnels, concède De Keuleneer.
A présent, il existe trop d’anonymat dans les grandes banques et dans les transactions financières.» (5)

Côté face

Si la pensée de ce philosophe de référence du XVIIIe siècle est incontestablement centrée sur l’individu, elle n’est donc pas aussi caricaturale que le laissent entendre certains.
D’autres adeptes du libéralisme se montreront d’ailleurs encore plus nuancés.
L’économiste français Léon Walras (6), par exemple, expliquera que l’équilibre général ne génère pas nécessairement la justice sociale.
Et le Britannique John Maynard Keynes (7) que l’intérêt personnel n’œuvre pas toujours en faveur de l’intérêt général.
Fer de lance d’un mouvement très confusément appelé «nouveau libéralisme», «libéralisme social», «socialisme libéral» ou «Troisième voie» (entre libéralisme et socialisme) (8), ce dernier conviendra même que, désormais, le capitalisme en est arrivé à générer inégalités de revenus inacceptables, pauvreté, chômage, crises et autres maux dangereux.
Autant d’effets pervers que l’Etat ne doit pas hésiter à se donner pour mission de corriger par la voie d’un interventionnisme très actif.

Côté pile

Cependant, si la révolution keynésienne replace le politique au dessus de l’économique, il n’en va évidemment pas de même de tous les courants.
L’un d’entre eux emprunte même une direction résolument opposée.
C’est le «néolibéralisme», qui ne doit surtout pas être confondu avec le «nouveau libéralisme» (que l’on vient d’évoquer) puisque, à en croire l’économiste québécois Gilles Dostaeler, le mot sert justement aujourd’hui à désigner «la résurgence, dans les années 1970 et 1980, d’une forme radicalisée de libéralisme économique que l’on oppose au keynésianisme et à l’interventionnisme» (2).
Un économiste et philosophe comme l’Autrichien Friedrich Von Hayek (9) pourfend, pour l’économie, toute forme d’intervention étatique qui, au mieux, ne pourrait que mener à des résultats contraires à ceux escomptés et qui, au pire, risquerait de paver la route du totalitarisme.
Quant au monétariste américain Milton Friedman (10), il privilégie résolument la lutte contre l’inflation au combat contre le chômage et prône avec ferveur le désengagement de l’Etat, la privatisation, la déréglementation, le reflux du pouvoir syndical et, globalement l’affaiblissement des contraintes qui pèsent sur le marché du travail, telles que l’assurance chômage ou le salaire minimum.
Isolés, Hayek et Friedman?
De beaucoup s’en faut.
D’autant qu’ils ouvrent la voie aux défenseurs de ce qu’on appellera la «nouvelle économie classique», qui assure sans ambages que tout chômage est volontaire et résulte d’un choix des travailleurs.
L’un de ses dérivés, «l’économie de l’offre», inspire considérablement le président américain Ronald Reagan : elle «prône la réduction des impôts des plus riches et la suppression radicale des programmes de protection sociale qui servent à protéger paresseux et déviants.» (2)
Un autre, appelé «anarcho-capitaliste» ou «libertarien», propose carrément la suppression absolue de l’Etat et la privatisation des seules fonctions que lui réservait Smith: l’armée, la police et la justice.
Autant de courants de pensée qui «constituent un support idéologique pour les politiques de déréglementation et de démantèlement de l’Etat providence menées à partir des années 1980 dans plusieurs pays.» (2)(11)(12)

(A suivre)

Christophe Engels

(1) Voir le message précédent de ce blog.
(2) Dostaeler Gilles, Du libéralisme au néolibéralisme, in Les Grands Dossiers des Sciences humaines n°14, mars – avril - mai 2009, p. 20 à 23.
(3) 1723-1790.

(4) Smith Adam, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776, coll. Les classiques des sciences sociales, www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html, p.18.
(5) De Keuleneer Eric, Adam Smith avait tout prévu, in Le Vif/L’Express, n°3013, 13 avril 2009, p. 40 et 41.
(6) 1834-1910.

(7) 1883-1946.
(8) Où l’on voit, une fois de plus, toute la difficulté de parler de certains concepts à la mode sans en avoir au préalable (re)précisé le sens.
(9) 1899-1992.

(10) 1912-2006.
(11) Le contenu de ce message est extrait de Engels Christophe, Libéralisme. Vous voulez dire "individu"..., in Perso, Regards personnalistes, n°18, mai 2009, pp.5-6.
(12) Pour suivre (sous réserve de modifications de dernières minutes): des messages consacrés
. au libéralisme (d'après Gilles Dostaeler, Laurent de Briey, Alain Renaut...),
. au post-libéralisme (d'après et par Laurent de Briey),
. à une présentation de la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à une approche du bonheur par la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à une approche du sens de la vie par la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à plusieurs aspects de la Communication Non Violente et à l'Université de Paix (d'après Marshall Rosenberg, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à l’Approche Centrée sur la Personne (d'après Carl Rogers, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à la reliance et à la sociologie existentielle (par Marcel Bolle de Bal),
. au personnalisme...

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