mercredi 30 juillet 2014

Courants de pensée et modes de vie émergents (45). Mutants spi. La religion, si je veux...















 






La spiritualité est-elle encore soluble dans la religion?
Oui, bien sûr. 
Car autonomie ne signifie pas incompatibilité.
La séparation, si je veux...

On le constate: non seulement la spiritualité ne doit pas se confondre avec la religion, mais elle peut très bien se passer, désormais, de celle qui naguère lui tenait lieu d’indispensable compagne. 
N’allons pas trop loin, néanmoins. 
Spiritualité –même contemporaine– et religion ne sont évidemment pas devenues incompatibles! 
Frédéric Lenoir en veut pour preuve que les grandes religions ont développé en leur sein divers courants spirituels: ceux-ci ont été initiés par des maîtres de vie, des sages et des mystiques qui, d’ailleurs, n’ont pas hésité à décréter la prééminence de l’amour et de la quête spirituelle sur l’appartenance religieuse (1)
Au quotidien aussi, le croyant se doit de s’appuyer sur la spiritualité –ne serait-ce qu’au travers de la prière ou de la méditation–, sous peine de faire de sa religion une coquille vide.  
Seulement voilà… 
À tort ou à raison, la religion n’a plus la cote. 
C’est dorénavant entre une foi de plus en plus clairsemée et un athéisme convaincu, sinon agressif, que campent la plupart d’entre nous: sur le vaste territoire de l’agnosticisme. 
Agnosticisme assumé, incertain ou négligent? 
Agnosticisme à hypothèse de travail religieuse ou athée? 
Peu importe. 
Globalement, près de deux tiers des Européens, sans pour autant revendiquer aucun engagement dans une religion particulière, déclarent qu’ils ne sont pas incroyants (2)
D’où le commentaire de Jean-Louis Servan-Schreiber, hier rédacteur en chef du magazine Psychologies et aujourd'hui directeur du bimestriel Clés
 «Si on a la foi –et ça ne se commande pas plus que l’amour–, une vie spirituelle en découle naturellement.
Mais la vraie foi est rare. 
Et c’est là que les complications commencent, puisque les mystères n’en persistent pas moins.» (3)

La spiritualité en personne

Alors que faire? 
On peut refuser de s’attarder sur les questions qui dérangent ou se débrouiller pour les éviter. 
C’est ce qu’a bien vu Simone Weil en écrivant que «Tous les mouvements naturels de l’âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle.» (4)
Oui mais… 
Rien ne garantit que les problèmes éludés ne sont pas appelés à nous rattraper un jour ou l’autre, à l’occasion de l’une de ces multiples difficultés que nous réserve inévitablement notre périple existentiel. 
Pas étonnant, dès lors, d’assister au déploiement d’une spiritualité laïque. 
Celle-ci s’impose de plus en plus comme un recours. 
Chez les athées, parfois. 
Mais surtout chez les agnostiques. 
Et même chez les «proches» des grandes religions.
Voilà qui tombe bien: de plus en plus nombreux sont ceux qui pensent qu’il convient aujourd’hui de refonder l’humanisme en dépassant les clivages qui opposent croyants et non croyants. 
Parmi eux, Frédéric Lenoir, qui conclut de la sorte l'un de ses livres (5)
«Face au péril des fanatismes religieux et de leur vision totalitaire de la société, mais aussi du matérialisme consumériste déshumanisant, notre monde a besoin d’un nouvel élan humaniste qui réunisse tous ceux qui sont attachés à la dignité et à la liberté de la personne humaine.» (6)(7)

(A suivre)

Christophe Engels


(1)
Lenoir Frédéric, Les métamorphoses de Dieu / La nouvelle Spiritualité occidentale, Plon, Paris, 2003.
(2) D’après une enquête de 1999 publiée dans la revue Futuribles, seuls 37 % des Européens prennent nettement positions pour ou contre l’existence de Dieu : 7 % se disent athées et 30% pratiquants convaincus. Pour plus de détails, voir «Que reste-t-il de chrétien en nous?» dans le dernier livre de Frédéric Lenoir: Le Christ philosophe, Plon, Paris, 1997, p. 237 à 267.
(3) Servan-Schreiber Jean-Louis, La spiritualité laïque existe…, dossier spiritualité, Psychologies, n° 181, décembre 1999, p. 74.
(4) Weil Simone, La pesanteur et la grâce, collection Bibliothèque du XXe siècle, Plon, Paris, 1988, p. 35.
(5) Lenoir Frédéric, Le Christ philosophe, Plon, Paris, 2007, p. 299.
(6) Ce message est extrait de Engels Christophe, Touche pas à ma spiritualité!, Perso/Regards personnalistes, n°15, mai 2008, pp.4-9.
(7) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute):  
. la suite d'une série de messages consacrés à une réflexion approfondie sur les courants de pensée et modes de vie émergents,
. des analyses sur la social-démocratie, l'écologie politique (après le libéralisme ainsi que l'humanisme démocratique qui, pour rappel, ont d'ores et déjà été abordés) et l'immigration.


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