mardi 22 juillet 2014

Courants de pensée et modes de vie émergents (43). Mutants spi. Une spiritualité bien sentie



Pour la plupart d’entre nous, 
la spiritualité est appréhendée 
comme une aspiration 
à se mettre à l’écoute 
d’une partie plus noble de soi-même.
Je ressens, donc je suis.
 
«Ce qui distingue les états d’en haut de ceux d’en bas, c’est, dans les états d’en haut, la coexistence de plusieurs plans superposés», écrit Simone Weil (1)
Pas étonnant, dans ces conditions, que la spiritualité n’exclue a priori ni la religion ni l’éthique ni la morale ni la sagesse (2)
Elle peut en effet très bien faire cause commune avec des «consoeurs» qui, comme elle, ont le souci de privilégier l’être par rapport au faire et à l’avoir.
Reste qu’il convient de ne pas confondre les unes et les autres. 
Spiritualité, religion, éthique, morale et sagesse ont chacune leurs spécificités propres. 
Car si elles cherchent toutes à rencontrer un objectif assez semblable, elles se distinguent par leur manière de l’atteindre. 
Pour accéder à l’être,
• la première (la spiritualité) conseille d’éprouver,
• la deuxième (la religion) de croire,
• les troisième et quatrième (l’éthique et la morale) de -bien- penser,
• la quatrième (la sagesse) de vivre sa pensée.
 

Ressenti 

Ainsi,
• là où la religion prône la foi et –de moins en moins– l’observance dogmatique,
• là où l’éthique et la morale requièrent –au minimum– la cohérence normative,
• là où la sagesse recommande une existence bâtie sur la réflexion philosophique,
la spiritualité suggère le ressenti, voire l’inspiration et le pressentiment.
Pour la plupart d’entre nous, la spiritualité est appréhendée comme une aspiration à se mettre à l’écoute d’une partie plus noble de soi-même pour accéder à une impression intime: celle de sortir par le haut de sa quotidienneté et de tisser avec la communauté des humains, le monde et/ou l’univers un lien transcendant les habituelles contingences pratiques. 
Ressenti, donc, plutôt, que raisonnement. 
Impression plutôt que réflexion. 
Avec, évidemment, un danger sous-jacent: celui de cette spiritualité alibi que Simone Weil préfère aborder sous le nom de «transposition». 
«Transposition: croire qu’on s’élève parce qu’en gardant les mêmes bas penchants (exemple: désir de l’emporter sur les autres), on leur a donné des objets élevés» (3). (4)

(A suivre)
 


(1) Weill Simone, La pesanteur et la grâce, Plon, collection Bibliothèque du XXe siècle, Paris, 1988, p. 91.
(2) Laissons provisoirement de côté l’intériorité que nous avons appréhendée –pour faire simple– comme une partie de la spiritualité.
(3) Weil Simone, La pesanteur et la grâce, collection Bibliothèque du XXe siècle, Plon, Paris, 1988, p. 93. 

(4) Ce message est extrait de Engels Christophe, Touche pas à ma spiritualité!, Perso/Regards personnalistes, n°15, mai 2008, pp.4-9.
(5) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute):  
. la suite d'une série de messages consacrés à une réflexion approfondie sur les courants de pensée et modes de vie émergents,
. des analyses sur la social-démocratie, l'écologie politique (après le libéralisme ainsi que l'humanisme démocratique qui, pour rappel, ont d'ores et déjà été abordés) et l'immigration.


1 commentaire:

  1. Belgique


    Bonjour,


    Avec le titre "Comment devient-on fanatique?", le journal Le Soir du 3 novembre 2009 introduisait le livre du sociologue Gérald Bronner "la pensée extrême: comment des gens ordinaires deviennent des fanatiques".

    Voir
    http://archives.lesoir.be/comment-devient-on-fanatique-gerald-bronner-a-40_t-20091103-00QP2Y.html?firstHit=0&begYear=2008&begMonth=4&begDay=21&endYear=2008&endMonth=4&endDay=21&sort=datedesc&by=100&when=-1

    Israël, Palestine, Syrie, Irak, Ukraine….: voici des entités qui connaissent de dangereux soubresauts de fanatisme qui conduisent à de grandes souffrances locales et internationales. Les fanatiques menacent la paix.

    J'invite les autorités à prendre connaissance de l'ouvrage pour mieux appréhender les pistes de solutions possibles. Un exemple: dans l'article du Soir, Gérald Bronner dit que le fanatique aurait un postulat de base comme celui-ci: "la société est injuste; il faut la rendre plus juste". La tempérance est alors considérée comme une compromission inacceptable.

    Fondamentalement, la question est donc comment peut-on développer la tempérance dans le monde; c'est la question à laquelle il faudra répondre. Et comment créer une société plus juste, qui ne donc pas de l'eau au moulin des extrémistes. Les acteurs économiques, politiques et sociaux doivent donc bien réfléchir aux actes qu'ils posent. S'ils créent des politiques d'exclusion et de souffrance, ils engendrent des risques de développement d'entités fanatiques.

    Il est donc fondamental que l'on développe des politiques où il n'y a pas de laissés pour compte. Défi majeur aujourd'hui.

    La tempérance est absolument nécessaire. La diffusion et l'étude de la "vertu" de tempérance mérite bien des budgets conséquents de la part des Etats.

    À quand une conférence internationale sur les fanatismes de tous bords et sur le développement de la tempérance?


    Bien cordialement

    Eric Watteau

    Citoyen

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