mercredi 4 janvier 2017

2016, année terroriste...
































D'abord, l'essentiel.
Puis, l'important.
Ensuite, le futile.
Et enfin, le gratuit...
qui compte!
Cette hiérarchie
à quatre étages,
chacun d'entre nous 
s'avérerait bien avisé 
de s'en inspirer pour 2017. 
En n'oubliant pas 
que ma liberté s'arrête 
là où commence 
celle de l'autre. 
Et que,
le cas échéant,
le fait 
de ne pas pouvoir aider
ne doit pas m'empêcher
de veiller 
à ne pas nuire. 
Ce qui passe le plus souvent 
par le souci de la vérité. 
Et toujours 
par l'absence de confusion 
entre justice et vengeance. 
Et si nous profitions 
de l'arrivée de l'an neuf 
pour changer de logiciel? 
Après l'année 
celle des métamorphoses




«La vengeance est une justice sauvage.»
(Francis Bacon)

«La vengeance n'apporte pas de récompense,
car la souffrance des autres 
ne peut compenser le mal qu'on a subi.
Résister à notre colère est une marque
non seulement de notre humanité, 
mais aussi de notre santé mentale.» 
(Martha Nussbaum)



«Leur pardonner? 
Pour pouvoir envisager de le faire, il aurait au moins fallu qu'ils m'expliquent.»
Bernard (1) parle posément, sans haine ni désir de vengeance.
En déplacement chez un ami, iboîte un peu, mais, reste fidèle à lui-même.
Moral au beau fixe compris.  
Evidemment, on lui reparle de l'attentat.
Le 22 mars.
L'aéroport de Bruxelles National, où il était venu déposer son oncle qui devait s'envoler pour l'Afrique. 
La première bombe, qu'il n'a pour ainsi dire pas entendue.
La deuxième, à quelques mètres, qui l'a jeté à terre. 
Et puis, l'état de choc. 
Les pertes de conscience successives, médicalement provoquées ou non. 
L'homme penché sur lui.
La civière. 
Le trajet en ambulance vers l'hôpital militaire de Neder-Over-Heembeek, juste à côté de Zaventem. 
L'autre déplacement, vers Anvers, où il allait passer plusieurs semaines. 
«Vous avez de nouvelles ambulances électriques?», a-t-il demandé à un infirmier, sans se rendre compte qu'il subissait les séquelles auditives de l'explosion.   
Bernard, à ce moment-là, commençait à peine à prendre conscience du parcours qui l'attendait.
Tibia à reconstruire, épaule à remplacer, perte de capacité auditive à assumer...
Le parcours du combattant.

Dérapage incontrôlé


Le cas de Bernard est poignant.
Il est aussi emblématique.
Emblématique d'un monde qui dérape.
Et qui fait de plus en plus de victimes collatérales...
Physiques, donc, parfois.
Psychiques aussi, très souvent.
Manifestement, la démocratie est à la croisée des chemins.
Elle qui se voulait instrument de paix, a été rattrapée par la violence.
Violence émotionnelle et mentale, suite, notamment, à cette façon qu'ont de plus en plus fréquemment les 
«élites» de se complaire dans les excès de la manipulation et de l'arrogance.
Violence corporelle, de surcroît, via ce qui, d'une certaine manière (et d'une certaine manière seulement), peut apparaître comme le prix à payer par les puissances occidentales pour leur tendance à l'interventionnisme, larvé ou assumé, à l'extérieur de leur pré-carré.
La fin de la croissance économique a fait le reste.
En interne comme en externe, les 
«perdants», qui avaient été rejetés à la périphérie de la modernité ont, d'une façon ou d'une autre, donné de la voix.
Haussé le ton.
Et plus car hostilité... 


Evolution salutaire ou mutation dangereuse?

«2016 signe la fin de l'hégémonie des élites, estime Gérald Papy (portrait ci-contre), rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire belge Le Vif/L'Express.
Evolution salutaire si, déconnectées de la réalité, celles-ci ignorent l'intérêt général.
Mutation dangereuse si elles sont disqualifiées par principe au nom d'un populisme masqué.» (2)
Intéressante analyse, sans doute.
Qui ne vaut pourtant qu'ici, maintenant et partiellement...
Ici, c'est-à-dire dans celles de nos démocraties qui ne sont pas en train de virer à la «démocrature». 
Maintenant, car la situation du moment est tout sauf figée. 
Partiellement, ou plutôt politiquement, puisque, a contrario, un certain... «monde de la finance» n'en finit pas, lui, de se muscler. 
Plus décomplexé que jamais, parfois même débarrassé de ses tenues de camouflage (3), il va jusqu'à parvenir, désormais, à se ménager plus souvent qu'à son tour le soutien de ce que d'aucuns appellent assez mystérieusement «le peuple».
Car derrière l'arbre de ceux qui, se revendiquant des «99%», pourfendent -pas toujours dans la nuance- le «1%», il y a la forêt des autres: ceux qui, crédules, ont par exemple fait élire Donald Trump, richissime businessman dont, paraît-il, il faudrait croire qu'il serait sur le point de changer fondamentalement le système qui l'a porté aux nues...

Vengeance aveugle

Soyons clair.
Autant
«le peuple» (s'il existe) a des raisons plus que légitimes de se montrer mécontent, autant «il» se fourvoie quand «il» verse dans le piège de la «post-vérité».
Un concept qui fait fureur.
Qui a même été sacré mot de l'année 2016 par le Oxford Dictionary.
Mais qui, quelque part, cache un retour aux... affaires.
On peut, en effet, légitimement se demander si nous n'assistons pas de plus en plus, aujourd'hui, au grand remplacement d'une élite (politique) par une autre (financière).
Soit une stratégie du pire qui se construit sur le ressentiment aveugle de nombre de laissés-pour-compte.

D'où cette propension affichée par beaucoup de nos contemporains à se soucier de la vérité comme d'une guigne.
Au risque de nous entraîner vers un crépuscule de la démocratie.
Car il n'y a pas que des Bernard...
«Attisée par les lectures victimaires de l'histoire, la vengeance puise dans la mémoire d'humiliations et d'exactions réelles, mais aussi dans des mythes et des mensonges concoctés par des historiens tribaux, artificiers de la rancoeur, écrit joliment Jean-Paul Marthoz (portrait ci-contre) dans le quotidien Le Soir.
Elle est le plat préféré des monstres froids et fait presque toujours partie de l'arsenal de la barbarie.
Se réclamant des torts subis et de l'honneur blessé d'une communauté ou d'une nation, elle justifie, voire sanctifie, les moyens les plus abjects.» (4)
Erreur fatale, martèle le journaliste et essayiste belge...  

«Réparer les torts par la justice est un élément essentiel des démocraties apaisées, alors que la vengeance est l'indice d'un esprit pré-démocratique qui, souvent, annonce des actes anti-démocratiques.» (4)
Et d'insister...
«L'esprit de civilisation réside aussi dans le refus de répondre au fer par le fer.» (4)

Homme fort versus personne de qualité

Suffit-il d'être un homme fort pour devenir une personne de qualité?
Et ce fameux «caractère» dont on nous rebat les oreilles doit-il nécessairement se construire sur des fondements vindicatifs?
Non, évidemment.
Et même deux fois non.

C'est pourquoi le terrorisme est un leurre.
Et avec lui le national-populisme.
Ainsi que le complotisme, le conspirationnisme ou le négationnisme monomaniaques.
De même que toutes les modalités (cognitives, affectives et/ou comportementales) de l'extrême.
Autant de jeux de dupes.
Autant d'incarnations d'un aveuglement qui, loin de faire avancer le schmilblick, ne peut en fait que nuire à la démocratie.
Autant d'effets d'aubaine pour les partis de la fermeture, eux-mêmes soutenus -à leurs risques et périls- par les ennemis de celle qui, jusqu'à nouvel ordre, continue -comme disait Winston Churchill- à faire office de «moins mauvais des systèmes».


Lobby soit qui mal y pense

L'heure devrait donc être à la riposte.
Et pourtant...
En Europe surtout, les multiples pièces du puzzle
 politique refusent plus que jamais de s'emboîter.
Et se rengorgent de fanfaronnades velléitaires.
Les lobbies en tous genres n'en demandaient pas tant.
Ils se régalent.
Ils se délectent.
Ils poussent leurs pions...
Qu'il est loin, le discours du Bourget.



Christophe Engels


(1) Prénom d'emprunt.

(2) Papy Gérald, Nos rêves sont plus forts que nos échecs, éditorial du Vif/L'Express, 23 décembre 2016, p.6.
(3) Voir, par exemple, le paysage médiatique français.
(4) Marthoz Jean-Paul, L'année de toutes les vengeances, in Le Soir du 30 décembre 2016, p.20.




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