mardi 17 janvier 2017

Renaissants, mutants, convivialistes, tisserands... Nom, nom et nom!
















«Mutants», 
«Convivialistes», 
«Tisserands», 
«Emergents»...
Autant de vocables 
pour nommer 
les dissidents 
de cette société 
outrancièrement  
-Qui a dit «trumpeusement»?- 
narcissique 
et excessivement
matérialiste 
qui est la nôtre.
Une multiplicité révélatrice 
de l'intensité des efforts 
qui restent à consentir 
par ceux que 
l'intéressante enquête 
«Noir, Jaune, Blues» 
qualifie désormais 
de «Renaissants».



C'est le sociologue Benoît Scheuer qui nous a (re)mis la puce à l'oreille.
Dans une récente radioscopie des Belges francophones (1), il ne se contente pas d'avancer, comme bien d'autres avant lui, qu'il serait désormais plus pertinent de dépasser la traditionnelle distinction gauche/droite. 
L'homme va plus loin en proposant et en appliquant une solution de rechange.
A savoir l'adoption d'une nouvelle grille d'analyse, construite autour de deux axes...
Coté vertical: un binôme système/antisystème.
Et côté horizontal: une dichotomie ouverture/fermeture (par rapport aux métissages culturels, religieux et politiques). 
Apparaît alors un tableau sur lequel on peut situer quatre grandes familles d'individus, chacune d'elles incarnant une vision du monde particulière...
. La première, celle des «Ambivalents» (en l'occurrence, 24% de la population), se caractérise par des opinions peu tranchées qui la situent au centre de l'échiquier (2).
. La deuxième, celle des «Traditionalistes» (25%), ne remet pas en cause un système auquel elle reste attachée mais penche pour une forme de repli (3)
. La troisième, celle des «Abandonnés» (26%), tend à se distancier de la précédente par sa tendance à rejeter le système tout en s'en rapprochant par sa propension à privilégier la fermeture (4).
. Reste un quatrième groupe (25%) qui, pour marquer son désaccord avec le système, n'en appelle pas moins, lui, à l'ouverture: ce sont les «Renaissants».

Bienvenue au club!

On remarquera, dans ce schéma, que le positionnement qui consisterait à se montrer favorable à la fois au système et à l'ouverture... n'attire tout simplement personne! 
On observera également que la seule et unique catégorie qui se prononce résolument pour l'ouverture, c'est la dernière. 
Soit celle qui nous intéresse tout particulièrement.
Car les Renaissants ressemblent fort à  ce que, dans ces colonnes, nous avons eu l'occasion de désigner à plusieurs reprises comme des «créa... cteurs de changement».

Enchanté! Moi, c'est Renaissant... 

Ainsi, les Renaissants seraient à la fois «antisystème» et ouverts. 
«Antisystème», donc, car méfiants envers des institutions de plus en plus délégitimées, et conscients d'avoir à composer avec l'écheveau des dominations exercées sur le monde par les pouvoirs politiques, économiques et financiers. 
Ouverts, aussi, puisqu'habités, entre autres, par la conviction que l'immigration est source d'enrichissement personnel.
Ce qui, au-delà de cette problématique particulière, témoigne d'un état d'esprit globalement inclusif.
D'autres diront: «reliant» (Marcel Bolle de Bal, Edgar Morin...).
Ou «symbiotique» (Abdennour Bidar...).
Voire «tisseur de liens» féconds car créatifs et épanouissants pour toutes les parties prenantes (le même Bidar, notamment) .

Le changement, c'est Renaissant!

Exit la facticité de la récréation?
Place à la fertilité de la recréation?
Vivre, serait-ce créer et entretenir des relations fructueuses?  
Le Renaissant, en tout cas, le pense.
Lui qui se refuse à la fermeture.
Et aussi à la fatalité. 
Car, rapporte Scheuer, ce profil est porteur de «l'idée que l'on n'est pas condamné à subir et qu'on peut changer les choses, qu'on peut avoir une capacité d'agir», même si cette influence s'avère bien souvent «limitée au niveau local».
Le Renaissant, alors, serait-il révolutionnaire?
Non plus. 
Ou s'il l'est, c'est -comme dirait le journaliste, homme de presse et essayiste français Jean-François Kahn- dans l'acception copernicienne du terme. 
Au sens où il s'agirait de réorganiser notre perception du système à partir d'une nouvelle centralité (5)
Et -ajouterons-nous- de faire changer les trajectoires mentales en misant sur la force d'attraction de quelques défricheurs, pionniers ou autres «guerriers mystiques». 
Ceux-là mêmes qui entendent s'extraire du sempiternel «métro-boulot-dodo»
Et qui veulent (re)trouver du sens. 
Comment?
En agissant pour faire bouger les choses.
En s'impliquant pour faire changer le monde.
En contribuant à faire évoluer les mentalités.

Mais attention!
Pas à n'importe quel prix... 
Non! 
En douceur.
Sans coup d'éclat.
Et sans compter sur des politiciens considérés comme inaptes à se hisser à la hauteur des enjeux.
Le changement, du coup, ne peut venir que des citoyens. 

Qui plus est, autant que possible, activistes plutôt que militants (6)
Histoire de ne pas opposer les gens. 

Discrétion assurée


Avec les Renaissants, nous touchons au coeur de ce 
Projet relationnel.
A savoir les porteurs de courants de pensée et mode de vie émergents.
Et plus précisément, au sein de cet 
assortiment un peu hétéroclite, ceux qui en constituent le noyau dur et que nous avons dénommés «Mutants».
«Renaissants»«Emergents», «Mutants», «Convivialistes»«Tisse-rands» (7)... ?
Qu'importe, en un sens, la terminologie.
Encore que l'occasion soit bonne pour regretter que tous ces dissidents d'une société appréhendée comme outrancièrement matérialiste et excessivement narcissique -des Créatifs culturels aux «insomniaques» de Nuit debout en passant par les Simplicitaires, les Indignés et tous ceux, innombrables, qui ont vocation à être placés sous la loupe de ce blog- ne parviennent pas à se mettre d'accord sur un vocable fédérateur.
Une lacune révélatrice de l'intensité des efforts qui restent à consentir...
«A partir de leur colonne vertébrale de valeurs, les Renaissants sont capables de résister à tous les discours populistes identitaires, mais la structure qui leur permettrait de refonder la société n'a toujours pas émergé, précise Scheuer.
Il faut tenter de faire éclore ce nouvel acteur en montrant comment il fonctionne en termes de valeurs et de projets.»
En attendant, on retrouve chez ces Renaissants des caractéristiques que connaissent bien ceux qui se sont intéressés au phénomène des Créatifs culturels.
«Pour le moment, ils sont sous les radars et attentistes.
Ils sont plutôt dans le repli sur leur communauté mais développent des valeurs bien différentes du rejet ou de la haine...
Et si les médias parlent peu d'eux, ces derniers ne s'en plaignent pas: ils ne cherchent pas le pouvoir.»
Discrétion assurée?
Oui.
Et peut-être même un peu trop...
Nom de nom!


Christophe Engels



(1) Cette enquête, qui a sondé 4.700 Belges francophones sur de grands thèmes actuels, avait été commandée par la fondation Ceci n'est pas une crise avant d'être réalisée par l'institut de sondage Survey and Action, puis relayée par la Radio Télévision Belge Francophone ainsi que par le quotidien de référence Le Soir: Scheuer Benoît, Noir Jaune Blues, Louvain-la-Neuve, 2017. 
(2) Très représentés chez les jeunes de moins de 35 ans, les «ambivalents» revendiquent une approche toute en nuances. Les opinions tranchées, très peu pour ceux qui, d'un autre côté, ne parviennent pas toujours à déjouer les pièges de la contradiction. Autre caractéristique de ce groupe: la dynamique de ses membres peut les porter à basculer à tout moment vers une autre famille. En contexte d'attentats à répétition ou de crise économique par exemples.      
(3) Parfois catholiques pratiquants, souvent défenseurs de la civilisation occidentale chrétienne, les «traditionalistes» sont ancrés dans le système par un patrimoine économique relativement ou franchement confortable. Conséquences: un intérêt marqué pour la défense de la culture et des principes de nos sociétés contre les dangers de l'islamisation, assorti d'une relative indifférence aux problèmes susceptibles d'être posés par les excès de la globalisation ou par l'accroissement des inégalités sociales.     
(4) De plus en plus présents à mesure que l'on descend dans l'échelle sociale, les «abandonnés» sont également de plus en plus nombreux globalement. Se sentant dépossédés de tout, laissés pour compte de l'Etat providence et en manque de reconnaissance sociale, ils s'inscrivent résolument dans le clan de ceux qui ont l'impression d'être aussi oubliés par les élites économiques, politiques ou financières que sacrifiés sur les autels de l'immigration, de l'islamisation et de la globalisation. Avec, à la clé, une demande de préférence nationale, de rétablissement des frontières et de... pouvoir fort. De là, une perméabilité à ces idéologies populistes qui promettent de les prendre en charge tout en leur fournissant une lecture simpliste de la société.   
(5) Cfr. Kahn Jean-François, Réflexion sur mon échec (Entretiens avec Françoise Siri), éditions de l'Aube, Paris, 2016, p.78.
(6) C'est en tout cas que nous entendons et lisons à gauche et à droite, quelques années après l'avoir écrit ici-même.
(7) On reviendra prochainement, dans ces colonnes, sur l'approche proposée par Abdennour Bidar. 


Aucun commentaire:

Publier un commentaire