lundi 30 janvier 2017

Les nouveaux électeurs du F.N. soumis à la tentation Je vous salue Marine, pleine de France...






A quoi ressemblent donc 
ces citoyens 
qui choisissent 
de délaisser 
les partis traditionnels?
Quelles sont 
leurs motivations?
Où vont leurs espérances?
Autant de questions
incontournables.
Posées par le Français 
Olivier Toscer
dans son excellent documentaire,
A voir absolument 
par les temps 
qui courrent.

















 


«Pour moi, déposer dans l'urne un bulletin du Front National a relevé du vrai cas de conscience.
Mais je ne voyais pas d'autre issue.
»

Erick, chirurgien esthétique de son état, a franchi le pas en 2012.
Il n'en pouvait plus d'attendre qu'un homme politique réponde enfin à ses espoirs.
Ceux portant sur le redressement d'une France dont il estime qu'elle n'en finit pas de prendre eau de toute part.
«Pour moi, le coup de grâce, ça a été Nicolas Sarkozy.
J'y ai vraiment cru.
Je me suis dit...
"
Voilà!

Cette personne-là me semble taillée pour le rôle.
Pour bousculer les choses.
Pour avancer.
Pour aller vers la France du XXIe siècle."

Mais quand il est arrivé au pouvoir, on n'a rien vu venir.
Tout juste s'est-il passé deux ou trois petites choses en début de quinquennat, qui n'ont d'ailleurs pas mené bien loin.
Et puis, pschiiit!
C'était fini!
On est retombé dans le roulement habituel. 

Ce n'était pas pour ça que j'avais voté pour lui, personnellement...» 
Erick ne s'est jamais vraiment remis de cette ultime désillusion.
De cette politique de l'autruche mâtinée de pensée positive.
«Je suis énervé d'avoir à constater que personne ne nous parle franchement.
Personne ne reconnaît jamais que la France se porte mal.
Aucun dirigeant.

Le seul qui s'y soit risqué, c'est Monsieur Fillon, à un moment donné, quand il a déclaré qu'en tant que Premier ministre, il était à la tête d'un Etat en situation de faillite.
Voilà, c'est le seul.
Avant que tout le monde ne s'empresse de lui taper dessus.
On l'a donc rapidement étouffé.
Et la parenthèse s'est aussitôt refermée.
»


Le karcher, on l'attend toujours!

Isolé, ce témoignage?
Loin de là.
«Il correspond assez fortement à ce que nous avons pu constater, nous aussi, dans un certain nombre d'entretiens que nous avons eu l'occasion de mener ces dernières années auprès de différents publics, confirme le sondeur Jérôme Fourquet.
Je vais le résumer d'une formule, que je reprends de la bouche même de plusieurs électeurs...
"
Il nous avait promis le karcher.
On a eu le pistolet
à eau."»
Sarko a donc déçu.

Hollande aussi. 
Avec l'affaire Cahuzac en guise de très amère cerise sur le gâteau.
Un ministre du Budget qui a nié.
Qui a persisté.
Qui s'est offusqué. 
Avant de s'incliner face à l'évidence...
Oui, il avait bien menti!

Oui, il avait bien ouvert un compte à l'étranger!
Oui, il avait bien fraudé le fisc! 
«Et ce sont ces mêmes gens de gauche qui nous disent qu'ils sont les gentils et que ceux du F.N. sont les méchants, s'étrangle Edel le rappeur. 
Moi, je n'exclus plus de voter pour Marine Le Pen en 2017!
Histoire de faire barrage au P.S.!
D'autant plus que le F.N. au pouvoir, c'est ce qui permettra le changement.
Avec ce parti, ça va bouger.
Ca va bouger!

Il y a des choses qui vont bouger!!
Forcé!!!
Obligé!!!!
Et puis, je pense que si on veut retrouver une gauche fidèle à ses valeurs, il faut que ses représentants se mangent une bonne baffe...
»


Derrière l'identité française, l'auberge espagnole

Du côté des gars de la Marine, on n'en demandait pas tant. 
Car on capitalise sur le ressentiment.
Quitte à faire feu de tous bois.
«Le Front National, c'est une vaste auberge espagnole, avance l'historien Nicolas Lebourg.
Les gens n'ont plus le rapport à la politique qui existait durant la société industrielle.
En ce temps-là, la politique ne se concevait que par blocs monolitiques.
Vous étiez gauliste, vous aviez une vision du monde, il y avait un programme.
Vous étiez communiste, vous aviez une vision du monde, il y avait un programme...
Un bloc, deux blocs, trois blocs...
Aujourd'hui, on fait son marché.
Oui, on fait son marché et on prend ce qu'on veut.
Et l'extrême droite est tout à fait à la pointe de ce phénomène.
»
 
«L'ouvrier déclassé du bassin minier du Pas de Calais n'a rien à voir avec -je caricature- le retraité relativement aisé de Fréjus, reprend Jérôme Fourquet.  
Ce qui fait tenir ensemble tout ce petit monde, ce ne sont pas les intérêts de classe
C'est le regard qui est porté sur la France.

C'est la menace qui est perçue en provenance des phénomènes migratoires.
C'est la dénonciation d'un certain nombre d'élites mondialisées.
»


Passe ton chemin, étranger...

L'essentiel, c'est, en quelque sorte, de faire front face à l'ennemi.
A commencer par celui venu de l'étranger.
«L'immigré a peut-être quand-même une part de responsabilité dans le fait qu'il ne veut pas vraiment s'adapter à un certain nombre de choses, considère Laurent, ce fonctionnaire qui a vu couler beaucoup d'eau sous les ponts depuis l'époque où il militait chez... S.O.S. Racisme.
Ceci dit, je ne me considère pas du tout comme raciste, hein!
On dit souvent qu'au
Front National, on est des racistes.
Ce n'est pas ça du tout!
»

L'idée de racisme, il est vrai, a bien évolué. 
 «Il a changé d'habit, explicite la politologue Nonna Mayer.
Ce qui ne veut pas dire qu'on n'a pas peur de l'autre et qu'on ne le rejette pas. 
Simplement, on va le présenter non plus comme inférieur mais comme différent. 
Comme trop différent.
Et le résultat concret est le même.
Peut-être le propos est-il moins insultant.
Mais on en reste au rejet sur la base de valeurs qui ne seraient pas partagées.»

Populiste, toi-même!

Il n'empêche.
La diabolisation systématique du Front National n'opère plus sur ses électeurs.
La preuve par la réaction de ceux-ci quand on les confronte aux mises en garde proférées par un Manuel Vals ou par un Nicolas Sarkozy.
«Vals veut faire peur, ironise l'un.
Mais c'est lui qui fait peur.
C'est lui qui va apporter la guerre civile en France.» 
«C'est quasiment une insulte, s'énerve l'autre.
Presque indécent!
» 

«Quand j'écoute Sarko, j'ai l'impression d'entendre un comédien, s'amuse un troisième.
Ou plutôt un clown!» 
«Je pense qu'il est très mal placé pour nous donner des leçons de morale», s'emporte un quatrième.
«Il essaie de défendre son beefsteak, assène une cinquième.
Mais lui, il a fait quoi?
»


Soeur France, ne vois-tu rien venir?

Reste un constat.
Plus souvent qu'à son tour, l'électeur du Front National le devient en désepoir de cause.
Par dépit.
Par déception.
Par colère.
Ainsi, Valérie, la restauratrice calaisienne... 
«Moi, Marine Lepen, c'est par défaut!»
Et d'assurer qu'elle pourrait se rabattre sur Jean-Luc Mélenchon. 
Là où un autre n'est pas très loin de se laisser tenter par Emmanuel Macron.
Et un autre encore par François Fillon.
De quoi, peut-être, s'interroger sur l'imminence du danger. 
Certes, la «fille indigne» de Jean-Marie a d'ores et déjà réussi à capitaliser sur le désarroi de ces innombrables Français qui ont perdu tous leurs repères.
Mais le jou
r venu, seront-ils prêts à basculer dans l'inconnu? 

La question, à ce stade, reste posée.
Comme elle le restait avant l'accession à la présidence de Donald Trump...



(1) Toscer Olivier, La tentation FN. Les électeurs de Marine Le Pen, Antipode et France Télévision, Paris, 2016.



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