mardi 29 novembre 2016

Néolibéralisme. Zombie fait de la résistance







Comme le communisme, 
le néolibéralisme 
est un Dieu déchu. 
Mais la doctrine zombie 
poursuit son cheminement 
d'un pas chancelant. 
Sur fond d'anonymat.
Ou plutôt de faisceau 
d'indiscrétions concordantes. 
Dénoncées, dans The Guardian,



«La doctrine invisible de la main invisible est tenue à bout de bras par des bailleurs de fonds invisibles. 
Lentement, très lentement, nous commençons à découvrir le nom de quelques-uns d'entre eux. 
Nous apprenons que l'Institut des affaires économiques, qui s'est opposé avec force dans les médias à toute nouvelle réglementation de l'industrie du tabac, a été secrètement financé, depuis 1963, par la British American Tobacco
Nous relevons que Charles et David Koch, deux des hommes les plus riches du monde, ont fondé l'institut dont a émergé le mouvement Tea Party
Nous entrevoyons que Charles Koch, en fondant l'un de ses groupes de réflexion, a signifié que "dans le but d'éviter les critiques indésirables, les modalités de contrôle et de direction de l'organisation aurait tout intérêt à s'abstenir de toute diffusion au sens large".

Glissements sémantiques

Les mots retenus par le néolibéralisme dissimulent souvent davantage qu'ils n'élucident. 
"Le marché" s'entend comme un phénomène naturel qui nous concernerait tous de la même façon, comme le ferait la gravité ou la pression atmosphérique.
N'est-il pourtant pas lourd de relations de pouvoir?
Sa "volonté" ne tend-t-elle pas à refléter celle des entreprises et de leurs patrons? 
Et Sayer n'attire-t-il pas l'attention sur le fait que le terme "investissement" recouvre deux significations fort différentes, la première renvoyant au financement d'activités productives et socialement utiles, alors que la deuxième fait référence à un simple achat d'actifs préexistants, qui n'a d'autre but que de percevoir des intérêts, des dividendes et/ou des gains en capital? 
En recourant à le même appellation pour désigner des activités aussi discordantes, on "camoufle les sources de richesse".
Ce qui conduit à confondre création et prélèvement de richesse. 

Héritier, moi? Papa du tout! 

Il y a un siècle, les nouveaux riches étaient décriés par les riches héritiers. 
Et les entrepreneurs cherchaient la reconnaissance sociale en se faisant passer pour des rentiers. 
Aujourd'hui, c'est le contraire: les rentiers et les héritiers se présentent comme entrepreneurs. 
Ils prétendent avoir gagné à la sueur de leur front ce qui ne correspond en fait qu'au revenu de leur capital. 

Nom lieu

Un tel anonymat et une telle confusion s'accommodent bien de cette absence de nom et de lieu qui caractérise le capitalisme moderne: 
. le modèle de la franchise qui garantit que les travailleurs ne savent pas pour qui ils triment; 
. les entreprises enregistrées au travers d'un réseau de régimes offshore si complexe que même la police n'arrive pas en découvrir les véritables propriétaires; 
. les montages fiscaux qui embobinent les gouvernements;
. les produits financiers auxquels personne ne comprend rien.

Circulez, 'y a rien à voir

L'anonymat du néolibéralisme est jalousement protégé. 
Ceux qui sont influencés par Hayek, Mises et Friedman ont tendance à rejeter le mot, clamant -non sans pertinence- qu'il est aujourd'hui négativement connoté. 
Sans pour autant y aller de la moindre proposition de remplacement. 
Certains se décrivent comme libéraux classiques ou comme libertaires, mais ces appellations sont à la fois fallacieuses et curieusement modestes.
Comme s'il s'agissait de suggérer que rien n'a changé depuis la "
La Route de la servitude", "Bureaucratie" ou ce grand classique de Friedman qu'est "Capitalisme et Liberté".» (1)


(A suivre)


George Monbiot


(1) Traduction de la quatrième partie de: Monbiot George, Neoliberalism- the ideology at the root of all our problems, in The Guardian, 15 avril 2016. La fin sera publiée dans les prochains jours. Les illustrations et intertitres sont de la rédaction.


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