samedi 7 mai 2011

Post-capitalisme. Les dessous de l’économie.

Si Dame Economie
oriente
fondamentalement

mon attitude,
c’est que quelque chose
au tréfonds de moi
y consent.
Partant
de ce principe,

ce... «voyeur» (!)
de Christian Arnsperger (1)
s’est lancé
sur la piste

de ses dessous existentiels (2).
Le résultat?
Pas vraiment
de quoi

se rincer l'oeil...

Pourquoi le désir et le ressentiment tiennent-ils tant de place dans mon comportement?
Pourquoi suis-je porté à vouloir faire croître indéfiniment mes revenus?
Pourquoi les biens et les capitaux que je possède paraissent-ils si souvent insignifiants au regard des richesses que j’ai envie de posséder?
Pourquoi mes intentions ou mes motivations déclarées ne coïncident-elles que trop rarement avec mes intentions ou mes motivations réelles?
Ces questions font mouche.
Elles sont posées par Christian Arnsperger dans son ouvrage «Critique de l’existence capitaliste. Pour une éthique existentielle de l’économie» (2).
Est-ce à dire que l’économiste de l’Université catholique de Louvain (UCL) fait du système capitaliste un bouc émissaire ?
Oui et non.
Oui, en un sens, parce que, vécue sans lucidité, l’économicité de l’existence m’inciterait à adopter une attitude fondamentalement opportuniste.
Non, néanmoins, car si la logique en place est si tenace, ce serait que quelque chose au tréfonds de moi-même y consent.

La « réussite » à tout prix

L’auteur relève deux traits saillants qui fonderaient à la fois notre organisation sociale et ma perception de moi-même: «d’une part, l’acquisivité qui nous pousse à nous concevoir nous-mêmes et à nous vivre concrètement comme des êtres appelés à saisir et à accumuler; d’autre part, la primauté absolue du "soi" qui nous fait percevoir l’autre, l’autrui singulier ou l’altérité collective, voire l’altérité du monde cosmique, comme une contrainte à nos acquisitions ou comme un instrument en vue de nos acquisitions.»
Dans cet univers social que je construis et reproduis, je ne fais pas spontanément l’expérience d’autrui et du monde comme d’une présence constructrice.
De là ma tendance à instrumentaliser les relations humaines à des fins d’intérêt personnel, celui-ci s’apparentant au mieux à un intérêt mutuel bien compris.
Une telle structure sociale et une telle perception de moi font miroir à une rationalité économique qui réduit le sens de mon existence aux impératifs de la «réussite»: performance, concurrence, remise en question permanente des sécurités acquises…
Autant de phénomènes générateurs d’inquiétude et d’appréhension.

Soubassements existentiels

Cette tension latente, seuls quelques battants s’en accommodent sans sourciller.
Les autres, tous les autres, en arrivent tôt ou tard à la questionner.
En vain.
Le plus souvent, leurs interrogations ne trouvent aucune réponse vraiment satisfaisante, réellement «authentique».
C’est que la plupart des réflexions du genre font l’impasse sur les soubassements de la logique économique.
Ceux qui renvoient à mes propres finitudes existentielles.
D’où la conviction qui habite Arnsperger.
Pour lui, les actes que je pose au nom de la rationalité économique masquent en réalité les angoisses déclenchées en moi par trois grands types de finitudes:
. celles liées à la mort,
. celles, physiques et mentales, liées à cette «mort dans la vie» que sont les «limitations intrinsèques à la vie personnelle»,
. celles liées à l’altérité que sont les «limitations intrinsèques à la vie sociale, à la vie avec autrui». (3)

(A suivre)

Christophe Engels (d'après Christian Arnsperger)

(1) Christian Arnsperger est docteur en sciences économiques, chercheur au Fonds national belge de la recherche scientifique (FNRS) et professeur de l’Université catholique de Louvain (UCL), rattaché à la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale. Il a notamment écrit Critique de l'existence capitaliste. Pour une éthique existentielle de l'économie, Cerf, Paris, 2005 (dont nous nous inspirons ici) et Ethique de l’existence post-capitaliste. Pour un militantisme existentiel, Cerf, Paris, 2009. Il publie deux blogs, l’un en français («Transitions»), l’autre en anglais («Eco-transitions»). Il a déjà été à «l'honneur» de six messages sur «Projet relationnel», les 19 février, 1er mars, 2 novembre et 17 décembre 2010, ainsi que les 30 avril et 4 mai 2011.
(2) Arnsperger Christian, Critique de l’existence capitaliste. Pour une éthique existentielle de l’économie, Cerf, coll. La nuit surveillée, Paris, 2005.
(3) Pour suivre (sous réserve de modifications de dernières minutes): des messages consacrés
. à d'autres notes de lectures renvoyant à l'ouvrage Critique de l’existence capitaliste. Pour une éthique existentielle de l’économie (ibidem) (d'après Christian Arnsperger),
. à des notes de lecture renvoyant à l'ouvrage Ethique de l’existence post-capitaliste. Pour un militantisme existentiel (ibidem) (d'après Christian Arnsperger),
. au post-libéralisme (par ou d'après Laurent de Briey),
. à une présentation de la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à une approche du bonheur par la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à une approche du sens de la vie par la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à plusieurs aspects de la Communication Non Violente et à l'Université de Paix (d'après Marshall Rosenberg, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à l’Approche Centrée sur la Personne (d'après Carl Rogers, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à la reliance et à la sociologie existentielle (par Marcel Bolle de Bal),
. au personnalisme...

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