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La cuvée existentielle 2015
s'apparentera-t-elle
à un bon millésime
dans la lutte
contre les excès
d'un individualisme
consumériste
et contre les outrances
d'un matérialisme
acquisitif?
Espérons le.
Encore, pour ce faire,
conviendra-t-il de remonter
à la source du «mal».
C'est-à-dire
à... moi-même!
Car plus les racines
sont profondes,
plus les branches
peuvent s'étendre...
Telle est l'angoissante question soulevée par Alain Accardo (1).
Qui ne peut que constater le
sentiment de rage indignée que nous sommes nombreux à éprouver
devant l'état du monde et le cours des événements.
Sans qu'aucun d'entre nous -hélas!- ne s'avère en mesure, à ce stade, d'apporter aux vertigineux problèmes posés par ce qu'il faut bien appeler une maladie de civilisation la moindre réponse un tant soit peu aboutie.
«Nous
n'acceptons pas que le sens de la vie humaine se résume à
l'hédonisme niais, narcissique et sans âme du monde américanisé
que nous font les multinationales, considère le sociologue français.
Mais nous ne savons plus très
bien ce qu'il faut changer des outres ou du vin qu'elles
contiennent.» (2)
Signe extérieur de sécheresse
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Et pour cause: ce système, nous ne savons pas
exactement en quoi il consiste.
Et nous sommes bien incapables d'en circonscrire la substantifique moelle.
Tout au plus l'expression «système capitaliste» désigne-t-elle généralement un certain type d'organisation économique et sociale.
Renvoyant par là à une perspective partielle et réductrice....
Et nous sommes bien incapables d'en circonscrire la substantifique moelle.
Tout au plus l'expression «système capitaliste» désigne-t-elle généralement un certain type d'organisation économique et sociale.
Renvoyant par là à une perspective partielle et réductrice....
«En
vertu de cette conception du capitalisme, la lutte à mener pour
changer les choses ne peut avoir d'autres objectifs que de diminuer
ou contrebalancer la puissance des détenteurs du capital (les
banques, les multinationales, les grands investisseurs, les fonds de
pension, etc.) et à contrecarrer, sur le plan national ou
international, les stratégies élaborées par leurs organismes
institutionnels, leurs lobbies, et leurs dispositifs
économico-juridiques (OMC, FMI, AMI, AGCS, etc.) ainsi que par les
gouvernements acquis au néolibéralisme.
Quant
aux moyens permettant d'atteindre ces objectifs, ceux auxquels on
pense corrélativement ressortissent pour l'essentiel à l'action de
type classique, c'est-à-dire à celle qui passe par le canal des
organisations politiques et syndicales nationales, bien que celles-ci
aient connu ces dernières années un net déclin, au bénéfice des
structures associatives développant d'autres formes d'action plus
spécifiques.» (3)
Comme s'il suffisait de faire pression sur des interlocuteurs sociaux et/ou de changer de gouvernement pour transformer la
société...
Comme si la lutte se situait essentiellement
sur le terrain de l'opposition explicite entre des opinions
réfléchies...
Comme si cette manière de procéder n'avait pas démontré depuis longtemps toute son indigence, voire son inanité...
Comme si cette manière de procéder n'avait pas démontré depuis longtemps toute son indigence, voire son inanité...
Ennemi intérieur
«Ces structures économico-politiques oppressives et inégalitaires ne pourraient pas fonctionner sans le concours de ce que certains sociologues ont appelé un "esprit du capitalisme", c'est-à-dire sans une adhésion subjective des individus qui engage, au-delà même des idées conscientes et des sentiments explicites, les aspects les plus profonds et les plus inconscients de leur personnalité.» (4)
Certes, les déterminations sociales proviennent de l'extérieur.
Mais une fois intégrées, elles commencent à agir de l'intérieur.
Via des réflexes automatiques.
Via des inclinations spontanées.
Via des sentiments personnels (5).
Via des réflexes automatiques.
Via des inclinations spontanées.
Via des sentiments personnels (5).
Le tout faisant l'objet d'un travail de rationalisation plus ou moins important.
Et sans que ce ralliement à la cause d'un capitalisme aveugle ne soit plus ressenti le moins du monde comme contraignant.
Et sans que ce ralliement à la cause d'un capitalisme aveugle ne soit plus ressenti le moins du monde comme contraignant.
«D'un
point de vue sociologique, la soumission au système relève, très
généralement, moins d'une démarche volontaire
que d'un ajustement pratique
spontané et socialement conditionné, dont les mécanismes sont hors
du champ de la conscience immédiate et ne peuvent s'appréhender
clairement que par une socio-analyse
-c'est à-dire une analyse en
profondeur des effets des déterminants sociaux en chacun de nous- de
nature à nous faire comprendre la façon dont le dehors s'installe
aussi dedans et dont le dedans s'intériorise en retour dans notre
rapport personnel au monde.» (6)
Et si l'ultra-individualiste, c'était d'abord... moi-même?
C'est que le fonctionnement du système de domination en question doit au moins autant aux dispositions intériorisées par les dominés qu'aux propriétés objectives des dominants.
Le monde capitaliste, en effet, repose sur le socle d'un ultra-individualisme dont les acteurs ne conçoivent l'existence qu'adossée à une compétition impitoyable.
«A
trop insister sur les traits caricaturaux du personnel politique,
nous risquerions de perdre de vue les ressemblances que ces hommes et
ces femmes ont avec nous et de méconnaître que ce que nous
condamnons chez eux n'est à bien des égards qu'une manifestation
particulièrement voyante de propriétés que nous avons en commun.» (7)
Soit un ego pour lequel exister, c'est être en vue.
C'est être perçu comme une vedette.
C'est tirer son identité d'une représentation de moi-même applaudie par les autres.
C'est être perçu comme une vedette.
C'est tirer son identité d'une représentation de moi-même applaudie par les autres.
Mon moi, ce héros...
«Il est probable qu'aucune de nos pratiques ni aucun de nos usages, considérés séparément, ne sont en soi de nature à nous aliéner totalement.
Un comportement isolé n'est qu'un point sur une ligne, qui ne dit rien de la pente de cette ligne.
Ce qui est en cause, c'est plutôt l'ensemble de notre style de vie et de notre ethos, c'est-à-dire du rapport existentiel que nous avons forgé avec le monde qui nous entoure, avec les autres et avec nous-mêmes.» (8)
L'heure d'une remise en question fondamentale a donc sonné.
Celle de cet art de vivre que le système capitaliste a rendu possible et désirable aux yeux du plus grand nombre.
Celle de cet art de vivre que le système capitaliste a rendu possible et désirable aux yeux du plus grand nombre.
«Cet
art de vivre (...) conduit chaque individu à se prendre
égocentriquement pour l'alpha et l'oméga de la création, à ne
reconnaître d'autre loi à chacune de ses pratiques et
consommations que ses "sensations",
sa fantaisie personnelle et la recherche insatiable du plaisir "libéré"
de toute contrainte. » (9)
Je te hais, moi non plus...
S'agirait-il, alors, de changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde?
Absolument pas, rétorque Accardo.
«Ce sur
quoi j'essaye d'attirer l'attention, c'est sur le fait que le monde
existant n'est pas posé en face de nous comme un paysage extérieur
à aménager mais qu'il est aussi nous-mêmes, intérieur à chacune
et chacun d'entre nous.
Par
conséquent, la nécessaire volonté de rupture avec le système ne
peut pas ne pas concerner aussi les liens qui nous attachent
consubstantiellement à lui et qui sont d'autant plus solides qu'ils
sont moins visibles.» (10)
On demande action éclairée
Comment sortir de cette impasse?
Par un double effort...
. Effort de lucidité tout d'abord.
«Une
des conditions principales de l'efficacité du système capitaliste,
c'est que son fonctionnement reste, sinon dans une obscurité totale,
du moins dans une pénombre propice à toutes les confusions.
Il faut
donc faire la clarté.» (11)
. Effort d'un travail sur soi-même ensuite.
«Bien
entendu, il ne suffit pas d'avoir des idées claires et distinctes et
de porter un regard lucide sur la réalité pour qu'elle se
transforme. (...)
Il faut
aussi que nous éprouvions un réel désir de changer les choses et
donc que nos aspirations spirituelles l'emportent sur nos intérêts
matériels et mondains.» (12)
Recoller les morceaux
Et les courants de pensée et modes de vie émergents?
Peuvent-ils nous aider dans cette entreprise?
«Les forces sociales existent, mais pour le moment à l'état dispersé, désorganisé, désemparé, (...) livrées qu'elles sont aux manoeuvres démagogiques de la droite extrême comme de la gauche minable.» (13)
Difficile, dans ces conditions, de se mettre d'accord sur des objectifs, sur des propositions et sur des stratégies...
Recoller les morceaux
Et les courants de pensée et modes de vie émergents?
Peuvent-ils nous aider dans cette entreprise?
«Les forces sociales existent, mais pour le moment à l'état dispersé, désorganisé, désemparé, (...) livrées qu'elles sont aux manoeuvres démagogiques de la droite extrême comme de la gauche minable.» (13)
Difficile, dans ces conditions, de se mettre d'accord sur des objectifs, sur des propositions et sur des stratégies...
«Raison supplémentaire d'unir et organiser nos forces dans le
cadre d'un projet cohérent et rigoureux porté par un courant
révolutionnaire (14) digne de ce nom et pas seulement par une inoffensive
association de mécontents, ou par un petit cercle de théoriciens
réfléchissant hors-sol.» (15)(16)
Christophe Engels
(d'après Alain Accardo)
(1) Le Français Alain Accardo est sociologue. Professeur honoraire à l'Université Bordeaux III, il travaille à fournir des présentations pédagogiques du travail de Pierre Bourdieu, notamment dans Initiation à la sociologie de l'illusionnisme social: invitation à la lecture des œuvres de Pierre Bourdieu, en 1983, et La sociologie de Bourdieu-Textes choisis et commentés, en collaboration avec Philippe Corcuff en 1986. Il anime le travail d'un groupe de journalistes proposant une auto-analyse critique du journalisme, avec notamment Journalistes au quotidien, pour une socioanalyse des pratiques journalistiques. Chroniqueur dans le mensuel La Décroissance, il est aussi l'auteur de plusieurs livres, dont Introduction à une sociologie critique (2006), Le Petit-Bourgeois gentilhomme (2009), Engagements (2011) et De notre servitude involontaire (2013).
(2) Accardo Alain, De notre servitude involontaire, Agone, coll. Eléments, Marseille, 2013, p.12.
(3) Accardo Alain, idem, pp.17-18
(4) Accardo Alain, idem, p.29.
(5) Sentiments d'obligation, de devoir et autres.
(6) Accardo Alain, ibidem, p.33.
(7) Accardo Alain, ibidem, pp.76-77.
(8) Accardo Alain, ibidem, p.107.
(9) Accardo Alain, ibidem, p.107.
(10) Accardo Alain, ibidem, p.125-126.
(11) Accardo Alain, ibidem, p.121.
(12) Accardo Alain, ibidem, pp.126-127.
(13) Accardo Alain, ibidem, p.137.
(14) Le qualificatif «révolutionnaire» nous semblant porteur d'ambiguïtés (notamment par la porte grande ouverte qu'il laisse à la violence), nous préférons pour notre part faire l'impasse sur cet adjectif pour recourir à des expressions comme:
. «émergent»,
. «créa... cteur de changement radical»,
. ou alors (avec Christian Arnsperger et consorts) «de transition»,
. voire (avec Edgar Morin) «porteur de métamorphose».
(15) Accardo Alain, ibidem, p.152.
(16) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute):
. la suite d'une série de messages consacrés à l'immigration,
Christophe Engels
(d'après Alain Accardo)
(1) Le Français Alain Accardo est sociologue. Professeur honoraire à l'Université Bordeaux III, il travaille à fournir des présentations pédagogiques du travail de Pierre Bourdieu, notamment dans Initiation à la sociologie de l'illusionnisme social: invitation à la lecture des œuvres de Pierre Bourdieu, en 1983, et La sociologie de Bourdieu-Textes choisis et commentés, en collaboration avec Philippe Corcuff en 1986. Il anime le travail d'un groupe de journalistes proposant une auto-analyse critique du journalisme, avec notamment Journalistes au quotidien, pour une socioanalyse des pratiques journalistiques. Chroniqueur dans le mensuel La Décroissance, il est aussi l'auteur de plusieurs livres, dont Introduction à une sociologie critique (2006), Le Petit-Bourgeois gentilhomme (2009), Engagements (2011) et De notre servitude involontaire (2013).
(2) Accardo Alain, De notre servitude involontaire, Agone, coll. Eléments, Marseille, 2013, p.12.
(3) Accardo Alain, idem, pp.17-18
(4) Accardo Alain, idem, p.29.
(5) Sentiments d'obligation, de devoir et autres.
(6) Accardo Alain, ibidem, p.33.
(7) Accardo Alain, ibidem, pp.76-77.
(8) Accardo Alain, ibidem, p.107.
(9) Accardo Alain, ibidem, p.107.
(10) Accardo Alain, ibidem, p.125-126.
(11) Accardo Alain, ibidem, p.121.
(12) Accardo Alain, ibidem, pp.126-127.
(13) Accardo Alain, ibidem, p.137.
(14) Le qualificatif «révolutionnaire» nous semblant porteur d'ambiguïtés (notamment par la porte grande ouverte qu'il laisse à la violence), nous préférons pour notre part faire l'impasse sur cet adjectif pour recourir à des expressions comme:
. «émergent»,
. «créa... cteur de changement radical»,
. ou alors (avec Christian Arnsperger et consorts) «de transition»,
. voire (avec Edgar Morin) «porteur de métamorphose».
(15) Accardo Alain, ibidem, p.152.
(16) Pour suivre (sous réserve de changement de dernière minute):
. la suite d'une série de messages consacrés à l'immigration,
. des analyses sur la social-démocratie et l'écologie politique (après le libéralisme ainsi que l'humanisme démocratique qui, pour rappel, ont d'ores et déjà été abordés).