mercredi 19 mai 2010

L'allocation universelle en question....



«L’allocation universelle peut-elle être à la fois réaliste et efficace ?» (1)

Séduisante par plusieurs de ses aspects, l’allocation universelle? Fort bien, répondent les détracteurs de la formule. Mais au-delà de ce côté jardin, n’oublions pas de mentionner le côté cour...
1. D’abord, l’allocation universelle aurait un coût (2).
2. Ensuite, elle ne se concevrait pas sans un taux d’imposition marginal (3) plus élevé. Une «pénalité» dont Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght eux-mêmes reconnaissent qu’elle ne pourrait qu’affecter négativement la motivation au travail du citoyen que je suis (4).
3. A ne pas sous-estimer non plus: les rigidités institutionnelles et comportementales. L'instauration d'une allocation universelle nécessitant une réforme du régime de la taxation, de l'impôt sur le revenu et/ou de son articulation avec les autres impôts, elle se heurterait immanquablement aux résistances qu’entraîne toute innovation. Elle aurait également à se confronter à la mauvaise humeur des organismes appelés à se voir affectés par l’évolution et/ou la disparition de certaines prestations (familiales, syndicales…). Avec les risques de licenciements ou, en tout cas, de changements d'activité qui en découleraient.
4. Enfin et surtout, quid du montant à verser par personne?
S’il était fixé à un bas niveau, le coût du système resterait limité, mais les effets positifs attendus sur l'emploi risqueraient fort de ne pas se produire.
«Les personnes peu, ou pas, qualifiées seraient en effet obligées d'accepter des emplois au rabais ou, à défaut, de se contenter de leur maigre prestation, prévoit Chantal Euzéby, Professeur de Sciences économiques à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble. D'où des risques persistants de dualisation de la société.» (5)
Par contre, si le niveau se faisait à peu près décent (de l'ordre du revenu minimum garanti, à la belge (6) ou même à la française (7)), mon autonomie en matière de choix de travail y gagnerait, mais le coût du système risquerait de devenir rapidement prohibitif et désincitatif pour les employeurs.
«On peut alors s'attendre à un freinage de l'innovation dans les entreprises, reprend la susnommée Euzéby. Et à un affaiblissement du dynamisme économique.» (5)
Ce qui, in fine, pourrait se traduire par une diminution de l’offre de… travail!
Crainte fondée ou non? Telle semble, en tout cas, l’objection la plus convaincante avancée à l’encontre de l’allocation universelle. (8)(9)

Christophe Engels

(1) Question récemment posée.
(2) Voir le message «L’allocation universelle est-elle réaliste?» (lundi 17 mai 2010). Voir aussi le site http://www.allocationuniverselle.com/
(3) C'est-à-dire par personne.
(4) Yannick Vanderborght et Philippe Van Parijs, L’allocation universelle, La Découverte, coll. Repères, Paris, 2005, p. 57.
(5)
www.webu2.upmf-grenoble.fr/pepse/IMG/pdf/dico.pdf
(6) 725 euros pour un célibataire sans enfant.
(7) 464 euros pour un célibataire sans enfant.
(8) Pour suivre:
. L'allocation universelle en question... «L'allocation universelle: juste ou injuste?»
(9) En cas de difficulté technique, vos commentaires peuvent également être envoyés (avec ou sans signature nominale et/ou adresse électronique) à engels_chr@yahoo.fr. Ils seront publiés sur ce blog dès que possible.

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