jeudi 24 janvier 2019

Splendeur et fragilité du lien










La fragilité du lien? 
Une évidence
dans notre société moderne.
Et pourtant...
Il est ce qui humanise 
et relie les hommes entre eux.
Utile rappel
de la psychiatre française
Anne Danion
(1).






Un lien, du latin ligamen, est ce qui lie. 
Ce peut être un objet, fil, ficelle, corde, chaîne qui attache, met en relation de proximité mais aussi retient, ferme, emprisonne. 
Il peut relier de façon virtuelle deux idées, pensées, informations pour une ou entre deux personnes, dans une dimension plus ou moins logique d’appartenance, de dépendance. 


Sur le plan affectif, symbolique et aussi juridique, il atteste d’une relation entre une ou plusieurs personnes. 
Ainsi, il maintient, fait tenir ensemble, relie, soutient, accompagne, soigne, (re)humanise, mais aussi retient.
Ces oppositions obligent à envisager le fait que le lien ouvre à une conflictualité éthique.
L’origine du lie
n humain, c’est à dire ce qui lie les êtres entre eux, est à trouver dans la relation de l’enfant à sa mère (et au-delà, ses parents).
De façon biologique tout d’abord: le cordon ombilical relie le fœtus à la mère et permet à celui-ci de se développer pour vivre.
Puis affective: le lien affectif protège l’enfant, le garde en sécurité, le guide puis doit se desserrer progressivement pour lui permettre de s’autonomiser.

De la «relation d’objet» à la relation entre sujets

Pour la psychanalyse, le lien se construit psychiquement en termes de «relation d’objet» (constitution du sujet en prise directe avec «l’objet-mère»), puis d’accès au statut de sujet autonome parlant et désirant. 
Le lien humain ouvre à la subjectivité et à l’intersubjectivité (espace de chevauchement entre l’individuel et le collectif). 
Le lien est donc ce qui humanise l’enfant grâce et dans la relation à l’autre mais peut aussi l’aliéner.
Dans le monde moderne, le lien entre particulièrement en concurrence avec l’éthique du sujet et la montée de l’individualisme qui distend le lien social: il est en même temps magnifié et fragilisé par une culture de moins en moins contenante (2)
Mais c’est parce qu’il a perdu de sa netteté que le lien nécessite aujourd’hui plus d’attention, de sollicitude aux besoins de chacun dans une éthique de la responsabilité et du care
Celle-ci met en avant l’interdépendance fondamentale des humains et la nécessité du maintien du lien, avec la sollicitude, l’attention portée à l’autre dans le respect de l’autonomie et la dignité de chacun. 

Quoi de neuf, docteur?

Cette éthique du care traverse la relation médecin malade, au-delà des seuls soins organiques. 
C’est bien sûr le cas en psychiatrie: le lien y est particulièrement fragilisé, non pas du fait de l’individualisme ambiant mais en raison de la spécificité de la maladie mentale et de la pathologie du lien qu’elle engendre. 
C’est ce qui complexifie (mais n’annule pas) la prise en compte des principes interrogeables de respect de l’autonomie de la personne malade mais aussi isole celle-ci, la coupe des autres et de la compréhension du monde par les troubles affectifs et/ou cognitifs qui lui sont intrinsèques: rejet, perte, fragilisation, absence, rupture ou encore dysfonctionnement du lien, dépendance, délire. 
Plus que jamais, le lien demeure un enjeu éthique. (3)


Anne Danion (1)


(1) Le Professeur Anne Danion est psychiatre. Elle enseigne la Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent à l'Université de Strasbourg (UDS) et exerce différentes charges aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (Chef de service adjoint du Service psychothérapique pour Enfants et adolescents, responsable de l’Unité de psychopathologie de la périnatalité et du très jeune enfant et de psychiatrie de liaison, membre de la Commission Médicale d’Etablissement). Elle est en outre Vice-présidente du Comité Hospitalo-Universitaire Consultatif d’Éthique (CHUCE) et Secrétaire générale du Collège National Universitaire de Psychiatrie.
(2) Arènes, Jacques. Penser l'éthique de la famille et l'éthique du lien dans le contexte d'une culture moins soutenante, Dialogue, vol. 199, n°1, 2013, pp. 107-117.
(3) Le présent message est repris de la Lettre n°122 du CEERE (octobre 2018). Elle nous a été adressée par le Centre Européen d'Enseignement et de Recherche en Éthique (CEERE) de l'Université de Strasbourg, que nous remercions, ainsi que l'auteur. Ci-dessus, seuls les titre, chapeau et intertitres sont de la rédaction.






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