mercredi 24 mars 2010

Parole de lecteur. Esprit, es-tu là?

Pour l'un de nos lecteurs manifestement assidu, s'entendre sur les déficits, c'est bien. Mais il risque d'être plus difficile de se mettre d'accord sur les remèdes. D'où la nécessité de conférer à notre «Projet relationnel» un souffle spirituel et personnaliste. L'avis de Robert Hendrick... (1)

Robert Hendrick (2)


Votre «appel à projet relationnel» met en évidence l'insatisfaction et le «mal être» que ressentent de plus en plus de gens face aux conséquences sociales et humaines de la mondialisation économique. Vous soulignez très justement le foisonnement de mouvements d'idées que cela engendre mais aussi leur disparité.

Comme on avait déjà pu l'observer lors des premiers rassemblements internationaux de la mouvance alter-mondialiste, les motivations et les approches peuvent être fort différentes. L’inspiration peut aussi bien en être d'ordre philosophique, spirituel, religieux, politique, environnementaliste, militant, matérialiste, utilitariste, etc.

Vous souhaitez, en tant que président du Centre d’Action pour un Personnalisme Pluraliste (CAPP), susciter la rencontre des différentes approches. Il serait effectivement enrichissant d'élargir les horizons et de faire se côtoyer les différentes actions dans le cadre d'une réflexion personnaliste. Je trouve votre démarche très intéressante car, si elle réussit, elle contribuera certainement à donner un souffle plus profond à certaines initiatives et à ceux qui les portent.

Souffle spirituel

C’est vrai que l’on perçoit les prémices d’un retournement intérieur qui pourrait être le départ d’un grand changement. Je crois cependant que, s’il n’est pas porté par un souffle spirituel, tout ce mouvement naissant pourrait être détourné par la capacité d’adaptation et de récupération du capitalisme, le «développement durable» et le «capitalisme vert» en sont des exemples.

S’il est relativement facile de s’entendre sur les «déficits» du monde d’aujourd’hui, il risque d’être beaucoup plus difficile de s’entendre pour en définir les causes et rechercher les vrais remèdes. En effet, le matraquage médiatique et publicitaire conditionne les esprits et risque de brouiller les pistes de réflexion.

C’est probablement déjà le cas en ce qui concerne les campagnes médiatiques sur le thème «il faut sauver la planète». D’une certaine manière c’est de la manipulation, car ce n’est pas la planète qui est en danger, elle en a vu bien d’autres et elle est toujours là. C’est l’humain et l’humanité qui sont en danger, pas la planète.

Ce sont les modes de production, de distribution et de consommation, qui mettent directement en danger certaines formes de vie et la société humaine. Le réchauffement climatique n’en est qu’une des conséquences.

Le «développement durable» est plus un slogan qu’une réalité, il va de paire avec le «Capitalisme vert». Les dirigeants politiques et économiques se mobilisent autour de ces concepts pour combattre «techniquement» les effets du dérèglement, mais ils ne prennent pas en considération les causes culturelles et morales qui sont à la base du dérèglement.

Comme le disait si bien Jacques Ellul, le monde d’aujourd’hui «est tout entier livré à l’esprit de puissance, au dérèglement, à l’orgueil de moyens sans bornes et qui nous absorbent sans réserve possible».

Le but est de créer toujours plus de nouveaux besoins (ou normes règlementaires) pour faire consommer plus et plus vite, afin de pouvoir produire toujours plus, même si c’est inutile. La production n’est plus là pour répondre aux besoins et à la demande des personnes, elle est devenue une fin en soi.

Il faut produire plus et de plus en plus (productivisme), et donc contraindre l’être humain à consommer plus. Pour consommer il faut de l’argent, donc travailler; plus on travaille moins on a de temps à soi et plus on consomme; on dépend donc de la production industrielle. Ce cercle vicieux et infernal confisque peu à peu nos libertés et nos vies.

Mais comment en sortir ? Et surtout qui veut vraiment en sortir ? Car, si beaucoup sont séduits par le «Capitalisme vert» porté aujourd’hui par l’écologie politique, c’est souvent pour des raisons individualistes et matérialistes. Ils espèrent que ces solutions «techniques» règleront les problèmes et permettront de maintenir ces «comportements utilitaires qui font la froideur de l’individualisme marchand». Ce qu’ils veulent, c’est garder le droit de consommer, de posséder, de profiter et de jouir de tout, sans plus avoir à se poser de questions sur le devenir de la planète.

Le personnalisme, cet humanisme intégral...

C’est bien pourquoi je suis, pour ma part, convaincu que le retournement intérieur qui pourrait être le départ d’un grand changement, ne pourra se concrétiser que s’il est porté par un souffle spirituel.

Ce n’est pas d’une approche environnementaliste ou économiste dont nous avons socialement besoin, mais bien d’une approche humaniste pour un développement intégral de l’homme. C'est-à-dire le développement de tout homme et de tout l’homme que la dernière encyclique du Pape Benoit XVI appelle de ses vœux.

Je crois que c’est aussi cet humanisme intégral que Mounier et Maritain défendaient et que donc le Centre d’Action pour un Personnalisme Pluraliste défend à son tour dans un cadre pluraliste.

C’est aussi, me semble-t-il, un véritable humanisme qui anime les «objecteurs de croissance» tant en France qu’en Belgique. Le mensuel «La décroissance» en diffuse courageusement les idées et réalise un excellent travail d’information et de formation. En même temps des groupes de «simplicité volontaire» se constituent pour mettre en pratique, de façon plus personnelle, les idées de la décroissance.

Bon vent et bon courage.

Robert Hendrick

(1) Les titre, chapeau et intertitres sont de la rédaction.
(2) Robert Hendrick a été président et député de l'UDRT, parti politique belge francophone aujourd'hui disparu.

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