mercredi 6 juillet 2011

Libéralisme. Liberté, égalité, austérité.


Le libéralisme
sans John Rawls,
ce serait un peu
comme la série télévisée
dont vous auriez manqué
le dernier rebondissement
essentiel.
Depuis 1972,
date de parution
de son -austère-
«A Theory of Justice»,
le nom
du regretté
philosophe américain
de Harvard
s'est fait aussi incontournable
que certains de ses concepts.
Comme la «position originelle».
Ou le «voile d'ignorance»...

Dans le domaine politique qui constitue le sujet de prédilection de John Rawls, l’objectivité n’existe pas.
Je suis en effet toujours tenté d’évaluer les théories en fonction des avantages individuels que leur application pourrait m’apporter.
C’est pour contourner cet obstacle que l'auteur de la très fameuse «Théorie de la justice» (1) propose une expérience intellectuelle, la «position originelle», et un outil original pour y accéder, le «voile d’ignorance»...

Ceci est une fiction...

La position originelle est un «procédé heuristique», une fiction donc, qui entend me ramener à une situation purement hypothétique où j’ignorerais tout ce qui est susceptible d'éveiller ma partialité.
Objectif: faire la différence entre intérêt-curiosité (qui, relevant de la singularité socialement positive, est à préserver) et l'intérêt-convoitise (qui peut renvoyer à un ego socialement négatif et donc avoir à être régulé).
Quant au voile d’ignorance, il s’agit d’un instrument conçu pour constituer les individus en personnes et, selon la Française Vanessa Nurock (2), pour «éviter que les contingences ne les conduisent à chercher à établir des règles allant uniquement dans le sens de leurs intérêts» (3) égocentrés.
Rawls entend en effet distinguer,
- d'une part, les informations que, dans une optique de justice, j'ai à connaître,
- d'autre part, celles que je dois ignorer, à savoir...
. ma place dans la société (ma position de classe ou mon statut social),
. le contexte de ma société (sa situation économique, politique ou culturelle),
. ma psychologie et mes préférences (pour une conception du bien ou un projet de vie particuliers),
. mes atouts naturels,
. la génération à laquelle j’appartiens.
Les principes de justice choisis derrière un tel voile d’ignorance sont censés s’avérer nécessairement justes et équitables.
«Le recours à la position originelle constitue une manière commode d’exprimer l’idéal d’une citoyenneté libre et égale inhérent aux société démocratiques, explique un des meilleurs connaisseurs de Rawls, le Belge Philippe Van Parijs (4).
En s’y transposant mentalement, les citoyens acceptent de se placer derrière un "voile d’ignorance", c’est-à-dire de faire abstraction de leur position sociale réelle, de la qualité de leurs biens premiers naturels, ainsi que de leur conception particulière de la vie bonne, pour ne tenir compte que de leurs connaissances générales de la nature humaine et du fonctionnement des sociétés.
Ce faisant, ils se soumettent à une contrainte d’impartialité.
» (5)

Egaux sans ego

«S’il faut imaginer les hommes dans une "position originelle" où chacun ignorerait la place qui lui est réservée dans la société (c’est ce que Rawls appelle le "voile ignorance"), c’est pour se donner les moyens de penser la justice comme équité (et non comme simple légalité ou utilité), explicite le philosophe français André Comte-Sponville.
Ce qui n’est possible qu’à condition de mettre entre parenthèses les différences individuelles et l’attachement de chacun, même justifié, à ses intérêts égoïstes ou contingents.
Position purement hypothétique, là encore, et même fictive, mais opératoire, en ceci qu’elle permet de libérer, au moins partiellement, l’exigence de justice des intérêts trop particuliers qui nous y portent et avec lesquels, presque invinciblement, nous sommes tentés de la confondre.
La position originelle, dirais-je volontiers, est comme le rassemblement supposé d’égaux sans ego.
(…)
Un tel modèle revient à court-circuiter l’égoïsme (…), sans pour autant postuler un improbable altruisme.
Cela en dit long sur ce qu’est la justice: ni égoïsme ni altruisme, mais (…) pure équivalence des droits.» (6)(7)

(A suivre)

Christophe Engels

(1) Rawls John, A Theory of Justice, Harvard University Press, Cambridge, 1972. Traduction française: Théorie de la justice, Seuil, coll. Points, Paris, 1987.
(2) Université de Lille III.
(3) Nurock Vanessa, Rawls. Pour une démocratie juste, Michalon, coll. Le bien commun, Paris, 2008, p.53
(4) Universités de Louvain-la-Neuve et de Harvard.
(5) Arnsperger Christian et Van Parijs Philippe, Ethique économique et sociale, La Découverte, coll. Repères, Paris, 2000, p.65.
(6) Comte-Sponville André, Petit traité des grandes vertus, PUF, coll. Points, Paris, 1995, pp.108-109.
(7) Pour suivre (sous réserve de modifications de dernières minutes): des messages consacrés
. au libéralisme (d'après Vanessa Nurock, Philippe Van Parijs, Gilles Dostaeler, Laurent de Briey, Alain Renaut...),
. au post-libéralisme (d'après et par Laurent de Briey),
. à une présentation de la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à une approche du bonheur par la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à une approche du sens de la vie par la psychologie positive (par Jacques Lecomte),
. à plusieurs aspects de la Communication Non Violente et à l'Université de Paix (d'après Marshall Rosenberg, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à l’Approche Centrée sur la Personne (d'après Carl Rogers, avec l’aide précieuse de Jean-Marc Priels),
. à la reliance et à la sociologie existentielle (par Marcel Bolle de Bal),
. au personnalisme...

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