lundi 29 mars 2010

Altermondialisme. Stop ou encore ?


Certains le voient-ils déjà mort? D’autres prédisent-ils sa fin prochaine? La plupart des militants, pourtant, persistent et signent. Plus que jamais. Car l’altermondialisme est à la croisée des chemins…


Attention! Chute d’invectives.
Désapprouvé, fustigé, stigmatisé, attaqué, condamné, l’altermondialisme en prend plein la figure.
Certes, il a toujours été sous le feu de la critique.
Mais peut-être ne l'a-t-il jamais été autant qu'aujourd'hui.
Tant de l’extérieur que de l’intérieur…

Extérieur nuit…

De l’extérieur tout d’abord. Nombreux sont les politiciens, les sociologues et les économistes à dénoncer une mauvaise lecture des indicateurs économiques ou une tendance au repli national. Des supposés errements qui auraient le grand tort d’éluder bon nombre de données…
Des données économiques, avant tout:
. bienfaits de l'ouverture commerciale et de l'économie de marché;
. croissance des pays pauvres supérieure à celle des pays riches au cours des cinquante années de la mondialisation, alors que tel n’avait pas été le cas auparavant;
. surestimation du paramètre de l’exploitation des pays pauvres et sous-estimation des autres facteurs d’explication à leur déficit de développement (1);
. limites dans le temps de la nocivité de la croissance économique pour l'environnement;
. points forts du libre-échange admis et approuvés par une très grande majorité d’économistes...
Des données plus générales, ensuite:
. recours à des discours généreux qui servent souvent à rationaliser la défense corporatiste de catégories sociales excessivement protégées et subventionnées;
. impossibilité de définir la notion d’«intérêt général» à laquelle se réfèrent constamment les altermondialistes;
. peur du changement;
. forte exagération des effets négatifs du phénomène de délocalisation;
. incohérence;
. recours à des méthodes violentes et provocatrices, donc non démocratiques;
. force de propositions limitée...
N’en jetez plus ! La coupe est pleine…

Dissensions internes

Pourtant, aux critiques fusant de l’extérieur, s’ajoutent celles venues de l’intérieur même du mouvement.
«Une telle foule converge vers les Forums Sociaux Mondiaux que la formule devint la victime de son propre succès, écrit l'anthropologue belge Thierry Verhelst. Désormais, les Forums sont décentralisés par continent. Ils ont lieu tantôt à Mumbai, tantôt à Bamako, ou à Caracas, ou encore Karéachi ou Nairobi. Au sein de ce Forum ou dans les organisations citoyennes internationales telles qu’Attac (2) est menée une réflexion intense accompagnée de lobbying politique sur l’instauration d’un nouvel ordre, social, économique, politique mondial.» (3)Un bouillonnement intellectuel qui a débouché sur une multitude de questions…
. Les résultats obtenus à ce jour sont-ils suffisants?
. Convient-il de refuser toute forme de compromis avec le néo-libéralisme pour mieux l’abattre de l’extérieur? Ou bien s’agit-il de composer avec le système ennemi pour mieux le réformer de l’intérieur?
. Faut-il rester fidèle à la stratégie du contre-pouvoir? Ou bien la création d’un parti politique est-elle envisageable?
. Quel type d’alliances peut-on se permettre de nouer?
. Et quid de la place du mouvement dans l'ensemble des luttes sociales d'émancipation?
Certains vont même jusqu’à poser la question qui tue: l’altermondialisme a-t-il encore une raison d’être?
Autant de questionnements.
Autant d’occasions de divergences internes.
Autant d’avis sur l’avenir.
Dont quelques-uns particulièrement abrupts…
«L’altermondialisme, c’est fini, assène par exemple le philosophe italien d’extrême-gauche Antoni Negri. Les termes et les objectifs du mouvement sont changés. Sa vocation première était de relancer la conscience en la possibilité d’une transformation de la société sur des bases complètement nouvelles : celles de la globalisation. Or tout ça, c’est du passé. Tout autre mouvement qui réapparaîtra partira de ce point où est arrivé l’altermondialisme. Et je pense que ce ne sera pas très long.» (4)La thèse est radicale. Mais isolée. Car au sein et en marge de l’altermondialisme, une majorité de penseurs ne désarment pas.
Tels le Belge François Houtart ou l’Américain Immanuel Wallerstein.
Que nous retrouverons dans les prochains messages de ce blog… (5)

Christophe Engels


(1) Spécialisation dans des produits à faible valeur ajoutée, problèmes internes aux pays du Tiers Monde, protectionnisme des pays riches…
(2)Association pour la taxation des transactions financières et l’aide aux citoyens.
(3) Verhelst Thierry, Des racines pour l’avenir. Cultures et spiritualités dans un monde en feu, L’Harmattan, Paris, 2008.
(4) Negri Antoni, Les USA ne sont pas les patrons du monde, interview de Antoni Negri in Le Soir, 06/11/2006, p.16.
(5) Pour suivre : «Altermondialisme. De crises en crises…» (François Houtart), «Clés altermondialistes pour le changement.» (François Houtart), «Altermondialisme. Utopie appliquée.» (François Houtart), «Altermondialisme. Appel au Bien commun…» (François Houtart), «Altermondialisme. Ci-gît le capitalisme…» (Immanuel Wallerstein), . «Altermondialisme. Feu le capitalisme…» (Immanuel Wallerstein), «Economie. Décroissance au petit déjeuner…» (Christophe Engels), «Economie. Changement de cap!» (Isabelle Cassiers)…

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