vendredi 18 mai 2012

Déliance. Diviser pour gagner ?


Nous vivons
dans une «société de raison».
Qui fonde son développement
sur le recours
à ce qu’elle croit être
rationnel et/ou raisonnable.
Qui, en ce sens,
peut être qualifiée
de «raisonnante».
Et qui se construit
sur un principe
cher à Marcel Bolle de Bal (1):
  celui de «déliance». 
Vous avez dit «diviser pour gagner»?

Marcel Bolle de Bal

Si le besoin de re-liance se fait aussi sentir dans la société contemporaine, si des aspirations de re-liance se font jour un peu partout, c’est qu’auparavant ont été vécues, sous différentes formes, des situations de «dé-liance». 
En fait, le système social de la modernité peut être caractérisé comme un système socio-scientifique de division et de déliance. 
Constatation qui mérite que nous lui consacrions quelques instants de réflexion.

La société «raisonnante»: une société de déliances

Les qualificatifs utilisés pour caractériser la société contemporaine sont légion: société de consommation, société d’organisation, société bureaucratique, technocratique, répressive, développée, industrielle, technicienne, informatisée, programmée, etc. 
Tous renvoient d’une façon ou d’une autre à un trait qui me paraît fondamental: il s’agit d’une société de raison, qui fonde son développement sur le recours à la raison, à ce qu’elle croit être rationnel et/ou raisonnable. En ce sens, elle peut, me semble-t-il, être qualifiée de société raisonnante, de même que l’on baptise «folie raisonnante» un «délire appuyé de raisonnements» (Robert).

Parmi ces «raisonnements» fondamentaux, il en est un qui nous est inculqué depuis notre plus jeune âge, sous forme de norme culturelle prégnante: diviser pour gagner. 
Qu’il s’agisse d’Horace contre les Curiaces (diviser pour vaincre), de Machiavel contre les féaux de son Prince (diviser pour régner), de Descartes contre les secrets de la Vie (diviser pour comprendre), de Taylor contre les freinages ouvriers (diviser pour produire), toujours est mise en avant par le biais parfois déformant de mythes, de représentations simplifiées, de recettes compartimentales, l’utilité de diviser pour dominer.

Cette société «raisonnante», fondée sur le principe de division, d’émiettement, de «déliance» peut être analysée par référence à la théorie des systèmes, plus particulièrement à la théorie des systèmes socio-techniques ouverts (2).

Sous cet angle, elle apparaît comme un système socio-scientifique, composé de deux sous-systèmes avec leurs dynamiques propres mais étroitement interconnectées: un sous-système scientifique et un sous-système social. (3)(4)


(A suivre)


Marcel Bolle de Bal


(1) Le (psycho)sociologue belge Marcel Bolle de Bal est professeur émérite de l'Université Libre de Bruxelles et président d'honneur de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française. Il a été consultant social (durant de nombreuses années), conseiller communal à Linkebeek, en périphérie bruxelloise (1965-1973, 1989-2000), lauréat du Prix Maurice van der Rest (1965). Il a signé plus de 200 articles et une vingtaine d'ouvrages, parmi lesquels...
. Les doubles jeux de la participation. Rémunération, performance et culture, Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles, 1990;
. Wegimont ou le château des relations humaines. Une expérience de formation psychosociologique à la gestion , Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles, 1998;
.
Les Adieux d'un sociologue heureux. Traces d'un passage, Paris, l'Harmattan, 1999;
. Le Sportif et le Sociologue. Sport, Individu et Société, (avec Dominique Vésir), Paris, l'Harmattan, 2001;
. Surréaliste et paradoxale Belgique. Mémoires politiques d'un sociologue engagé, immigré chez soi et malgré soi, Paris, l'Harmattan, 2003;
. Un sociologue dans la cité. Chroniques sur le Vif et propos Express, Paris, l'Harmattan, 2004;
. Le travail, une valeur à réhabiliter. Cinq écrits sociologiques et philosophiques inédits, Bruxelles, Labor, 2005;
. Au-delà de Dieu. Profession de foi d'un athée lucide et serein, Bruxelles,Ed. Luc Pire, 2007;
. Le croyant et le mécréant. Sens, reliances, transcendances" (avec Vincent Hanssens), Bierges, Ed. Mols, 2008.
(2)
Cf. notamment F.E. EMERY et E.L. TRIST, « Socio-technical systems », in Systems thinking, (Edited by F.E.  Emery), London, Penguin Books, 1969.
(3) Le contenu de ce message nous a été envoyé par l'auteur, que nous remercions. Il constitue la sixième partie d'un texte qui a déjà fait l'objet d'une publication: Bolle de Bal Marcel, Reliance, déliance, liance: émergence de trois notions sociologiques, in Sociétés 2003/2 (no 80), pp.99-131. Le solde du texte original suivra. Le titre et le chapeau sont de la rédaction.
(4) Pour suivre (sous réserve de modifications de dernières minutes): des messages consacrés
. aux sous-systèmes scientifique et social de la déliance, puis à la liance (par Marcel Bolle de Bal),
. à la sociologie existentielle (par Marcel Bolle de Bal),

. au personnalisme (par Vincent Triest, Marcel Bolle de Bal...)....

mercredi 16 mai 2012

Actu. Vigilantes salutations.











Les premières déclarations 
du nouveau Président 
de la République française 
sont saluées par le Collectif des Associations Citoyennes.
 Qui reste néanmoins mobilisé...

 Collectif des Associations Citoyennes 

L'élection de François Hollande à la Présidence de la République constitue un espoir, un immense soulagement et une libération.  
Les associations citoyennes espèrent qu’elle signifie aussi la fin d’une période d’instrumentalisation des associations, avec l'application maximaliste des règlements européens, la rupture des financements publics, la RGPP et, la réforme des collectivités. 
Les associations citoyennes ne veulent être considérées ni comme des sous-traitants ni comme des entreprises commerciales. 
Elles sont au contraire des piliers de l'initiative citoyenne nécessaire à l'équilibre démocratique de nos sociétés, à la respiration démocratique, sociale et culturelle des territoires. 
A ce jour les dégâts sont importants.  
Qui peut penser que les résultats électoraux des territoires industriels et des zones rurales sont sans lien avec le recul des politiques associatives dans ces territoires?

Les premières déclarations du nouveau Président redonnent de la force aux valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité, de dignité humaine, de laïcité. 
Elles font de ces valeurs des leviers pour restaurer la confiance et la justice et pour aller vers la dignité et la responsabilité de tous. 
Des engagements solennels sont pris pour que chacun soit traité à égalité de droits et devoirs, qu’aucun enfant de la République ne soit laissé de côté, abandonné, relégué, discriminé. 
La jeunesse est mise en avant «afin de pouvoir donner à nos enfants une vie meilleure que la nôtre», que chacun puisse accomplir sa vie et son destin personnel. 
L'objectif annoncé est également d'associer chaque citoyen à l'action commune pour relever les défis qui nous attendent, de mettre en avant la priorité éducative, la transition écologique, l'égalité entre les territoires, la préservation du modèle social. 
Cette élection redonne aux associations citoyennes un espoir et une soif d'agir au service de l’intérêt général et du bien commun.

Mais nous affirmons avec force que les objectifs énoncés par le Président de la République ne pourront pas être atteints sans une mobilisation forte des citoyens travers une vie associative riche, reconnue et aidée. 
Pour restaurer et renforcer l’engagement citoyen, l'éducation populaire doit être une des priorités de demain. 
Pour amorcer la transition écologique, un important travail d'accompagnement de la transformation des modes de vie et de consommation est nécessaire, en y associant l'ensemble des forces vives des territoires. 
Pour restaurer le lien social et remplacer l'individualisme par la coopération, il est également nécessaire de s'appuyer sur les associations citoyennes, tant dans les quartiers qu'en milieu rural. 
Pour lutter contre la crise économique, financière, écologique, sociale, les associations sont indispensables pour inventer des alternatives, répondre aux besoins avec la participation de tous, et construire un monde à finalité humaine.

Lors de son intervention face aux associations le 10 mars dernier, François Hollande avait insisté sur la spécificité des associations et leur rôle dans l'intérêt général. 
Pour cela, il a estimé nécessaire de redéfinir les services sociaux d'intérêt général, de revoir la circulaire Fillon, d’accompagner des associations qui ne peuvent pas vivre d'appels à projets et qui doivent avoir une sécurité dans leur financement, de donner une protection à celles qui doivent avoir accès aux marchés publics en reconnaissant leur spécificité. 
En revanche, il entendait lutter contre les dérives qui se produisent dans des associations qui adoptent un fonctionnement et des objectifs identiques à ceux d'une entreprise, sans répondre à l'intérêt général. 
Ces orientations correspondent largement aux propositions faites depuis 2 ans par le CAC.

Pour toutes ces raisons, le collectif salue l'élection et les premières déclarations de François Hollande. 
Mais ces déclarations doivent se concrétiser par des décisions effectives et la mise en place dès 2012 d'une autre politique associative. 
Les associations citoyennes, contribuant à l'intérêt général, sont des partenaires absolument indispensables à l'élaboration des politiques publiques nécessaires pour sortir de la crise actuelle.

C'est pourquoi le Collectif des Associations Citoyennes appelle les associations à se mobiliser dès maintenant en interpellant les candidats aux législatives et dès le mois de septembre dans une grande campagne nationale, afin d'être présentes dans le débat public qui ne manquera pas de s'instaurer et veiller à la mise en application effective des mesures annon


Collectif des Associations Citoyennes

www.associations-citoyennes.net
contact@associations-citoyennes.net

lundi 14 mai 2012

Actu. Lecomte est bon !


La violence et l’égoïsme 
existent, évidemment.
Mais correspondent-ils 
réellement 
à ma nature profonde? 
Loin de se soumettre 
aux idées reçues 
et au risque de passer 
pour un grand naïf, 
Jacques Lecomte 
ose poser la question.
Et y apporter une autre réponse.
Interpellante...

Saviez-vous qu’un bébé de un an, qui vient juste d’apprendre à marcher, se porte spontanément au secours de quelqu’un qu’il voit en difficulté?
Qu'en cas de catastrophe naturelle, l'altruisme et la solidarité l'emportent, le plus souvent, sur le pillage et la violence?
Que mon cerveau contient des zones de satisfaction qui s’activent lorsque je suis généreux et des zones de dégoût qui se manifestent lorsque je suis confronté à une injustice?
Autant de constats qui prêtent à réflexion.
Et qui pourraient bien bouleverser la vision de l’être humain portée par la psychologie de l’enfant, la psychologie sociale, la neurobiologie, l’économie expérimentale ou l’anthropologie.    
Tel est, en tout cas, l'avis de ce spécialiste de la psychologie positive qu'est le Français Jacques Lecomte (1).
Qui étaye son argumentation dans le tout nouveau tout beau «La bonté humaine» (2).
«Le  fruit de plusieurs années d’écriture, confie l'auteur.
Le résultat, aussi, de la consultation de centaines de recherches scientifiques et du recueil de nombreux témoignages.  
Pour le reste, il me semble plus pertinent de laisser à d’autres le soin d'en parler...»
Jean-Claude Guillebaud par exemple...
«Le hasard m'a fait découvrir un livre magnifique sur la bonté humaine (…). Il est subversif, dérangeant, insoumis, mais pas au sens ordinaire de ces trois mots.» (3)
Ou alors Christophe André...
«Ton livre est génial! Je n’ai jamais rien lu d’aussi clair sur ces questions de bonté, altruisme, égoïsme, etc. 
C’est exactement le bouquin que j’aurais rêvé d’écrire, sur le fond et sur la forme.» (4)
Quant à Matthieu Ricard...
«"La bonté humaine" de Jacques Lecomte est l’un de ces remarquables livres qui devraient guider notre société en nous aidant à prendre conscience que nous avons en nous un potentiel fondamental de bonté.» (5)

Pour plus de détails...
. www.psychologie-positive.net/spip.php?article8 (concernant les conférences liées à ce livre ou les échos auquel celui-ci a donné lieu dans les médias).
. www.psychologie-positive.net (site de Jacques Lecomte sur la psychologie positive).

(1) Jacques Lecomte est docteur en psychologie. Il enseigne à l’Université Paris-Ouest- Nanterre-La Défense (anciennement Paris-X-Nanterre) et à la faculté des sciences sociales de l’Institut catholique de Paris. Il est par ailleurs président de l’Association française et francophone de psychologie positive. Il a notamment écrit...
(3) A partir de deux chroniques dans les médias. www.sudouest.fr/2012/05/06/la-bonte-modele-d-insoumission-707157-4585.php 
(4) Commentaire de l'intéressé, par courriel.

jeudi 10 mai 2012

Utile, la reliance ?

Utile, la reliance?
Marcel Bolle de Bal (1) 
le pense.
Parce que ce concept 
joue un rôle-charnière.
Parce qu'il exerce 
une fonction interprétative. 
Et parce qu'il «permet 
de comprendre 
et de relativiser 
les divers désirs de reliance 
ainsi que leur dynamique».
Explications.

Marcel Bolle de Bal

J’espère avoir laissé entrevoir, dans le peu de place dont je dispose, la spécificité du concept de «reliance».
Reste à prouver son utilité. 
Je considère que celle-ci se marque dans trois directions: 
. épistémologique (il s’agit d’un concept-charnière), 
. heuristique (il permet de comprendre et d’interpréter les avatars contemporains du lien social), 
. prospective (il traduit une dynamique de créativité potentielle).

La reliance, concept-charnière: 
liens sociaux et liens scientifiques

L’intérêt épistémologique du concept de «reliance» et plus particulièrement de celui de «reliance sociale», me paraît résider dans le fait qu’il se situe à l’articulation d’au moins trois approches du lien social: une approche sociologique (la médiatisation du lien social et la création de rapports sociaux complémentaires), une approche psychologique (l’aspiration de nouveaux liens sociaux), une approche philosophique (les liens manifestes ou latents entre reliance et religion).
Or la sociologie existentielle qu’à la suite d’Edouard Tiryakian (2) je souhaite voir s’élaborer progressivement (3) suppose une ouverture vers des disciplines complémentaires trop souvent ignorées ou négligées : la philosophie et la psychologie notamment.

Ce que Jean Maisonneuve a écrit (4) à propos du concept «groupe de référence» me paraît applicable, mutatis mutandis, au concept de «reliance» : «il s’agit d’un concept charnière indispensable en psychosociologie, il permet de relier les situations collectives où l’individu est sans cesse immergé (au sein de tel groupe, près de tel compagnon) et les processus psychologiques qui confèrent leur sens à ces situations en fonction d’une dynamique personnelle».

La reliance, concept interprétatif: 
lien social et expérience communautaire

Ce concept-charnière n’a pas qu’un intérêt théorique abstrait. 
Il permet de rendre compte, et surtout d’éclairer d’un jour nouveau des procès de reliance visant à la création de liens sociaux nouveaux, en rupture avec les structures de reliance instituées. 
A titre d’illustration, j’évoquerai brièvement le cas d’une communauté contre-culturelle que j’ai pu étudier de façon privilégiée, en lui appliquant une grille d’analyse inspirée du concept de «reliance» (5).

En 1971, quelques jeunes bruxellois, marqués par leur expérience des événements de mai 1968, décident d’affirmer leur rejet de la famille traditionnelle, de fonder une communauté, de mettre en pratique les principes de la contre-culture, bref d’instituer entre eux de nouveaux types de liens sociaux. 
Toutes leurs tentatives en ce sens débouchent sur des échecs durement ressentis. Les liens sociaux anciens opèrent un spectaculaire rétablissement: une quadruple restauration –des valeurs, de la famille, du pouvoir, des rôles– illustre ce retour de la culture dans la contre-culture, de la société dans la communauté. 
Retour de la société qui entraîne un retour à la société: après trois ans, les communards décident de mettre fin à leur expérience.

Comment pouvons-nous interpréter celle-ci 
en termes de «liens sociaux» et de «reliance» ?

Ma thèse est que cette communauté, comme la plupart des associations de ce type ayant fleuri dans l’après 68, constitue le symptôme d’une réaction contre l’un des traits essentiels de la société contemporaine, société de «déliance» marquée par la désagrégation des groupes sociaux de base, par des carences de reliance (dans la nature des liens sociaux). 
Au sein d’un tel système social naissent et se développent des désirs de reliance: les individus isolés souhaitent être reliés, c'est-à-dire liés à nouveau et liés autrement. 
Ils caressent un rêve communautaire et élaborent un projet de reliance (ou plus exactement un projet de contre-reliance); ils décident de créer une famille communautaire, concrétisation de leur aspiration à la reliance sociale (stricto sensu: quête utopique d’un monde solitaire, idyllique, signifiant, convivial). 
La contre-culture, ici, peut être analysée comme une structure de reliance symbolique pour des contestataires en rupture de ban sociétaire. 
Les manifestations extérieures qu’elle inspire et qui l’expriment – les vêtements «hippies», les cheveux longs, la drogue, la musique, le voyage– témoignent des liens qui «relient» ses adeptes. 
Mais lorsque le projet prend corps, que l’expérimentation communautaire de nouveaux liens sociaux et lancée, ce procès de reliance met l’utopie à rude épreuve. 
Les communards découvrent la nature paradoxale du lien social communautaire voulant se relier entre eux, ils se délient du monde extérieur; voulant se relier à soi, ils découvrent leur solitude existentielle, leur déliance fondamentale. 
L’utopie mise à l’épreuve devient épreuve initiatique pour ses adeptes, occasion de développer leurs capacités de reliance: de reliance à soi (un Moi renforcé car devenu capable d’affronter et de surmonter l’angoisse de séparation), de reliance aux autres (capacité de partager les solitudes, de négocier, de dialoguer, de s’affronter aux autres), de reliance au système macro-social (prise de conscience des réalités politiques et économiques) et au système micro-social (apprentissage de l’autogestion). 
Rien à voir donc, bien au contraire, avec d’éventuelles aspirations à des liens fusionnels. 
Ces capacités aiguisées de la sorte, les communards se sentent mûrs pour dissoudre leur communauté, pour assumer la déliance que cela représente, pour partir, forts de leur maturité acquise, en quête de nouveaux liens sociaux, éventuellement communautaires.

Point d’échec donc, malgré les apparences et au grand dam d’esprits superficiels et/ou chagrins. 
Certes, l’utopie d’une reliance directe, immédiate, a reculé devant l’exigence d’une reliance instituée. 
Certes, cette dernière elle-même n’a pas survécu à ses contradictions internes. 
Mais la rupture de la reliance communautaire n’a pas entraîné la fin de la tentation communautaire, les liens créés et expérimentés au cours de ce procès ont été tissés, de l’avis des intéressés, dans un fil plus solide que ceux qui forment la trame de la reliance commune, l’aspiration à la reliance communautaire, à un mode communautaire de reliance est sortie renforcée de l’épreuve: elle est cette fois libérée de l’infantile désir de liens sociaux fusionnels. 
Le concept de reliance, avec ses multiples facettes, permet de comprendre et de relativiser les divers désirs de reliance ainsi que leur dynamique. (6)(7)

(A suivre)

Marcel Bolle de Bal 

(1) Le (psycho)sociologue belge Marcel Bolle de Bal est professeur émérite de l'Université Libre de Bruxelles et président d'honneur de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française. Il a été consultant social (durant de nombreuses années), conseiller communal à Linkebeek, en périphérie bruxelloise (1965-1973, 1989-2000), lauréat du Prix Maurice van der Rest (1965). Il a signé plus de 200 articles et une vingtaine d'ouvrages, parmi lesquels...
. Les doubles jeux de la participation. Rémunération, performance et culture, Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles, 1990;
. Wegimont ou le château des relations humaines. Une expérience de formation psychosociologique à la gestion , Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles, 1998;
.
Les Adieux d'un sociologue heureux. Traces d'un passage, Paris, l'Harmattan, 1999;
. Le Sportif et le Sociologue. Sport, Individu et Société, (avec Dominique Vésir), Paris, l'Harmattan, 2001;
. Surréaliste et paradoxale Belgique. Mémoires politiques d'un sociologue engagé, immigré chez soi et malgré soi, Paris, l'Harmattan, 2003;
. Un sociologue dans la cité. Chroniques sur le Vif et propos Express, Paris, l'Harmattan, 2004;
. Le travail, une valeur à réhabiliter. Cinq écrits sociologiques et philosophiques inédits, Bruxelles, Labor, 2005;
. Au-delà de Dieu. Profession de foi d'un athée lucide et serein, Bruxelles,Ed. Luc Pire, 2007;
. Le croyant et le mécréant. Sens, reliances, transcendances" (avec Vincent Hanssens), Bierges, Ed. Mols, 2008.
(2) Edouard TIRYAKIAN, « Vers une sociologie de l’existence », in Perspectives de la sociologie contemporaine. Hommage à Georges Grevitch, Paris, PUF, 1968, pp. 445-465.
(3) Marcel BOLLE DE BAL, « De l’esthétique sociale à la sociologie existentielle, sous le signe de la reliance », Sociétés, n° 36, 1992, pp. 169-178.
(4) Jean MAISONNEUVE, Introduction à la psychosociologie, Paris, PUF, 1973, p. 155.
(5) Marcel BOLLE DE BAL, La tentation communautaire. Les paradoxes de la reliance et la contre-culture, Bruxelles, Ed. de l’Université de Bruxelles, 1985. 
(6) Le contenu de ce message nous a été envoyé par l'auteur, que nous remercions. Il constitue la cinquième partie d'un texte qui a déjà fait l'objet d'une publication: Bolle de Bal Marcel, Reliance, déliance, liance: émergence de trois notions sociologiques, in Sociétés 2003/2 (no 80), pp.99-131. Le solde du texte original suivra. Le titre et le chapeau sont de la rédaction.
(7) Pour suivre (sous réserve de modifications de dernières minutes): des messages consacrés
. à la déliance et à la liance (par Marcel Bolle de Bal),
. à la sociologie existentielle (par Marcel Bolle de Bal),

. au personnalisme (par Vincent Triest, Marcel Bolle de Bal...)....

mercredi 9 mai 2012

Actu. Et maintenant, François, au boulot... !

«Réussir
les 100 premiers jours.»
 Ainsi se libelle l'invitation
lancée à François Hollande. 
De même que le leitmotiv 
de la manifestation 
organisée
par le Collectif 
Roosevelt 2012. 
Ce 14 mai, à Paris.


Ils étaient nombreux, le premier mai, à Toulouse, Grenoble, Caen, Amiens, Lyon, Bordeaux et Paris pour diffuser leurs quinze propositions (vidéo). 
Soit un échantillon du panel de quarante mille citoyens qui entendent pousser François Hollande à agir audacieusement et avec force dès le début de son mandat, comme Roosevelt en son temps.
Quarante mille citoyens dont près de cinq mille s'organisent déjà sur un réseau social afin d'agir sur leurs territoires et de solliciter leurs élus.
Quarante mille citoyens dont les représentants organisent un grand débat ce 14 mai (de 20h à 22h30), à Paris.
Quarante mille citoyens dont une partie se déplacera ce soir-là pour écouter
. Stéphane Hessel, 
. Susan George, 
. Edgar Morin, 
. Cynthia Fleury, 
. William Bourdon de la Fondation Danielle Mitterrand
. Patrick Doutreligne de la Fondation Abbé Pierre
. Valentine Umansky de Génération Précaire
. Patrick Pelloux, 
. Thierry Marchal-Beck du Mouvement des Jeunes Socialistes
. Bruno Gaccio 
. et Pierre Larrouturou.
Le leitmotiv de la manifestation?
«Réussir les 100 premiers jours.»
Voulez-vous en être?
Le nombre de places étant limité, l'inscription (gratuite) est alors obligatoire.
Est ou plutôt... était !
«C'est que nous sommes déjà au complet dans la salle, explique Nathalie Munoz.
Le mieux est donc de convier le plus grand nombre à se connecter à partir de 19h30 sur roosevelt2012.fr.» 
Le débat, en effet, pourra aussi être suivi en direct sur Internet.

 
En bref 
Quoi?
Un débat: «Réussir les 100 premiers jours.»
Qui?
Un organisateur: le Collectif Rossevelt 2012, autour de Thomas Berriot, Nathalie Munoz et Thomas Mazière.
Des participants: Stéphane Hessel, Susan George, Edgar Morin, Cynthia Fleury, William Bourdon de la Fondation Danielle Mitterrand, Patrick Doutreligne de la Fondation Abbé Pierre, Valentine Umansky de Génération Précaire, Patrick Pelloux, Thierry Marchal-Beck du Mouvement des Jeunes Socialistes, Bruno Gaccio et Pierre Larrouturou.
Quand?
Le 14 mai 2012, de 20h à 22h30.
Où?
A la Bourse du Travail,
salle Ambroise Croizat,
rue du château d'eau, 3 
75010 Paris
Mais encore...   
. roosevelt2012.fr

lundi 7 mai 2012

Actu. Delors revisite Sangnier


Education populaire, nouvelle gauche... 
Quelles sont les leçons à tirer pour demain?
Pour répondre à cette question,
Jacques Delors s'apprête à revisiter Marc Sangnier (1).
Ce 24 mai, à Paris.

Jacques Delors n’a pas connu directement Marc Sangnier.
N'empêche: il est souvent considéré comme l’un de ses héritiers.
Sinon comme l’héritier.
L'héritier, donc, d'un homme
connu pour sa forte implication dans le développement du catholicisme social et de la démocratie chrétienne.  
Un constat qui n'a échappé ni à l’Institut Marc Sangnier ni à La Vie Nouvelle.
Et qui débouchera bientôt sur une conférence: «Jacques Delors revisite l'héritage laissé par Marc Sangnier».
En bref
Quoi?
Une conférence: 
 «Jacques Delors revisite l'héritage laissé par Marc Sangnier.
(Education populaire, nouvelle gauche...: les leçons à tirer pour demain)
Qui?
Un orateur: Jacques Delors.
Deux organisateurs: l’Institut Marc Sangnier et La Vie Nouvelle.
Quand?
 Le jeudi 24 mai 2012, de 18h à 20h.
Où?
Institut Marc Sangnier,
38 boulevard Raspail, 
Paris 7e.
Mais encore?
Entrée libre sur inscription préalable: info@marc-sangnier.com
Tél. : 0(033)1 45 48 77 70 
Cfr. aussi: La Vie Nouvelle
21, rue des Malmaisons, 
Paris 13e
Tél. : 0(033)1 55 35 36 46

(1) Journaliste, homme politique et pacifiste français, Marc Sangnier est né en 1873 et décédé en 1950.

vendredi 4 mai 2012

Visionnaire, la reliance ?



Visionnaire, 
la reliance?
Oui.
Sous certains aspects
du moins.
A commencer par un:
ce concept 
semble mieux adapté  
que tout autre 
à l'expression
d'une réalité 
aujourd'hui 
émergente. 
Dixit Marcel Bolle de Bal (1)...
  
Marcel Bolle de Bal

D’aucuns, au premier rang desquels Renaud Sainsaulieu ont émis quelques doutes sur l’utilité et la spécificité du concept de reliance: pourquoi créer un mot presque nouveau pour décrire une réalité déjà habillée d’une garde-robe conceptuelle bien fournie; appartenance, intégration, aliénation, dépendance, dominance, adhésion, participation ne constituent-ils pas une panoplie surabondante de concepts psychosociologiques bien introduits en chaires?

Spécificité du concept

Ma conviction est que ce terme est utile, nécessaire, qu’il exprime une réalité émergente, dont l’émergence est liée à l’évolution du système social global et dont aucun des autres concepts ne rend compte de façon réellement satisfaisante, c'est-à-dire avec une précision suffisante.

Encore convient-il d’étayer cette opinion, de justifier ce jugement, de démontrer la spécificité du concept de reliance par rapport à ses concurrents ayant pignon sur rues académiques.

J’y ai consacré quelques analyses que, faute de place, je ne peux songer à reprendre ou développer (2).

J’ai ainsi pu mettre en évidence que la reliance ne pouvait être confondue, entre autres ni avec l’appartenance, ni avec la dominance, ni avec l’affectivité.

Avec l’appartenance, tout d’abord.
Reliance et appartenance constituent deux réalités –deux états, deux actions ou deux aspirations– qui, tout en possédant une partie commune (la reliance en tant qu’appartenance à un groupe social particulier, l’appartenance en tant qu’impliquant une certaine reliance) se dépassent manuellement, se différencient par des traits spécifiques: la reliance peut exister indépendamment de l’appartenance, l’appartenance exige d’autres ingrédients que la reliance.

Avec la dominance et l’affectivité, ensuite. 
Les relations sociales, les liens psychosociaux charrient la plupart du temps des éléments de dominance et d’affectivité, mais ces deux notions ne peuvent être confondues avec celle de reliance (3).
Chronologiquement, dans un échange social, la reliance intervient en premier lieu au moment de la formation de la relation, alors que la dominance et l’affectivité se développent lorsque la relation est nouée. 
La reliance ne concerne que le fait de relier, d’être relié ou de se relier, non le désir de dominer ou les sentiments affectifs qui peuvent le teinter d’une coloration particulière. 
La démarcation entre ces deux concepts est indispensable si l’on souhaite conserver à celui de «reliance» son potentiel descriptif et analytique.

Le terme liens pourrait, lui aussi, paraître adéquat pour décrire la création de liens sociaux.
Toutefois, il lui manque, par rapport au concept de reliance, trois dimensions essentielles: sociologiques (la «complémentarité» définie par Eugène Dupréel), philosophique ( la reliance cosmique), psychologique (la reliance à soi). 
D’autres termes, tels «interaction», «alliance», «relation» ou «interpersonnel» (à propos desquels Renaud Sainsaulieu s’est demandé s’ils ne suffisaient pas à rendre compte de la réalité à décrire) ne me paraissent guère exprimer, par eux-mêmes et de façon aussi synthétique, les trois dimensions sociologiques du concept de reliance: la médiatisation, la médiation et le produit. 
Au lecteur de juger et d’apporter, s’il le veut, sa critique constructive: elle sera très appréciée. (4)(5)

(A suivre)

Marcel Bolle de Bal

(1) Le (psycho)sociologue belge Marcel Bolle de Bal est professeur émérite de l'Université Libre de Bruxelles et président d'honneur de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française. Il a été consultant social (durant de nombreuses années), conseiller communal à Linkebeek, en périphérie bruxelloise (1965-1973, 1989-2000), lauréat du Prix Maurice van der Rest (1965). Il a signé plus de 200 articles et une vingtaine d'ouvrages, parmi lesquels...
. Les doubles jeux de la participation. Rémunération, performance et culture, Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles, 1990;
. Wegimont ou le château des relations humaines. Une expérience de formation psychosociologique à la gestion , Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles, 1998;
.
Les Adieux d'un sociologue heureux. Traces d'un passage, Paris, l'Harmattan, 1999;
. Le Sportif et le Sociologue. Sport, Individu et Société, (avec Dominique Vésir), Paris, l'Harmattan, 2001;
. Surréaliste et paradoxale Belgique. Mémoires politiques d'un sociologue engagé, immigré chez soi et malgré soi, Paris, l'Harmattan, 2003;
. Un sociologue dans la cité. Chroniques sur le Vif et propos Express, Paris, l'Harmattan, 2004;
. Le travail, une valeur à réhabiliter. Cinq écrits sociologiques et philosophiques inédits, Bruxelles, Labor, 2005;
. Au-delà de Dieu. Profession de foi d'un athée lucide et serein, Bruxelles,Ed. Luc Pire, 2007;
. Le croyant et le mécréant. Sens, reliances, transcendances" (avec Vincent Hanssens), Bierges, Ed. Mols, 2008.
(2)
Marcel BOLLE DE BAL, Reliance sociale, recherche sociale, action sociale, op. cit., pp. 48-56

(3) Michel Crozier souligne avec force que toute relation à l’autre implique des éléments de pouvoir et de dépendance. Cf. notamment Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG, L’acteur et le système social, Paris, Seuil, 1977, pp. 178 et ss.
(4) Le contenu de ce message nous a été envoyé par l'auteur, que nous remercions. Il constitue la quatrième partie d'un texte qui a déjà fait l'objet d'une publication: Bolle de Bal Marcel, Reliance, déliance, liance: émergence de trois notions sociologiques, in Sociétés 2003/2 (no 80), pp.99-131. Le solde du texte original suivra. Le titre et le chapeau sont de la rédaction.
(5) Pour suivre (sous réserve de modifications de dernières minutes): des messages consacrés
. à la reliance, à la déliance et à la liance (par Marcel Bolle de Bal),
. à la sociologie existentielle (par Marcel Bolle de Bal),

. au personnalisme (par Vincent Triest, Marcel Bolle de Bal...)....